La cire
LAIVR ENT 261
<Je l’avois bien deviné, m'écriai-je; ton apparence est simple, « mais tu es excellent. Y at-il rien de moins brillant que le castor, le « rossignol et l’abeiïlle? » |
« Comme j’achevois de prononcer ces mots, un guerrier au regard pénétrant <’approcha de nous, mettant un doigt sur sa bouche. « Je « parie, dit-il, que nos deux sauvages sont charmés l’un de l’autre. »
« En même temps il passa son bras sous le mien et m'entraîna dans une autre partie de la cabane. « Laissons-nous donc tout seul cet «enfant des bois? » lui dis-je. « Oh! répliqua mon conducteur, il se « suffit à lui-même : il ne parle pas d’ailleurs le langage des hommes, «et n'entend que celui des dieux, des lions, des hirondelles et des «colombes!! »
« Nous traversions la foule : un des plus beaux François que j'aie jamais vus, s’appuyant sur les bras de deux de ses amis, nous accosta. Mon guide lui dit : « Quel chef-d'œuvre vous nous avez donné! vous « avez vu les transports dans lesquels il a jeté ce sauvage. » — « J'avoue, repartit le guerrier, que c’est un des succès qui m'ont le « plus flatité dans ma vie. » — «Et cependant, dit un de ses deux amis « d’un ton sévère, vous eussiez mieux fait de ne pas tant céder au goût « du siècle, de retranchtr votre Aricie, au risque de perdre cette scène « qui a ravi cet [roquois. »
Le second ami du guerrier le voulut défendre. « Voilà vos foi- «blesses, s’écria le premier, voilà comme vous êtes descendu du «Misanthrope au sac dans lequel vous enveloppez votre Scapin! » A ce propos j’allois à mon tour m'écrier : « Sont-ce là les hommes aimés du « ciel dont j’ai entendu les chants? » Mais les trois amis s’éloignèrent?, et je me retrouvai seul avec mon guide.
« I me conduisit à l’autre extrémité de la cabane, et me fit asseoir près de lui sur une natte de soie. De là, promenant ses yeux sur la foule tantôt en mouvement, tantôt immobile, il me dit : « Ghactas, je «te veux faire connoître les caractères des personnages que tu vois ici ; «ils te donneront une idée de ce siècle et de ma patrie.
« Remarque d’abord ces guerriers qui sont nonchalamment étendus «sur cette demi-couche d’édredon : ce sont les enfants des jeux et des «ris ; ils tiennent l’immortalité de leur naissance, car, bien qu'ils te « paroissent déjà vieux, ils sont toujours jeunes comme les Grâces, «leurs mères. Retirés loin du bruit dans un faubourg paisible, ils « passent leurs jours assis à des banquets. Les tempes ornées de lierre «et le front couronné de fleurs, ils mêlent à des vins parfumés l’eau