‹ Œuvres complètes de ChamfortChapitre 37 sur 41 · Z| I 4 COUVRES · texte numérisé non relu

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vertus , les talens , les exploits et les malheurs de Frédéric n ; elle le montre portant dès le berceau le poids de la haine des papes ; achetant deux fois son couronnement par le vœu forcé d'une croisade ; excommunié pour avoir différé son départ ; excommunié de nouveau pour être parti excommunié ; chargé d'un troisième anathème dans le temps où ce prince délivrait les lieux saints ; déposé par une bulle appuyée d'une croisade , qu'un pape en personne prêchait contre lui dans la chaire de Saint-Pierre : déposition dont l'inimitié ambitieuse du pontife fit retentir l'Europe , et que son orgueil notifia même au sultan de Babyîone.

La Sicile , témoin comme l'empire des infortunes de son maître , le fut constamment des périls attachés à sa personne , dans le voisinage de son ennemi le plus implacable ; elle le vit en but aux fureurs et aux trahisons , dont l'ascendant sacré des papes l'environnait de toutes parts , chercher , au milieu d'une garde mahométane , un rempart inaccessible aux attentats de la superstition ; après cinquante ans de malheurs causés par le saintsiége , ce prince mourut, et mourut absous.

Le pape Innocent iv profita de la mort de son ennemi, pendant que Conrad , l'héritier du trône , était en Allemagne. Il entre en Sicile comme dans un territoire de l'église , excite à la révolte la Pouille,* la terre de Labour, et fait déclarer en sa faveur Naples et Capoue.

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Mais Frédéric, habile à prévoir les desseins du pontife qui venait de l'absoudre , avait nommé , par son testament , gouverneur de l'Italie en l'absence de Conrad , Mainfroy , son fils naturel , à qui il avait donné la principauté de Tarente.

Dans ces siècles de barbarie, on se plaît à voir paraître un homme ambitieux sans crime, dissimulé sans bassesse , supérieur sans orgueil , qui conçoit un grand dessein, trace de loin son plan , se crée lui-même des obstacles qui retardent, mais assurent sa marche , amène ainsi tout ce qui l'entoure à son but, et comme contraint se fait entraîner où il aspire : tel est Mainfroy. Caractère développé par les faits mêmes , par les circonstances difficiles qui le formèrent sans doute. Chargé du gouvernement pendant l'absence de Conrad , il prévoyait , sans s'effrayer , la future jalousie de son frère et de son maître ; mais se préparant à souffrir des injustices qui pouvaient reconduire , il s'en frayait le chemin par des exploits , par des vertus, qui lui conciliaient l'estime des grands et l'amour du peuple.

Conrad arrive ; il trouve , grâce à la valeur et aux soins de son frère , un royaume tranquille : pour récompense , envieux et persécuteur , il dépouille Mainfroy de ses seigneuries, et chasse du royaume les pareils et les alliés maternels de ce rival cru dangereux.

Politique odieuse et maladroite , utile aux desseins d'un homme qui savait profiter d'une humi-

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liation comme d'un avantage , et dont le génie supérieur forçait les' autres à lui tenir compte de ce qu'il faisait pour lui-même. En effet, Mainfroy, qui voyait avec plaisir l'indignation publique se charger du soin de le venger , affectait de répondre aux injustices nouvelles par des services nouveaux.

Tout va bientôt changer de face. Conrad meurt , ne laissant qu'un fils en bas âge , nommé Conradin. Mainfroy fut accusé d'avoir empoisonné son frère , crime dont l'histoire n'offre aucune preuve , non plus que de l'empoisonnement de Frédéric , son père , dont il eut la douleur de se voir charger. Dans l'absence des preuves , si l'on songe que le pape , ennemi mortel de la maison de Souabe , fut également accusé de ces deux crimes, croira-t-on Mainfroy coupable du premier, en voyant Frédéric justifier son fils , et , dans son lit de mort , joindre à ses derniers bienfaits le regret profond de ne pouvoir lui laisser un trône? Qui le croira coupable du second , quand ce même pape , à l'instant de la mort de Conrad , s'avance en armes sur le territoire de Naples ? quand le royaume entier regarde Mainfroy , dans ce moment de crise , comme l'espoir de la nation , et l'appelle à la régence qu'il refuse ? L'heure n'était pas venue ; il voulait un empire , et n'attendait que l'instant d'avouer son ambition. Il fait déclarer régent du royaume un Allemand ( le marquis d'Honnebruch ), absolument incapable de gou-

