‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 119 sur 276 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

« fleurir le commerce et les manufactures. Ce roi qui t'a paru si superbe, si occupé de ses plaisirs, travaille laborieusement avec ses sachems; il entre jusque dans les moindres détails. Le plus petit citoyen lui peut soumettre des plans et obtenir audience de lui : de la même main qui protège les arts et fait céder l’Europe à nos armes, il corrige les lois et introduit l’unité dans nos coutumes.

« Il est trois choses que les ennemis de ce siècle lui reprochent : le faste des monuments et des fêtes, l'excès des impôts, l'injustice des guerres.

« Quant à nos fêtes, ce n’est pas aux François à en faire un crime à leur souverain : elles sont dans nos mœurs, et elles ont contribué à « imprimer à notre âge cette grandeur que le temps n’effacera point. Nous sommes devenus la première nation du monde par nos édifices et par nos jeux, comme le furent jadis par les mêmes pompes les habitants d’un pays appelé la Grèce.

« Le reproche relatif à l’accroissement de l'impôt n’a aucun fondement raisonnable : nul royaume ne paye moins à son gouvernement, en proportion de sa fertilité, que la France.

«Il est malheureux qu'on ne puisse aussi facilement nous justifier du reproche fait à notre ambition. Mais, belliqueux sauvage, tu le sais, est-il beaucoup de guerres dont les motifs soient équitables? Louis a révélé à la France le secret de ses forces; il a prouvé qu’elle se peut rire des ligues de l’Europe jalouse. Après tout, les étrangers, qui cherchent à rabaisser notre gloire, doivent cependant ce qu’ils sont à notre génie. Louis est moins le législateur de la France que celui de l’Europe. Descendez sur les rivages d’Albion, pénétrez dans les forêts de la Germanie, franchissez les Alpes ou les Pyrénées, partout vous reconnoîtrez qu’on a suivi nos édits pour la justice, nos «règlements pour la marine, nos ordonnances pour l’armée , nos ins- «titutions pour la police des chemins et des villes : jusqu'à nos «mœurs et nos habits, tout a été servilement copié. Telle nation qui, « dans son orgueil, se vante aujourd’hui de ses établissements publics, . «en a emprunté l’idée à notre nation. Vous ne pouvez faire un pas «chez les étrangers sans retrouver la France mutilée : Louis est venu « après des siècles de barbarie, et il a créé le monde civilisé. »

« Après six jours de voyage nous arrivämes au bord de la grande eau salée, Nous passàmes une lune entière à attendre des vents favorables. Je contemplai avec étonnement ce port! qui venoit d’être construit dans le lac qui marche?, de même que j'avois vu cet autre

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