LE COQ ET LE CHAPOIN
De Sparte antique on regrette le temps ; On a raison ; alors jeune fillette De son époux connaissait les talens Avant qu'hymen en eût fait la conquête. Besoin n'était d'un regard pénétrant , Pour qu'au travers d'une étoffe discrète. L'amour secret allât furtivement D'appas cachés contrôler la retraite.
Pour voir bondir à la fleur de seize ans
Désirs naissans de jeune pastourette,
Besoin n'était aux sincères amans
Du cercle étroit d'une froide lorgnette ;
Ses charmes nu- brillaient dans leur printemps ;
N<'Uure alors pariait sans interprète ;
Dans l'ombre alors point d'amoureux déduit ;
Cette pudeur dont on fait tant de bruit,
Triste avorton d'une ardeur contrefaite,
Du charme obscur d'une prudente nuit
Ne voilait point la nature imparfaite.
O l'heureux temps que ce siècle tout nu !...
Du premier homme on suivait l'innocence ;
L'amour plus jeune était plus ingénu ;
De \à beauté l'impudique décence
A son flambeau sans danger se montrait;
D'un sexe à l'autre errait son inconstance ;
Fidèle ardeur jamais ne l'arrêtait ,
De sa pudeur avec grâce voilée ,
La jeune vierge innocemment marchait.
De tant d'appa? l'âme à peine troublée.
Son jeune amant près d'elle s'approchait :
Ainsi qu'on vit , avant que d'une pomme
Elle eût cueilli le péché défendu ,
D'Eve en sa fleur le corps pudique et nu ,
Chaste s'asseoir auprès du premier homme.
Amour alors, sans flèche, ni flambeau ,
Au froi.t n'avait cet aveugle bandeau ,
Nuage épais dont la sombre fumée
Ne laisse voir qu'aii travers des brouillards ,
Dont la vapeur obscurcit les regards,
Les traits confus de la vierge charmée.
O l'hrurenx temps que ce siècle tout nu !...
DE C11A.MFORT. 1 73
Point de surprise!... alors point de reproche ! Brûlé des feux d'un amour ingénu , Jamais l'hymen ne prenait chat en poche. Ce temps n'est plus. Qu'en (>st-il advenu ? Pour époux , Lise a pris le jeune Alcandre* Qui l'eût pensé que ce bel ingénu , Jeune, atlentit", plein d'une ardeur si tendre , .\ son amante eût si mal répondu ?
Aux feux brûlans d'un amour éperdu , Humainement Lise avait cru se rendre.
O sort affreux!., cet amoureux si prompt, Que pour un coq Lise avait osé prendre... Qu'a-t-il fait? Rien... Ce coq est un chapon.