verner et propre à ses desseins. D'Honnebruch ne peut suffire à sa nouvelle dignité ; l'état n'a qu'un régent , il demande un chef. Cependant le pape s'est déclaré ; il est en Italie , soulève les peuples, marche de conquêtes en conquêtes , tient déjà la moitié du royaume : le reste n'attend que sa présence. La Sicile était perdue ; et d'Honnebruch ne pouvait la sauver , quand l'état alarmé vint prier Mainfroy de prendre la régence. Il accepte alors, au nom de Conradin , un titre qu'il n'aurait pris ni plus tôt ni plus tard.

Le régent marche aux ennemis , remporte une victoire signalée, entre dans la Fouille, soumet les villes rebelles. Innocent iv , honteux et indigné d'un succès si rapide , qui lui ravissait un royaume dont il se croyait déjà possesseur, n'osant s'exposer sur un champ de bataille, meurt dans son lit, à Naples, de rage et de désespoir. Mainfroy repasse en Sicile, où ses grands desseins devaient s'accomplir. La reine Elisabeth, femme de Frédéric,, craignant pour les jours de son fils Conradin , fit répandre le bruit de sa mort.

Quels motifs pouvaient déterminer cette princesse à commettre une telle imprudence ? Craignait-elle pour son fils les vues ambitieuses et les desseins secrets d'un oncle et d'un régent ? Elisabeth les servait ; elle perdait son fils , au lieu de le sauver. Était-ce un mouvement de tendresse , un de ces pressentimens maternels dont le cœur " 27

n'est pas maître ? Pourquoi donc se hâter cïe le faire revivre et de redemander son héritage ?

Quoiqu'il en soit , les seigneurs et les barons du royaume n'eurent pas plutôt appris cette nouvelle , qu'ils vinrent trouver Mainfroy , et le conjurèrent de monter sur un trône où il était appelé par sa naissance , par ses exploits et par le testament même de Frédéric. Il n'était ni du caractère ni de la politique du régent de les prendre au mot ; il s'attendait à de nouvelles sollicitations encore plus pressantes des prélats et de la noblesse ; il les reçut avec complaisance, se fit représenter ses droits , raconter tous ses titres, et se laissa couronner.

Elisabeth se repentit bientôt de sa fausse politique et de ses timides précautions; elle fit reparaître son fils et redemanda son héritage au prince de Tarente. Il n'étoit plus temps. Le régent crut pouvoir garder le royaume , par droit de conquête et d'élection. La reine alla porter ses plaintes au saint siège , oppresseur de sa maison.

Le pape , qui n'attendait qu'un murmure favorable pour se venger des mépris et de la valeur de Mainfroy , l'excommunia et mit son royaume en interdit. Mais ce prince , dont la famille semblait être vouée aux foudres de Rome , regardait l'excommunication comme un héritage des princes de sa maison ; il n'en fut pas effrayé.

Clément iv , alors possesseur du siège apostolique et héritier de l'ambition des papes, avait

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juré la perte d'un ennemi si redoutable. Il publia des croisades , mit le royaume de Naples et de Sicile à l'encan, et le fit offrir à presque tous les souverains de l'Europe qui le refusèrent. C'était Jg&ur la seconde fois qu'un pape promenait en Europe un royaume à vendre, et ne trouvait pas d'acquéreur ; était-ce de la maison de Saint-Louis que devait sortir l'acheteur d'un empire dont le vendeur n'avait pas le droit de disposer? Et comment Saint-Louis , qui avait rejeté ce marché criminel , permit-il à Charles d'Anjou , son frère , de se rendre, à la face de l'Europe , le complice de Clément , en acceptant ses offres illégitimes ? Un ordre donné à Charles, d'imiter ce refus juste et sage , eût sauvé à la France et à l'Italie deux cents ans de guerres et d'infortunes.

