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de votre fils ; que l’ancienne garde des Allouez soit rétablie, et je vous réponds de tout. » Akansie ne pouvoit plus rien refuser ; elle avoit livré sa vertu.
L’Indien, afin de mieux réussir dans ses desseins, s’adressa d’abord aux François.
Traité rudement par Chépar, Febriano avoit repris peu à peu, à force d’humiliations, son ascendant sur le vieux militaire : la bassesse se sert des affronts qu’elle reçoit comme d’un marchepied pour s'élever. Mais le renégat sentoit que son crédit étoit affoibli s'il ne parvenoit à détruire par quelque service éclatant la fâcheuse impression qu’avoient laissée ses premiers conseils. Le gouverneur de la Louisiane avoit témoigné son mécontentement au commandant du fort Rosalie, et dans la lettre où il lui annonçoit l’envoi de troupes nouvelles, il l’invitoit à réparer une imprudence dont souffroit la colonie.
Febriano épioit donc l’occasion de regagner sa puissance, au moment où Ondouré cherchoit le moyen de satisfaire son ambition. Ces deux traîtres, jadis compagnons de débauche, par une conformité de passions avoient conçu l’un et l’autre une haine violente contre René. L'homme sauvage alla trouver l’homme policé; il lui parla de la mort du soleil : « Dans les changements prêts à s’opérer aux Natchez, lui dit-il, si le commandant des François me veut seconder, je lui ferai obtenir les concessions, objets de tant de troubles et de malheurs. »
Ravi d’une proposition qui le rendoit important en le rendant utile,
Febriano court avertir Chépar : celui-ci consent à recevoir Ondouré au milieu de la nuit, sur un des ravélins du fort.
« Sachem des François, dit Ondouré en l’abordant, je ne sais ce que vous méditez. De nouveaux guerriers vous sont arrivés: peut-être est-ce votre dessein de lever encore une fois la hache contre nous. Au lieu de vous engager dans cette route incertaine, je puis vous mener à votre but par une voie plus sûre. Depuis longtemps je suis l'ami des François; employez votre autorité à me faire élever à la place qui me rendra tuteur du jeune soleil. Je m'engage alors à vous faire céder les terres que vous réclamez; et dont vos députés et les nôtres doivent régler les limites. Dans deux jours la nomination de l’édile aura lieu. Que l’on envoie par vos ordres des présents aux jeunes guerriers , aux matrones et aux prêtres, et je l’emporterai sur mes compétiteurs. »
Flatté d'entendre parler de sa puissance, regardant comme un grand coup de politique de mettre Ondouré, qu'il croyoit l'ami de la France, à la tête des Natchez, espérant surtout réparer sa faute par l'obtention des terres dont on lui fait la promesse, Chépar se précipite dans le projet d'Ondouré : il charge Febriano de la distribution des présents.
Ondouré retourne auprès d’Akansie, qu’il s'étonne de trouver abattue : il en est du crime comme de ces boissons amères que l’habitude seule rend supportables. « Il ne s’agit plus d’hésiter, s’écrie Ondouré : voulez-vous commander avec moi, ou voulez-vous rester esclave sous un sachem de votre famille? Songez qu'il y va de votre vie et de la mienne : si nous ne sommes pas assez forts pour proscrire nos ennemis, nous serons proscrits par eux. Tôt ou tard quelque voix accusatrice révélera le secret de la mort du soleil, et au lieu de monter au pouvoir, nous serons traînés au supplice. Allez donc; parlez aux matrones, obtenez leurs voix; je cours m'assurer de celle des jeunes guerriers. Outougamiz, qui balance seul mon crédit auprès d'eux, Outougamiz, encore trop foible, ne peut sortir de sa cabane. Que le jongleur dévoué à nos intérêts fasse s'expliquer les génies , et nous triompherons de la résistance de Chactas et d’Adario. »
L'assemblée générale de la nation étant convoquée pour procéder au choix de l’édile, Chactas proposa d'élever René, son fils adoptif, à cette place importante ; mais le jongleur déclara que l'étranger, coupable à la fois de la disparition du serpent sacré, de la mort des femelles de castor et de la guerre dans laquelle le vieux soleil avoit péri, étoit réprouvé du Grand-Esprit.
Le frère d'Amélie rejeté, Adario présenta son neveu Outougamiz, qui venoit de faire éclater tant de vertu et de vaillance : Outougamiz fut écarté à cause de la simplicité de sa vertu. Chactas et Adario ne vouloient point pour eux-mêmes une charge dont leur âge ne leur permettoit plus l'exercice.
