‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 118 sur 276 · Fénelon · texte numérisé non relu

Fénelon

que j’entendis se fermer m'avertit qu’il étoit temps de m'arracher de ce lieu. Dans la cour et sous les péristyles, une foule indigente attendoit les bienfaits du maître charitable : je joignis mes vœux à ceux que faisoient pour lui tant d’infortunés, et je sortis de cette cabane, plein de reconnoissance, d’admiration et d'amour.

« Ononthio reçut enfin l’ordre de son départ et du nôtre. Nous quittâmes Paris pour nous rendre à un golfe du lac sans rivages !. Comme notre traîneau passoit sur un pont d’où l’on découvroit la file prolongée des cabanes du grand village, je m’écriai : « Adieu, terre des palais et « des arts! adieu, terre sacrée où j’aurois voulu passer ma vie si les « tombeaux de mes ancêtres ne s’élevoient loin d'ici! »

«Je me laissai retomber au fond du traîneau. Oui, mon fils, j'éprouvai de vifs regrets en quittant la France. Il y a quelque chose dans l'air de ton pays que l’on ne sent point ailleurs, et qui feroit oublier à un sauvage même ses foyers paternels.

« Nous fimes un voyage charmant jusqu’au port où nous attendoient les vaisseaux. Nous roulâmes d’abord sur des chaussées bordées d'arbres à perte de vue; ensuite nous descendimes au bord d’un fleuve? qui couloit dans un vallon enchanté. On ne voyoit que des laboureurs qui creusoient des sillons, ou des bergers qui paissoient des troupeaux. Là le vigneron effeuilloit le cep sur une colline pierreuse ; ici le cultivateur appuyoit les branches du pommier trop Chargé ; plus loin, des paysannes chassoient devant elles l’âne paresseux qui portoit le lait et les fruits à la ville, tandis que des barques, traînées par de forts chevaux, rebroussoient le cours du fleuve. Des étrangers, des gens de guerre, des commerçants, alloient et venoient sur toutes les voies publiques. Les coteaux étoient couronnés de riants villages ou de châteaux solitaires. Les tours des cités apparoissoient dans les lointains; des fumées s’élevoient du milieu des arbres : on voyoïit se dérouler la brillante écharpe des campagnes, toute diaprée de l’azur des fleuves, de l'or des moissons, de la pourpre des vignes et de la verdure des prés et des bois.

« Ononthio me disoit : « Tu vois ici, Chactas, l’excuse des fêtes de « Versailles : dans toute l'étendue de la France, c’est la même richesse; x les travaux seulement et les paysages diffèrent, car ce royaume ren- « ferme dans son sein tout ce qui peut servir aux besoins ou aux « délices de la vie. L’attention que l’œil du maître donne à l’agricul- «ture s'étend sur les autres parties de l'État. Nous avons été chercher «jusque dans les pays étrangers les hommes qui pouvoient faire

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