Tandis que Mainfroy , occupé du soin de se défendre , lève des troupes , équipe des flottes et se dispose à repousser des frontières de son royaume l'ennemi qui le marchande, son royaume est vendu par un traité entre le pape et le comte d'Anjou.

Le comte arrive à Rome, y reçoit l'investiture des états qu'il allait conquérir, entre en Italie où les croisés le joignent de toutes parts. Le malheureux Mainfroy se voit trahi , abandonné de tous côtés. Il rassemble son courage et ses forces , et cherche le comte usurpateur.

Les croisés , armés par le comte d'Anjou et bénis par l'éveque d'Auxerre , se rangent en ba-

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taille clans la plaine appelée du Champ-fleuri ; le

combat s'engage, il ne dura qu'une heure, et fut

sanglant.

Mainfroy, à la tète de dix chevaliers, dont Faiy deur répondait à son courage, voit ses troupepL plier de toutes parts ; il perd toute espérance. La valeur lui reste , il se précipite au milieu des escadrons ennemis, et meurt comme il avait voulu vivre , en roi.

Ainsi périt ce prince extraordinaire , le premier dont l'ambition n'ait pas été criminelle , et dont l'usurpation semble être légitime; le seul dont la politique ait gagné les sujets , avant que sa valeur ait conquis le royaume. Persécuté par un frère injuste, vendu par un pape vindicatif, et vaincu par un prince féroce, il fut sage dans ses humiliations , modéré dans ses succès , et grand dans ses revers. On trouva le corps du malheureux prince quelques jours après la bataille; le comte Jourdan , son ami , se jette dessus et l'arrose de ses larmes. Le comte d'Anjou lui refuse la sépulture; et Clément le fait jeter sur les bords du Marino , aux confins du royaume.

Cette victoire rendit Charles maître de la Sicile. Il fit son entrée à Naples avec Béatrix, son épouse. Le peuple inconstant le reçoit en triomphe, et lui prépare des fêtes lorsqu'il demande des bourreaux, et fait périr dans les supplices plusieurs barons et gentilshommes qui tenaient encore pour Mainfroy.

Charles, s'applaudissant de ses cruautés et de ses conquêtes , se voyait enfin paisible possesseur ,de ses nouveaux états ; mais le sang qu'il lit répandre, força bientôt ses sujets à se croire encore ses ennemis.

Conradin , ce fils de l'imprudente et sensible Elisabeth, caché depuis son enfance au sein de l'Allemagne, à quinze ans deux fois détrôné sans avoir porté la couronne de ses ancêtres , voyant les peuples mécontens , les croit fidèles. On lui représente en vain la double puissance d'un usurpateur qui le brave, et d'un pape qui le proscrit; il s'arrache des bras d'une mère en pleurs , et court se montrer aux provinces qui le reçoivent avec joie. Le jeune Frédéric , duc d'Autriche , et dernier espoir de sa maison , renouvelle dans ce vil siècle l'exemple de ces amitiés héroïques consacrées dans l'antiquité ; il veut suivre et suit la fortune de Conradin son ami , dont il plaignait les malheurs , et partage avec lui les hasards d'une guerre qu'il croit trop juste pour être malheureuse.

Sous cet auspice, Conradin se présente en Italie ; son audace, sa jeunesse, ses droits , ses premiers succès lui font bientôt un parti redoutable. Le pape qui commence à le craindre , l'excommunie : Charles le joint dans laPouille et lui présente le combat.

Les jeunes princes firent dans cette journée des actions dignes de leur naissance et de la jus-

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tice de leur cause. L'armée royale était en déroute; on poursuivait les fuyards; on se voyait maître du champ de bataille , quand Charles sort d'un bois voisin, où la prudence d'un chevalier français, nommé alors de Saint-Vatry, l'avait caché; il fond avec un corps de réserve sur les vainqueurs, les taille en pièces, et leur arrache la victoire. Gonradin échappe au carnage avec son ami ; mais la trahison le fît bientôt tomber entre les mains du vainqueur. Le comte fit jeter les malheureux princes dans les prisons de Naples, d'où ils ne devaient sortir que pour marcher au supplice.

