‹ Œuvres complètes de ChamfortChapitre 35 sur 41 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Gélon , tyran de Syracuse, avant J.-C. 480. — Gélon dépose son autorité entre les mains du peuple. — Avant J.-C. 414, Denis tyran de Syracuse. — -Avant J.-C. 4o5> — 346, — les Syracusains appellent ïimoléon à leur secours. — Timoléon se fixe en Sicile. — Mort de Timoléon. — Agathocle est élu tyran de Syracuse, avant J.-C. 3io. — Agathocle est chassé de Sicile, et meurt en Italie, avant J.-C. 278. — Avant J.-C. 269, Hiéron gouverne la Sicile et en fait le bonheur. — Archimède. — Siège de Syracuse par Marcellus. — Avant J.-C. 212, Naples, simple province romaine , est gouvernée par les ducs.

Lits royaumes de INaples et de Sicile furent réunis sous les mêmes lois au commencement du douzième siècle ; depuis cette époque ( et hors l'intervalle de cent cinquante années ) , ne formant qu'une seule et même puissance, nous avons cru

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devoir présenter, sous un seul et même point de vue , les principaux événemens de leur histoire.

En effet, dans cet intervalle même où les deux royaumes sont séparés , pendant cette longue rivalité des maisons d'Aragon et d'Anjou, les guerres civiles que se font les deux peuples , c'est-à-dire , leurs souverains , semblent mêler et confondre les annales des deux empires ; nous ne les séparerons donc point, même dans le précis des événemens de ce période , où les alternatives de leurs victoires et de leurs défaites ne forment pour les deux peuples qu'une suite de mêmes calamités : et quant aux siècles reculés, la Sicile seule mérite d'attirer nos regards , puisqu'elle était déjà couverte de villes opulentes et célèbres , dans un temps où Naples n'était qu'une république obscure , resserrée dans les limites d'un territoire borné , distinguée seulement par sa fondation antérieure à celle de Rome même , mais bientôt recherchant l'amitié de ces redoutables voisins , et heureuse sous la protection de cette alliance , jusqu'au moment où elle passe sous leur empire.

La Sicile , célèbre avant les temps historiques , partage avec la Grèce , les îles de l'Archipel et les belles contrées de l'Asie , l'honneur de rappeler ces traditions antiques , recueillies et ornées par l'imagination des poètes. Elle est en effet, ainsi que ces contrées , le théâtre des événemens et des prodiges consacrés par la mythologie, le berceau de plusieurs de ses fables même , et la patrie de

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ces liéros et de ces dieux admis par la postérité. Ces peuples , sous un ciel heureux, dans un climat fertile , cultivèrent de bonne heure , ainsi que les Grecs , les arts de l'imagination , et témoins comme eux des phénomènes variés et des merveilles de la nature , ils virent naître des artistes pour la peindre et des poètes pour la chanter.

On conçoit qu'avec ces avantages la civilisation n'y dut pas être moins prompte ; aussi la Sicile est-elle représentée comme un pays florissant, couvert de républiques déjà puissantes , au temps même où les Sicanes ( peuplade espagnole ) , où les Sicules (nation italienne) , y viennent chercher des établissemens. Mais ce furent les Grecs , fondateurs de plusieurs colonies , telles que Gela , Agrigente , Syracuse , qui , en y portant leur langue , leurs usages , leur caractère , développèrent le génie des indigènes , et transportèrent , pour ainsi dire , la Grèce dans la Sicile. Même esprit, mêmes effets de cet esprit, un pays partagé en différens états , les uns républicains , les autres soumis à un tyran ; des guerres , des rivalités , des divisions intestines, des usurpateurs, des conspirations : tout rappelle les Grecs et leur histoire. Mais leur histoire même n'offre rien de plus beau peut-être et de plus imposant que le moment où Syracuse , après deux siècîes d'un gouvernement orageux , forme sous les lois de Géion , la seule grande puissance de la Sicile. Quel spectacle de voir Gélon usurpant , il est vrai , l'autorité sou-