Akansie désigna à son tour Ondouré : ce nom fit rougir les hommes qui conservoient encore quelque pudeur. Ghactas repoussa de toute la dignité de son éloquence un guerrier dont il osa peindre les vices. Adario, qui sentoit le tyran dans Ondouré, menaça de le poignarder s'il attentoit jamais à la liberté de la patrie; mais les présents de Febriano avoient produit leur effet : les matrones enchantées par des parures, les jeunes guerriers séduits par des armes, un assez bon nombre de sachems, à qui l'ambition toit la prudence, soutinrent le candidat de la femme-chef. Les Manitous consultés approuvèrent l'élection d'Ondouré. Ainsi l'éducation d’un enfant qui devoit un jour commander à des peuples fut remise à des mains oppressives et souillées : le champ empoisonné de Gomorrhe fait mourir la plante qu'on lui confie, ou ne porte que des arbres dont les fruits sont remplis de cendre.
Cependant les blessures de none se fermoient ; des simples connus des sauvages rétablissoient ses forces avec une étonnante rapidité. I
n’avoit qu'un moyen de payer à Outougamiz la dette d’une amitié sublime, c’étoit d'épouser Géluta, Le sacrifice étoit grand : tout lien pesoit au frère d'Amélie ; aucune passion ne pouvoit entrer dans son cœur, mais il crut qu'il se devoit immoler à la reconnoissance ; du moins ce n’étoit pas à ses yeux démentir sa destinée, que de trouver un malheur dans un devoir.
Il fit part de sa résolution à Ghactas : Chactas demanda la main de Céluta à Adario; Outougamiz fut rempli de joie en apprenant que son ami alloit devenir son frère. Géluta, rougissant, accorda son consentement avec cette grâce modeste qui respiroit en elle; mais elle éprouvoit quelque chose de plus que ce plaisir mêlé de frayeur qu'éprouve la jeune vierge prête à passer dans les bras d’un époux, Malgré l'amour qui entraînoit vers René la fille de Tabamica, malgré la félicité dont elle se faisoit l’image, elle étoit frappée d’une tristesse involontaire; un secret pressentiment serroit son cœur : René lui inspiroit une terreur dont elle ne se pouvoit défendre; elle sentoit qu'elle alloit tomber dans le sein de cet homme comme on tombe dans un abime.
Les parents ayant approuvé le mariage, Ghactas dit à René : « Bâtis ta cabane, portes-y le collier pour charger les fardeaux et le bois pour allumer le feu; chasse pendant six nuits; à la septième, Géluta te suivra à tes foyers, »
René établit sa demeure dans une petite vallée qu'arrosoit une rivière tributaire du Meschacebé. Quand l'ouvrage fut fini, on découvroit de la porte de la nouvelle cabane les prairies du vallon entrecoupées d’arbustes à fleurs; une forêt, vieille comme la terre, couvroit les collines, et dans l'épaisseur de cette forêt tomboit un torrent,
Des danses et des jeux signalèrent le jour du mariage. Placés au milieu d’un cercle de leurs parents, René et Céluta furent instruits de leurs devoirs : on conduisit ensuite les époux au toit qu'ils devoient habiter.
L’aurore les trouva sur le seuil de la cabane : Géluta , un bras jeté autour du cou de René, s'appuyoit sur le jeune homme. Les yeux de l'Indienne, avec une expression de respect et de tendresse, cherchoïent ceux de son époux. D'un cœur religieux et reconnoissant, elle offroit sa félicité au maître de la nature comme un don qu'elle tenoit de lui : la rosée de la nuit remonte, au lever du soleil, vers le ciel d'où elle est descendue.
Les regards distraits du frère d'Amélie se promenoient sur la solitude : son bonheur ressembloit à du repentir, René avoit désiré un désert, une femme et la liberté : il possédoit tout cela, et quelque
chose gâtoit cette possession. Il auroit béni la main qui du même coup l’eût débarrassé de son malheur passé et de sa félicité présente, si toutefois c’étoit une félicité.
Il essaya de réaliser ses anciennes chimères : quelle femme étoit plus belle que Céluta ? I lemmena au fond des forêts, et promena son indépendance de solitude en solitude ; mais quand il avoit pressé sa jeune épouse contre son sein, au milieu des précipices, quand il l'avoit égarée dans la région des nuages, il ne rencontroit point les délices qu’il avoit rêvées.
Le vide qui s’étoit formé au fond de son âme ne pouvoit plus être comblé. René avoit été atteint d’un arrêt du ciel, qui faisoit à la fois son supplice et son génie: René troubloit tout par sa présence : les passions sortoient de lui et n’y pouvoient rentrer ; il pesoit sur la terre qu’il fouloit avec impatience et qui le portoit à regret.
