Rochefort. 2, L’Océan, 3 Toulon
port du lac immobile ! auquel le Manitou de la nécessité m’avoit contraint de travailler. Je visitai les arsenaux et les bassins; je n’eus pas moins de sujet d'admirer le génie de ta nation dans ces arts nouveaux pour elle que dans ceux où depuis longtemps elle étoit exercée, Une activité générale régnoit dans le port et dans ja ville : on voyoit sortir des vaisseaux qui emportoient des colonies aux extrémités du monde, en même temps que des flottes rapportoient à la France les richesses des terres les plus éloignées. Un matelot embrassoit sa mère sur la grève, au retour d’une longue course; un autre recevoit en s’embarquant les adieux de sa femme. Onze mille guerriers des troupes d’Areskoui?, cent soixante- -six mille enfants des mers, mille jeunes fils de vieux marins, instruits dans les hautes sciences de Michabou, cent quatre-vingt-dix-huit monstres nageants# qui vomissoient des feux par soixante bouches, trente galères dont je dois me souvenir, vous rendoient alors les dominateurs des flots, comme vous étiez les maîtres de la terre.
« Enfin le Grand-Esprit envoya le vent du milieu du jour qui nous étoit favorable : l’ordre du départ est proclamé; on s’embarque en tumulte. De petits canots nous portent aux grands navires ; nous arrivons sous leurs flancs; nous y demeurons quelque temps balancés par la lame grossie : nous montons sur les machines flottantes à l’aide de cordes qu’on nous jette. À peine avons-nous atteint le bord que nos matelots, comme des oiseaux de la tempête, se répandent sur les vergues. La foudre”, sortant du vaisseau d’Ononthio, donne le signal au reste de la flotte : tous les vaisseaux, avec de longs efforts, arrachent leur pied® d’airain des vases tenaces. La double serre ne s’est pas plutôt déprise de la chevelure de l’abime qu’un mouvement se fait sentir dans le corps entier du vaisseau. Les bâtiments se couvrent de leurs voiles : les plus basses, déployées dans toute leur largeur, s’arrondissent comme de vastes cylindres; les plus élevées, comprimées dans leur milieu, ressemblent aux mamelles gonflées d’une jeune mère. Le pavillon sans tache de la France se déroule sur les haleines har= monieuses du matin. Alors de la flotte épandue s’élève un chœur qui salue par trois cris d’amour les rivages de la patrie. À ce dernier signal, nos coursiers marins déploient leurs dernières ailes, s’animent d’un souffle plus impétueux, et, s’excitant mutuellement dans la carrière, ils labourent à grand bruit le champ des mers.
« Les transports de la joie ne descendirent point dans mon cœur à
4. La Méditerranée. 2, Génie de la guerre. . 3. Génie de la mer. &. Vaisseaux de guerre. 5. Le canon. 6. L'ancre.