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veraine , mais la dévouant aux soins de la félicité publique, repoussant les Carthaginois qui, voisins de la Sicile, y possédaient d'anciens établis? semens ; portant en peu d'années son peuple au plus haut degré de splendeur ; ensuite , venant seul , sans armes , dans la place publique , au milieu des Syracusains armés par ses ordres , offrant de rendre compte de sa conduite , même de ses facultés , à ses sujets assemblés , et déposant le pouvoir suprême au milieu de ses concitoyens ! Le peuple, dans le transport de sa reconnaissance , lui rend, d'une acclamation unanime, l'autorité abdiquée , la consacrant même par le nom de roi; car ii n'avait régné que sous celui de préteur. On lui décerne Une statue qui le représente désarmé , vêtu en simple citoyen , tel qu'il s'est présenté à l'assemblée le jour de son abdication. C'était en effet le plus beau de sa vie.

C'est à un tel caractère qu'il appartient d'être , comme le dit un de nos grands écrivains , le seul homme qui , dans un traité de paix , ait jamais stipulé pour l'humanité entière. Vainqueur des Carthaginois qu'il chassa de son île, il leur impose, parmi les conditions du traité, la loi de renoncer chez eu^ aux sacrifices des victimes humaines ; et consacrant par la religion même ce sentiment humain , il- ordonne , aux frais des vaincus , la construction de deux temples , l'un à Carlhage, l'autre en Sicile; monumens augustes où fut déposé , sous la garde des dieux , le double

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du traité qui les frustrait de ces cruelles offrandes.

Le respect attaché à la mémoire de ce prince fut tel que les Syracusains supportèrent patiemment après lui ses deux frères Hiéron et T rasibule : pardonnant à l'un d'être un roi faible et indolent , trop peu digne du sang de Gélon , et à l'autre d'être un tyran barbare qui le déshonorait. Les vexations de ces deux règnes réveillèrent , dans les Syracusains, cet esprit démocratique si naturel aux Grecs ; mais la république , rendue à son ancienne forme , perdit cette énergie et cette influence souvent plus fortes et plus rapides sous le gouvernement d'un seul. C'est ce qu'on vit dans une suite de guerres contre des voisins moins puissans qu'elle. Un grand danger lui rendit bientôt toutes ses forces ; et Ton retrouve la Syracuse de Gélon , à la grande époque de la descente des Athéniens en Sicile.

Une discussion , pour des limites de frontières entre deux petites républiques siciliennes , dont l'une appelait Athènes à son secours , fut un prétexte dont l'ambition d'Alcibiade se prévalut pour engager une guerre qui commença la ruine de sa patrie. Les premiers succès des généraux athéniens, parvenus à bloquer Syracuse par terre et par mer , effrayèrent Lacédémone , qui envoya aux Syracusains des troupes et un libérateur. Mais cette violente crise avait fai t sentir à Syracuse le besoin d'un chef contre les ennemis étrangers. Hermocrate repoussa plus d'une fois les Cartha-

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ginois qui possédaient encore des établissemens dans l'île , et préparait ainsi les usurpations et la la grandeur de Denis , son gendre ; tyran bizarre , avide de conquêtes et recherchant îes philosoj inégal dans le développement de ses talens politiques et militaires; épris de la gloire, et se déshonorant par des cruautés gratuites ; méditant une descente à Carthage et mourant de joie du succès d'une tragédie.

Denis le jeune , autre tyran , indigne même de son père , offre le tableau affligeant d'un prince qui , né avec d'heureuses dispositions , appelle d'abord autour de lui la philosophie et les arts , les exilant bientôt à la voix des flatteurs , vendant Platon pour s'en défaire , se livrant ensuite à tous les vices de la fortune ; enfin , chassé deux fois pendant un règne qui ne fut qu'une longue guerre contre ses peuples. Dans l'état où était réduite Syracuse, déchirée au-dedans, menacée au-dehors , affaiblie par des passages violens du despotisme à l'anarchie et de l'anarchie au despotisme , elle tourne les yeux vers Corinthe , son ancienne métropole , et demande , par des ambassadeurs , «les secours contre ses fyrans domestiques et ses ennemis étrangers , les Carthaginois.