Si l’impitoyable Ondouré avoit pénétré dans le cœur du frère d'Amélie, s’il en avoit connu toute la misère, s’il avoit vu les alarmes de Géluta et l'espèce d’épouvante que lui inspiroit son mari, l'union du couple infortuné n’auroit point fait sentir au sauvage les tourments qu'il éprouva lorsque la renommée lui apprit la nouvelle de cette union. Qu'importoit à Ondouré d’avoir satisfait son ambition? Céluta échappoit à son amour ! René n’étoit point encore immolé à sa jalousie! Les succès du détestable Indien lui coûtoient cher : il étoit obligé de subir la tendresse d’une femme odieuse ; il avoit fait à Chépar des promesses qu’il ne pouvoit ni ne vouloit remplir. Comment perdre ces étrangers du fort Rosalie qui étoient devenus ses maîtres, puisqu'ils possédoient une partie de son secret? comment sacrifier ce rival, que les mauvais génies avoient envoyé aux Natchez pour le désespoir d'Ondouré? É
Plusieurs projets s’offrirent d'abord à la pensée de l’édile, mais les uns n’étoient pas assez sûrs, les autres n’enveloppoient pas assez de victimes. Le dégoût de l’état de nature, le désir de posséder les jouissances de la vie sociale, augmentoient le trouble des esprits d’Ondouré : il dévoroit des regards tout ce qu’il apercevoit dans.les habitations des blancs; on le voyoit errer à travers les villages, l’air farouche, l'œil en feu, les lèvres agitées d’un mouvement convulsif.
Un jour qu’il promenoit ainsi ses noires rêveries, il arrive à la cabane de René; le frère d'Amélie parcouroit alors les déserts avec Céluta. Mille passions, mille souvenirs accompagnés de mille desseins funestes, agitent le cœur d'Ondouré. I] fait d’abord à pas lents le tour de la hutte; bientôt il heurte à la porte, l’ouvre et jette des regards sinistres dans l'intérieur du lieu. 11 y pénètre, s’assied au foyer solitaire, comme ces
génies du mal attachés à chaque homme, et qui, selon les Indiens, se plaisent à fréquenter les demeures abandonnées. Des lits de joncs, des armes européennes, quelques voiles de femme, un berceau, présent de la famille de Géluta, tout ce qui frappe la vue d'Ondouré accroît son supplice : « C’est donc ici qu'ils ont été heureux! » murmure-t-il à voix basse. Son imagination s’égare ; il se lève, disperse les roseaux des couches et brise les armes dont il jette au loin les éclats. Les parures de Céluta appellent ensuite sa rage : il les soulève d’une main tremblante, les approche de sa bouche comme pour les couvrir de baisers, puis les déchire avec fureur. Déjà ses bras se levoient sur le berceau, lorsqu'il les laisse tout à coup retomber à ses côtés : sa tête se penche sur sa poitrine, son front se couvre d’un nuage sombre: le sauvage paroît travaillé par la conception douloureuse d'un crime.
C’en est fait ! les destinées de Céluta, les destinées du frère d'Amélie, les destinées des François sont fixées! Ondouré pousse un profond soupir, et souriant comme Satan à ses perversités : « Je te remercie ÿ dit-il, Ô Athaensic ! tu m'as bien inspiré! Génie de cette cabane, je te remercie! tu w’as conduit ici pour me découvrir les moyens d'accomplir mes vengeances, d'atteindre à la fois le but de mes desseins divers. Oui, vous périrez, ennemis d'Ondouré! et toi, Gélutal.., » Il ne se révèle à lui-même toute l'horreur et toute l'étendue de son projet que par un cri qu'il pousse en sortant de la cabane : ce cri fut entendu des François et des Natchez; les premiers en frissonnèrent; les seconds prévirent la ruine de leur patrie.
Lorsque René revint de ses courses, il fut frappé du désordre de sa cabane, sans en pouvoir pénétrer la cause : nourrie dans la religion des Indiens, Céluta tira de ce désordre un présage funeste, Elle n’avoit point rapporté le bonheur de son pèlerinage au désert : René étoit pour elle inexplicable; elle avoit cependant aperçu quelque chose de mystérieux au fond du cœur de l’homme auquel elle étoit unie; mais cet homme ne lui avoit point révélé ses secrets, il ne les avoit racontés à personne. Après son retour à sa Cabane, René sembla devenir plus sombre et moins affectueux : la timide Céluta n'osoit l’interroger ; elle ne tarda pas à prendre pour de la lassitude ou de l’inconstance ce qui n'étoit que l'effet du malheur et d’un caractère impénétrable. Le hasard vint donner quelque apparence de réalité aux premiers soupçons de la sœur d'Outougamiz.
