LIVRE ONZIÈME
Sur une colline, à quelque distance du champ de bataille, s’élevoit un sycomore dont la cime étoit couronnée ; tous les soirs des milliers de colombes se venoient percher sur ses rameaux desséchés. Ge fut au pied de cet arbre que le commandant de l’armée françoise résolut de passer la nuit et d’assembler le conseil des officiers pour délibérer sur le parti qui restoit à prendre.
Le bûcher du bivouac est allumé; des sentinelles sont placées à diverses distances, et les chefs arrivent aux ordres de Chépar. Ils forment un cercle autour du foyer des veilles. On voyoit, à la lueur des flammes, les visages fatigués et poudreux, les habits déchirés et sanglants, les armes demi-brisées, les casques fracassés, les chapeaux percés de balles, et tout le noble désordre de ces vaillants capitaines, tandis que les colombes, fidèles à leur retraite accoutumée, loin de fuir les feux, se venoient reposer avec les guerriers.
La résistance inattendue des sauvages avoit effrayé le commandant du fort Rosalie : il commencçoit à craindre de s’être laissé trop emporter à l'humeur intéressée des colons. Il avoit livré le combat sans en avoir reçu l'ordre précis du gouverneur de la Louisiane, et avant l’arrivée des troupes annoncées d'Europe. Un nombre assez considérable de soldats et plusieurs officiers étoient restés sur le champ de bataille : l’absence du capitaine d’Artaguette alarmoit.
L'opinion des chefs, rassemblés autour de Chépar, étoit partagée : les uns vouloient continuer le combat au lever du jour; les autres prétendoient que le châtiment infligé aux sauvages étoit assez sévère : il s’agissoit moins, disoient-ils, d’exterminer ces peuples, que de les