Corinthe possédait un citoyen qui, après avoir servi sa patrie dans la guerre et dans la paix , a'aspirail , depuis vingt ans, qu'à se faire oublier d'elle. Il avait caché dans un désert sa mélancolie et son désespoir plutôt que ses remords. Timoléon

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pouvait-il les connaître ? Le meurtre qu'il avait commis avait sauvé la république ; il avait chéri sa victime ; il l'avait , dans un combat , couvert de sa personne ; mais ïimopbane aspire à la tyrannie , ïimoléon l'immole et pleure son frère. Il le pleure vingt ans, enseveli dans la retraite , et se croyant un objet de la haine céleste , non pour avoir châtié un tyran , mais pour l'avoir trouvé dans un frère qu'il chérissait. A la prière des ambassadeurs syracusains qui demandent un général , un ennemi des tyrans , un vengeur de la liberté , le peuple s'écrie : « Timoléon ! » On députe vers lui , on le presse ; il obéit sans joie: il part.

Le nom de Timoléon avait hâté la levée des troupes. Il voit de loin la côte de Sicile ; mais pour arriver à Syracuse , il fallait échapper à la flotte des Carthaginois. Son habileté triomphe de cet obstacle : il aborde; il bat Jectas, tyran de Léonte , qui , sous prétexte de délivrer les Syracusains contre Denis, aspirait à le remplacer. Sa victoire lui livre Syracuse. Il renvoie Denis à Corinthe , voyage qui fit un proverbe dans la Grèce. Il fallait encore renvoyer les Africains à Carthage ; c'est ce que fit une nouvelle victoire de Timoléon. Les conditions de paix qu'il leur imposa assurèrent la liberté de toutes les villes grecques qu'ils avaient opprimées ; et déjà ses soins avaient purgé la Sicile des tyrans qui ne dépendaient pas des Carthaginois. De retour à Syracuse , il se donne à

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lui-même un spectacle fait pour son cœur ; maître de la citadelle , dernier asile du dernier tyran , il appelle le peuple à la destruction de ce monument odieux; et de ses débris même, sur la même place, il fait élever un édifice public consacré à l'administration de la justice. Syracuse était déserte; il rappelle les exilés. Mais leur nombre ne suffisant pas pour repeupler la solitude de cette ville immense , une nouvelle colonie arrive de Coriuthe , qui redevient en quelque sorte la fondatrice de Syracuse.

La Sicile délivrée, vengée, repeuplée, heureuse par les soins d'un seul homme , Coriuthe redemande Timoléon. Mais déjà il habile une retraite solitaire près de la ville dont le bonheur est son ouvrage. La Sicile est la nouvelle patrie que son cœur adopte , et où il n'a point à pleurer les tyrans qu'il a punis. C'est aux frais de la république que fut préparé son asile champêtre. Un décret lui assigna pour sa maison le plus bel édifice de la ville ; car il y venait quelquefois pour les délibérations les plus importantes , à la prière du sénat et du peuple; un char allait le chercher et le reconduisait chez lui avec un nombreux cortège. Les plus illustres citoyens allaient fréquemment lui porter leurs hommages ; on lui présentait les voyageurs et les étrangers les plus célèbres de la Sicile et de la Grèce qui voulaient voir ou avoir vu Timoléon. Mais devenu vieux, il ne pouvait que les entendre , et la perte de sa vue ajoutait à

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^intérêt et à la vénération publique. 11 recueillit jusqu'au dernier moment de sa vie ce tribut habituel de respects unanimes et volontaires. Sa mort tut une calamité ; et , parmi les honneurs prodigués à sa mémoire , on distingue le décret qui ordonnait d'aller demander à la ville de Corinthe un général dans les dangers de Syracuse.

La république jouit vingt ans du fruit des exploits et des bienfaits de Timoléon. Mais de nouvelles factions amenèrent de nouveaux malheurs. Le plus grand de tous fut Agathocle, né dans la dernière classe dès citoyens. Elevé par son mérite à un commandement militaire, il parvint à la puissance de Denis , avec de plus grands talens et un plus grand éclat. On le vit , dans un de ses revers qui le priva du fruit de ses premiers succès , sortir de sa capitale assiégée par les Carthaginois , et passant la mer , porter la guerre en Afrique: conduite audacieuse, justifiée par l'événement, sans exemple jusqu'alors, et depuis.imitée par plus d'un capitaine. Il avait porté la hardiesse jusqu'à brûler ses vaisseaux en abordant au rivage ennemi , pour mettre ses soldats dans la nécessité de vaincre ou de mourir: autre exemple d'audace qui a trouvé aussi d'illustres imitateurs.

