‹ Œuvres complètes de Chamfort (volume 2)Chapitre 32 sur 106 · LE COQ ET LE CHAPOIN · texte numérisé non relu

LE COQ ET LE CHAPOIN

De Sparte antique on regrette le temps ; On a raison ; alors jeune fillette De son époux connaissait les talens Avant qu'hymen en eût fait la conquête. Besoin n'était d'un regard pénétrant , Pour qu'au travers d'une étoffe discrète. L'amour secret allât furtivement D'appas cachés contrôler la retraite.

Pour voir bondir à la fleur de seize ans

Désirs naissans de jeune pastourette,

Besoin n'était aux sincères amans

Du cercle étroit d'une froide lorgnette ;

Ses charmes nu- brillaient dans leur printemps ;

N<'Uure alors pariait sans interprète ;

Dans l'ombre alors point d'amoureux déduit ;

Cette pudeur dont on fait tant de bruit,

Triste avorton d'une ardeur contrefaite,

Du charme obscur d'une prudente nuit

Ne voilait point la nature imparfaite.

O l'heureux temps que ce siècle tout nu !...

Du premier homme on suivait l'innocence ;

L'amour plus jeune était plus ingénu ;

De \à beauté l'impudique décence

A son flambeau sans danger se montrait;

D'un sexe à l'autre errait son inconstance ;

Fidèle ardeur jamais ne l'arrêtait ,

De sa pudeur avec grâce voilée ,

La jeune vierge innocemment marchait.

De tant d'appa? l'âme à peine troublée.

Son jeune amant près d'elle s'approchait :

Ainsi qu'on vit , avant que d'une pomme

Elle eût cueilli le péché défendu ,

D'Eve en sa fleur le corps pudique et nu ,

Chaste s'asseoir auprès du premier homme.

Amour alors, sans flèche, ni flambeau ,

Au froi.t n'avait cet aveugle bandeau ,

Nuage épais dont la sombre fumée

Ne laisse voir qu'aii travers des brouillards ,

Dont la vapeur obscurcit les regards,

Les traits confus de la vierge charmée.

O l'hrurenx temps que ce siècle tout nu !...

DE C11A.MFORT. 1 73

Point de surprise!... alors point de reproche ! Brûlé des feux d'un amour ingénu , Jamais l'hymen ne prenait chat en poche. Ce temps n'est plus. Qu'en (>st-il advenu ? Pour époux , Lise a pris le jeune Alcandre* Qui l'eût pensé que ce bel ingénu , Jeune, atlentit", plein d'une ardeur si tendre , .\ son amante eût si mal répondu ?

Aux feux brûlans d'un amour éperdu , Humainement Lise avait cru se rendre.

O sort affreux!., cet amoureux si prompt, Que pour un coq Lise avait osé prendre... Qu'a-t-il fait? Rien... Ce coq est un chapon.

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