Le pape de qui Charles tenait la Sicile , en vendant les états du père, avait proscrit la tête du fils , arrêt horrible qui fut donné tranquillement comme un conseil : « S'il vit , avait dit le pontife , tu meurs; s'il meurt , tu vis. »

Le comte d'Anjou fat fidèle au traité par lequel il s'était engagé à faire périr l'héritier légitime du trône. Naples vit dresser un échaffaud. Conradin et Frédéric, que la prison avait séparés, se revirent alors pour la dernière fois. Le prince de Souabe se reprochait la mort de son ami. Frédéric le consola, et monte le premier au supplice; ainsi l'avait ordonné le comte d'Anjou, qui, pour rendre aux yeux du généreux Conradin la mort plus cruelle que la mort même, voulait qu'il, fut teint du sang de son ami.

Ce prince infortuné voit tomber à ses pieds la tète de Frédéric. Il la saisit et la baigne de ses

pleurs. Il monte à son tourf et paraît aux yeux du peuple qui fond en larmes. Conradin rassemble ses esprits ; et agissant encore en roi , sur un échaffaud dressé dans ses états, il jette son gant, nomme son oncle, Pierre d'Aragon , héritier du trône , s'écrie : « O ma mère! que ma mort va vous causer de chagrin ! » et meurt.

Pourquoi l'histoire , qui s'est chargée de tant de noms odieux, n'a-t-elle pas consacré celui du généreux chevalier qui osa ramasser le gant du prince , et porter en Espagne ce précieux gage , dont Pierre d'Aragon sut profiter dans la suite ?

Le comte d'Anjou se voyait, après tant de meurtres et d'assassinats, paisible possesseur d'un royaume qu'il avait acquis par le fer et par le feu , mais qu'il ne sut pas gouverner. Les gibets , les bourreaux, les exactions en tout genre, effrayaient les peuples; et la Sicile vit renaître les règnes désastreux de Guillaume ier et de Henri vi, les Néron de l'Italie moderne.

Au milieu de ces sanglantes exécutions , Charles demandait à son père la permission d'envahir les états de l'empereur: et tandis que la cour de Rome la lui refusait, elle entrait elle-même dans la conspiration qui devait ravir à Charles la plus belle partie de ses possessions. Jean de Procida , seigneur d'une île de ce nom, aux environs de Naples, banni pour son attachement à la maison de Souabe, avait fait adopter son ressentiment et sa vengeance à presque tous les souverains. Après

avoir négocié secrètement avec Michel Paléologue, empereur d'Orient, et Pierre d'Aragon, il s'était rendu , sous un habit de moine , auprès du pape Nicolas m, qui l'avait reçu comme un ambassadeur de l'Espagne et de l'Empire. Revenu en Sicile sous ce même déguisement , il s'occupait alors à soulever les peuples , et préparait les esprits à la révolte, pendant que Michel et Pierre , sous différens prétextes , levaient des troupes et équipaient des flottes. Tout était concerté , quand un événement imprévu hâta la révolution préparée par une ligue de rois , et lui donna l'apparence d'une émeute populaire.

Le 29 mars 1282, à l'heure de vêpres, un habitant violait une Sicilienne. Aux cris de cette femme , le peuple accourt en foule. On massacre le coupable ; c'est un Français. Ce nom réveille la haine ; les tètes s'échauffent ; on s'arme de toutes parts. A l'instant , dans les rues , dans les . places publiques , au sein des maisons , au pied des autels , hommes, femmes , enfans , vieillards , huit mille Français sont écornés. Païenne na^e dans le sang.

Cette horrible boucherie est le signal de la révolte. Toute l'île est sous les armes , et tout ce qui porte le nom français est immolé. Ainsi finit la domination française , chez un peuple qui venait de voir massacrer ses deux derniers rois par un frère de Saint-Louis.

