Terre-Neuve, 2. Étoile polaire
desquelles couloient des torrents d’eau demi-glacée : des bouquets de: framboisiers, quelques bouleaux, une multitude d’étangs salés couverts: de toutes sortes d’oiseeux de mer, varioient la tristesse de la scène. Ces oiseaux me procuroient une abondante nourriture, et des fraises, des oseilles, des racines, ajoutoient à la délicatesse de mes banquets.
« Déjà mes pas étoient arrivés au détroit des tempêtes. Les côtes du Labrador se montroient quelquefois par delà les flots au coucher et au lever du soleil, Dans l'espoir de rencontrer. quelque navigateur, je cheminois le long des grèves ; mais lorsque j’avois franchi des caps. orageux, je n’apercevois qu'une suite de promontoires aussi solitaires que les premiers
« Un jour j’étois assis sous un pin : les flots étoient devant moi; je m'entretenois avec les vents de læ mer et les tombeaux de mes ancêtres. Une brise froide s'élève des régions du.nord, et un reflet lumineux voltige sous la voûte du ciel. Je découvre une montagne de glace flottante ; poussée par le vent, elle s'approche de la rive. Manitou du foyer de ma cabane! dites quel fut mon étonnement lorsqu'une voix, sortant de l’écueil mobile, vint frapper mon oreille. Gette voix chantoit ces paroles dans la langue des Esquimaux : |
« Salut, esprit des tempêtes, salut, à le plus-beau des fils de « l'Océan!
« Descends de ta colline où l’importun soleil ne luit jamais; des- « cends, charmante Élina! Embarquons-nous sur cette glace. Les cou- « rants nous emportent en pleine mer; les loups marins viennent se « livrer à l'amour sur la même glace que nous.
« Sois-moi propice, esprit des tempêtes, à le plus beau des fils de « l'Océan !
€ Élina, je darderai pour toi la baleine ; je te ferai un bandeau pour « garantir tes beaux yeux de l'éclat des neiges; je te creuserai une « demeure sous la terre pour y habiter avec un feu de mousse; je te « donnerai trente tuniques impénétrables aux eaux de la mer. Viens « sur le sommet de notre rocher flottant. Nos amours y seront enchaî- « nées par les vents, au milieu des nuages et de l’'écume des flots.
« Salut, esprit des tempêtes, à le plus beau des fils de l'Océan ! »
« Tel étoit ce chant extraordinaire. Gouvrant mes yeux de ma main, et jetant dans les flots une partie de mon vêtement, je m'écriai : « Divinité de cette mer dont je viens d'entendre la voix, soyez-moi « propice; favorisez mon retour ! » Aucune réponse ne sortit de la montagne, qui vint s'échouer sur les sables à quelque distance du lieu où j'étois assis,
« J'en vis bientôt descendre un homme et une femme vêtus de peaux