On admire , malgré soi , dans ce caractère souillé de cruautés et de vices , différens traits d'une grandeur imposante. Fils d'un potier de terre , loin de rougir de son,origine , il s'en faisait un triomphe de tous les jours ; et dans les festins

qu'il donnait à ses courtisans , il mêlait aux coupes d'or des convives , la coupe d'argile de leur maître , fier de la bassesse de sa naissance qui constatait la supériorité de ses talens, et lui laissait l'honneur d'être son ouvrage; orgueil nouveau, plus raisonnable après tout, plus noble même que l'orgueil fondé sur des ancêtres. Chassé enfin malgré ses talens, mais né pour asservir , il mourut en Italie, tyran des Bru-tiens , et victime d'une vengeance particulière et inouie (i) ; il laissait une fille dont l'Hymen attira sur la Sicile de nouvelles infortunes. Elle avait épousé Pyrrhus, roi d'Epire, à qui les Syracusains eurent l'imprudence de demander pour roi le fils qu'il avait eu d'elle ; ils voulaient obéir au petit-fils de cet Agathocle , qu'ils avaient détesté et banni ; ils espéraient d'ailleurs se faire de Pyrrhus un appui contre les Carthaginois : mais Pyrrhus se croyant leur roi sous le nom de son fils , ils s'indignèrent et se lassèrent de ses violences , au point de s'allier avec ces mêmes Carthaginois , pour le chasser de la Sicile. L'imprudent roi d'Epire alla commettre de nouvelles fautes en Italie , abandonnant la Sicile plus que jamais à des divisions intestines, aux descentes des Africains , et à des désastres qui ne

(i) Un cure-dent empoisonné par un de ses ennemis consuma ses gencives. Le poison se communiqua rapidement .1 toutes les parties de son corps, qui ne fut bientôt plus qu'une plaie. Déchiré par les douleurs, on le porta vivant sm nrî bâcher.

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cessèrent qu'au commencement du règne d'Hiéron.

Hiéron, descendu de Gélon, qui comme lui fit le bonheur de Syracuse, avait comme lui commencé par être un usurpateur. Il avait fait la paix avec les Carthaginois , et même s'était ligué avec eux contre les Mamertins , peuplade italienne et guerrière, qui avaient envahi Messane, un des plus beaux territoires de l'île, et qui s'étaient fortifiés par une alliance avec Rome : époque remarquable de la première descente des Romains en Sicile. Hiéron battu par eux , mécontent des Carthaginois, les abandonne pour s'allier aux vainqueurs , dont sa prudence prévoit la grandeur future , conduite qui fit pendant soixante ans le bonheur de Syracuse. On voit avec surprise cette ville heureuse, et jouissant d'une tranquillité constante et inaltérable au milieu des calamités du reste de la Sicile , entre les armées et les flottes des deux grandes puissances qui se disputaient l'empire du monde.

Dans ce long période , Hiéron s'occupant de l'administration intérieure de son royaume, du commerce , surtout de l'agriculture , composant même un livre sur cet art, première richesse de tous les pays , et surtout du sien , y rapportait la plupart des lois dont il rédigea lui-même le code , lois qui gouvernèrent la Sicile après lui , et qui furent respectées par les Romains. Il rassemblait autour de lui tous les arts , ceux d'utilité , ceux n. iC)

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d'agrément , ceux même de la guerre : car ce fut à sa sollicitation qu'Archimède, son parent et son ami , appliqua la géométrie et la mécanique à des usages militaires. Il remplit ses arsenaux de machines pour l'attaque et la défense des places , inventions d'Archimède , qui bientôt après furent dirigées contre ces mêmes Romains, dont il avait été soixante ans l'allié le plus fidèle. C'est ce qu'on vit après la mort de son fils Hiéroaime , qui rompit une alliance utile et glorieuse, pour s'unir avec les Carthaginois, et se précipiter dans leur ruine.