Les historiens qui tracent avec les couleurs les

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plus fortes le tableau des désastres de la Sicile, qui la montrent réduite à l'état le plus affreux , déchue non seulement de son ancienne splendeur , mais même de la situation déplorable où l'avaient mise les cruautés d'Henri vi , regrettant le joug barbare de ses anciens maîtres . Grecs , Sarrasins , Normands , Allemands , dont les vexations n'avaient pu la porter à de telles extrémités ; ces mêmes historiens semblent chercher une cause étrangère à cette horrible vengeance : cette vengeance est inouie sans doute , et rien de cruel n'est juste. Mais qui n'en voit la seule et véritable cause dans les excès atroces commis journellement par les Français? Comment ne pas la voir dans leur tyrannie publique qui réunit et ligua contre eux les grands de l'état, appuyés ensuite par des souverains étrangers , et dans leur tyrannie particulière et domestique, qui mit la rage dans le cœur des peuples ? Le coupable ne devient-il pas l'accusateur de la nation, tandis qu'un autre Français sauvé, protégé même par les meurtriers, semble expliquer du moins, s'il ne l'excuse en quelque sorte , la fureur des Siciliens ? Il existe un homme juste, Guillaume de Porcelet , Français d'origine , et gouverneur de l'isle de Calafatimi ; cet homme est seul excepte du massacre général ; on le respecte et on s'empresse à lui fournir un bâtiment pour le reconduire dans sa patrie. Ce décret tacite et unanime de tout un peuple qui, révérait l'innocence et Fin-

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1 ri té d'un seul Français, semble justifier la proscription de tous les autres , «t renouveler contre leur mémoire l'arrêt exécuté contre leur personne.

Charles était violent; à la nouvelle de la révolte et du carnage, il entre en fureur ; et jurant d'exterminer la race sicilienne, il vient mettre le siège devant Messine. Il était sur le point de s'en rendre maître et de recouvrer laSicile en vainqueur implacable, si la flotte d'Aragon ne fut venue secourir la ville assiégée et rassurer l'Ile malheureuse. Le comte d'Anjou , forcé de lever le siège , est poursuivi par l'amiral Loria , perd vingt-neuf vaisseaux, en voit brûler trente à ses yeux; et trop faible pour supporter la disgrâce qui le prive de la vengeance , il pleure d'impuissance et de rage.

Pierre d'Aragon, maître delà mer et vainqueur de Charles, entre dans Messine aux acclamations du peuple; et bientôt la Sicile couronne dans son libérateur l'oncle et ^'héritier de Conradin.

Charles vaincu, et n'ayant plus d'espoir dans les armes, cherche à ramener les peuples par sa clémence. Il publie des amnisties, rétablit la Sicile dans tous ses droits et tous ses privilèges , étend même ses bienfaits jusques sur Naples : basse indulgence qui ne trompa et ne ramena personne. La Sicile qui le brave, méprise ses dons perfides ; et Naples seule en profite contre le gré du tyran.

Ce monarque s'aperçoit que la feinte est vaine,

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et renouvelle la guerre ; il quitte ses états, court en Provence pour chercher de l'argent et des troupes.

Pierre sut profiter de son absence. L'amiral Loria, après s'être emparé de l'île de Malte , se présente au port de Naples et l'insulte. Le jeune prince de Salerne , à qui son père avait recommandé la modération et la prudence , sort avec soixante -dix galères pour repousser l'ennemi qui le brave : mais ayant plus de courage que d'expérience, il est fait prisonnier à la vue de ses sujets.

Loria, maître de l'héritier du trône, impose des lois et redemande Réatrix , fille de Mainfroy, prisonnière au château de l'OEuf, et menace les jours du prince , si l'on refuse de la rendre. Loria prévoyant le retour de Charles , revient avec Béatrix à Palerme , où il laisse le prince de Salerne en captivité.

Le peuple demandait hautement la mort du fils de Charles, comme une juste représaille de la mort de Conradin. Riais on voit avec plaisir que Constance, qui commandait en Sicile pendant l'absence du roi son époux , dédaignant de se venger du père sur un fils innocent , prit soin de soustraire le jeune prince au ressentiment des Siciliens et le fit conduire en Aragon.

Cependant Charles arriva à Naples ; son peuple est révolté ; son fils est dans les fers ; il se voit assailli de toutes parts , et ne respire que la vengeance. La vengeance lui échappe. Il se prépa-

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rait au siège de Messine ; on lui montre son fils dont on menace la tête, s'il approche de la ville. Enfin , accablé de malheurs qu'il ne peut imputer qu'à son ambition sanguinaire, il meurt àFoggia, dans la Pouille , âgé de soixante-cinq ans , et ne laisse au prince de Saierne , son héritier , que le royaume de Naples.

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