‹ Œuvres complètes de ChamfortChapitre 3 sur 41 · AVANT-PROPOS. V · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. V

nations , il porte clans ses récits le feu et la chaleur de tout ce qu'il voit , de tout ce qu'il entend. Il faut se reporter au temps où cet ouvrage fut composé, se pénétrer des opinions de l'auteur , se rappeler les circonstances de sa vie , ce qu'il pensait de la société telle qu'il la voyait organisée avant la révolution , la haine implacable que dans l'ivresse de l'amour-propre il avait vouée à certaines conditions. Les excès dune populace effrénée ne sont pour lui que de justes représailles de ce que le peuple a eu à souffrir, pendant tant de siècles, de quelques castes privilégiées. La vengeance est permise à qui a si long-temps gémi dans l'oubli de ses droits. L'incendie qui consume l'édifice social , ne fait qu'éclairer le triomphe de la liberté. La France est en travail d'une régénération politique; Chamfort s'en est promis les plus heureux résultats : cette pensée l'absorbe tout entier"; ii ne voit dans tous les événemens qui se pressent autour de lui, que le concours de tout un peuple à hâter l'enfantement de la liberté. C'est vainement que le sang innocent a coulé, que le troue est ébranlé jusqu'en ses fondemens, que la couronne chancelle sur le front des rois, que l'anarchie dresse une tète altière , et que les institutions s'écroulant ne laissent après elles que le désordre : tranquille au milieu de leurs ruines, il ress< n;i>ie aux filles d'Œson , qui attendent des maléfices de Médée le rajeunissement de leur vieux père. Cn assure que c'est Chamfort qui dit,

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après le massacre de Foulon et de Berthier : la révolution fera le tour du globe; phrase tant répétée depuis. C'est encore lui qui donna à M. Sieyes le titre et l'idée de la brochure intitulée : Ou est-ce que le Tiers-Etat? brochure qui lit la fortune politique et littéraire de son auteur. Chamfort avait coutume de dire : « Qu'est-ce que le tiers-état ? rien et tout. » C'est sur ce mot que Sieyes bâtit la pensée qui sert de fondement à sa brochure (i); aussi le comte, aujourd'hui duc de Lauragais, disait à Chamfort, en lui parlant de l'abbé Sieyes et de cette brochure : « Vous lui avez donné le peuple à vendre au tiers-état. »

Tour-à-tour poète et orateur, Chamfort n'avait pas été pour La Harpe un rival moins redoutable dans la lice poétique que dans la carrière de l'éloquence. Couronné d'un double laurier, il occupe sur le Parnasse une double place ; assis, comme prosateur, à côté de Fontenelle , dont il a l'esprit avec plus de goût et de force, il récite ses contes à Voltaire , qui sourit aux traits malins d'une muse caustique formée à son école , et qu'il aime à reconnaître comme une de celles qui ont le mieux profité de la lecture de ses ouvrages.

La littérature dramatique avait été pour lui l'objet d'une étude particulière; il avait même entrepris d'en écrire la poétique. Les principaux arti-

(*) Mémoires de Condorcet sur la Révolution Française, t. it, pag. i45 et suiv.

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cîes de l'ouvrage, publié en 1807 par Lacombe, sous le titre d'Art théâtral , sont de Chamfort; on y retrouve cette justesse d'esprit, cette finesse d'observation , cette précision claire et piquante , qui sont autant de caractères distinctifs de son talent. On lira surtout avec intérêt ce qu'il a écrit sur la tragédie et sur la comédie chez les anciens; sur le théâtre français ; des observations générales sur l'art dramatique, sur les parties constitutives dune pièce de théâtre; sur l'intérêt qui doit animer le tout et chacune de ses parties ; sur les différens genres d'intérêt; sur les caractères dans la tragédie, dans la comédie; sur l'amour dans les pièces de théâtre; sur les divers sentimens que l'auteur peut y développer avec avantage ; sur le style dramatique, sujet délicat et difficile à traiter; sur la terreur, comme moyen puissant d'émouvoir le spectateur; sur l'horreur, comme source de crainte et de pitié ; sur le genre comi que ; sur l'opéra ou poème lyrique, etc.

Le coup-d'œil rapide que nous venons de jeter sur les principaux ouvrages de Chamfort , indique assez que ce n'est point une réimpression de ses œuvres, telles qu'elles ont été publiées , que nous avons voulu donner. Nous les avons complétées de tout ce que n'avaient pas recueilli les éditeurs précédens. De ce nombre sont le Précis historique des révolutions de flapies et de Sicile ; les Notes sur les Fables de la Fontaine , qui n'avaient été imprimées que dans un recueil étranger à Cham-

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