Ses deux successeurs , Epicide et Hippocrate , se déclarèrent aussi contre les Romains ,. qui , après plusieurs \ictoires , vinrent assiéger Syracuse.Les deux tyrans subalternes qui l'opprimaient au-dedans, sous prétexte de la défendre au-dehors, osèrent lutter contre la puissance romaine , et fortifiés du génie d'Archimède, plus habile géomètre que politique éclairé, engagèrent ou forcèrent ce grand homme à défendre la ville contre une flotte et une armée également formidables. On n'attend pas de nous que nous insistions sur les détails de ce siège fameux , où les talens d'un seul homme arrêtent et repoussent pendant trois ans un des plus grands généraux de Rome.

Marcellus, après des pertes multipliées sur terre et sur mer, effet des machines d'Archimède, chance le siège en blocus, et se consolant de tous ses vains efforts contre la capitale par des conquêtes et des victoires dans le reste de la Si-

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cile, réunit enfin toutes ses forces pour livrer un assaut général. On dit que , prêt à donner le signal de toutes les attaques , qui devaient être suivies du pillage, immobile et rêveur à l'aspect de cette ville célèbre et malheureuse, séjour autrefois de tant de grands hommes en tous genres , nés ou illustrés dans son sein, au souvenir de tant d'événemens qui signalèrent sa puissance, Marcellus ne put commander à son émotion, ni même retenir ses larmes. Syracuse fut presqu'entièrement détruite, mais elle se releva par degrés de sa ruine, et resta toujours l'ornement de la Sicile, devenue province des Romains.

Naples, une des plus anciennes républiques de l'Italie , mais peu guerrière au milieu de tant de voisins belliqueux , s'était volontairement soumise à la puissance romaine , seul moyen de s'en faire un appui. Cette ville conserva ses privilèges et ses lois municipales, sous les protecteurs qu'elle s'était choisis; et par un bonheur surprenant, les guerres qui désolèrent l'Italie dans les différentes époques de Pyrrhus, d'Annibal, de Spartacus et de la guerre sociale, n'attirèrent sur elle que la moindre partie des calamités qui accablèrent plusieurs des villes attachées aux Romains. Naples et la Sicile gouvernées, l'une par ses lois particulières , l'autre par des préteurs ou des proconsuls , demeurent pendant plusieurs siècles presque oubliées des historiens romains , qui ne citent Naples que comme un séjour de délices et

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de volupté, et la Sicile comme le grenier de l'empire. Elles eurent sans doute à souffrir quelquefois , comme tant d'autres provinces , des abus d'une administration dure et violente; mais le nom romain les préserva des calamités attachées à la guerre et aux dissentions intérieures. Heureux ces deux peuples , s'ils eussent continué d'échapper à l'histoire ! mais elle les retrouve vers la fin du cinquième siècle, plongés dans le cahos du démembrement de l'empire romain , passant dans l'espace de soixante-quinze années , sous les lois d'Odoacre , de Théodoric , de Totila , conquérans qui , malgré les idées de terreur attachées à leurs noms , mêlèrent quelques vertus , même la clémence, à leurs exploits guerriers, et qui seuls, avec les Bélisaire et les Narsès , leurs ennemis et quelquefois leurs vainqueurs , sont distingués dans la confusion d'un tableau monotone , chargé de personnages obscurs et trop souvent odieux. D'autres barbares, les Sarrasins, se répandent dans la Sicile, s'y maintiennent , assurent leurs conquêtes ; et profitant des rivalités mutuelles , des dissentions intestines , qui désolaient les villes et les principautés d'Italie , épiaient le moment de s'emparer de Naples.

Au milieu de ses convulsions, Naples avait conservé la constitution républicaine , sous des chefs appelés ducs , indépendans plus ou moins de l'empire d'Orient , suivant la faiblesse plus ou moins grande des empereurs, qui depuis long-temps

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n'avaient sur l'Italie qu'un vain titre de souveraineté. Mais ce cahos va s'éclaircir : tout change par un de ces événemens inattendus , qui rend à l'histoire le droit d'intéresser ; mérite que celle d'Italie avait perdu depuis trop long-temps.

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