René traversoit un jour une cyprière, lorsqu'il entendit des cris dans un endroit écarté : il court à ces cris. Il aperçoit entre les arbres une Indienne se débattant contre un Européen. A l'apparition d’un témoin, le ravisseur s'enfuit, Le frère d'Amélie avoit reconnu Febriano
et Mila. «Ah! s’écria l’adolescente en se jetant dans ses bras, si tu avois voulu m’épouser, tu n’aurois pas été obligé de venir à mon secours. Que je te remercie, pourtant! J'ai eu si grand’peur lorsque l'homme noir m'a surprise, que j'ai fermé les yeux de toutes mes forces, dans la crainte de le voir. » René sourit ; il rassura la jeune sauvage, et lui promit de la reconduire chez son père. Il l’aida d’abord à laver son visage meurtri. Mila lui dit alors : « Que ta main est douce! c’est tout comme celle de ma mère! Les méchants ! ils racontent tant de mal de toi, et tu es si bon! » Quand il se fallut quitter, Mila trouva que le chemin étoit si court! Elle fondit en larmes, et s’échappa en disant : « Je ne suis qu’une linotte bleue, je ne sais point chanter pour le chasseur blanc. » Le frère d'Amélie reprit le chemin de sa cabane, et ne songea plus à cette aventure.
Elle fut bientôt connue d'Ondouré ; elle lui fournit l’occasion d'ajouter une calomnie de plus à toutes celles qu’il inventoit pour assouvir sa haine ; il se félicita de pouvoir faire partager à Céluta ces tourments de jalousie qu’il avoit connus par elle. La rencontre de René et de Mila fut représentée à la chaste sœur d'Outougamiz comme l'infidélité de l’homme qu’elle aimoit. Céluta pleura, et cacha ses larmes.
Cependant Céluta étoit mère ; l'épouse féconde n’assuroit-elle pas
les droits de l’amante? Lorsque René eut la certitude que sa femme portoit un enfant dans son sein, il s’approcha d'elle avec un saint respect ; il la pressa doucement de peur de la blesser : « Femme, lui dit-il, le ciel a béni tes entrailles ! »
Céluta répondit : « Je n’ai pas osé faire des vœux avant vous pour l'enfant que le grand Esprit m’a donné. Je ne suis que votre servante : mon devoir est de nourrir votre fils ou votre fille, je tâcherai d'y être fidèle. »
Le front du frère d'Amélie s bout « Nourrir mon fils ou ma fille! dit-il avec un sourire amer : sera-t-il plus heureux que moi? Sera-t-elle plus heureuse que ma sœur? Qui auroit dit que j'eusse donné la vie à un homme? » Il sortit, laissant Céluta dans une inexprimable douleur.
Ondouré poursuivoit ses projets : malgré l'autorité d'Adario et de Chactas, il avoit rétabli dans toute leur puissance les Allouez, gardes dévoués au despotisme des anciens soleils ; il avoit dépêché des messagers, avec des ordres secrets, pour toutes les nations indiennes. Plus que jamais il trompoit le commandant du fort Rosalie à l’aide de fausses confidences : il lui faisoit dire par Febriano que sans l’opposition d’Adario, de Chactas et de René, il séroit entièrement maître du conseil des Natchez; que ces trois ennemis du nom françois l’em-
pêchoient de tenir sa promesse. Ondouré invitoit Chépar à les enlever quand il lui en donneroit le signal. Par cette politique, il avoit le double dessein de livrer ses adversaires aux étrangers et de soulever les Natchez contre ces mêmes étrangers, lorsque ceux-ci se seroient portés à quelque violence contre deux sachems idoles de la patrie.
I] falloit néanmoins ne rien précipiter; il falloit que toutes les forces des Indiens fussent secrètement rassemblées, afin de frapper sûrement le dernier coup. Il étoit en même temps aussi difficile de modérer ces éléments de discorde que de les faire agir de concert. Les trêves, sans cesse renouvelées, suspendoient à peine des hostilités toujours prêtes à renaître : les Francois et les Natchez s’exerçoient aux armes, en Cultivant ensemble les champs où ils se devoient exterminer.
Plusieurs mois étoient nécessaires à Ondouré pour l'exécution de son vaste plan. Chépar, de son côté, n’avoit point encore reçu tous les secours qu’il attendoit. Une paix forcée par la position des chefs régnoit donc dans la colonie ; les Indiens, en attendant l'avenir, s’occupoient de leurs travaux et de leurs fêtes.
Mila, ayant des liens de famille avec Géluta, vint remercier celui qu’elle appeloit son libérateur. Elle lui apporta une gerbe de maïs qui ressembloit à une quenouille chargée d’une laine dorée : « Voilà, lui dit-elle, tout ce que je te puis donner, car je ne suis pas riche. » René accepta l’offrande.
Géluta sentit ses yeux se remplir de larmes, mais elle reçut sa jeune parente avec son inaltérable douceur ; elle caressa même avec bonté aimable enfant, qui lui demanda si elle assisteroit à la moisson de la folle-avoine'. Céluta lui dit qu’elle s’y trouveroit. Mila sortit pleine de joie, en voyant René tenir encore dans sa main la gerbe de maïs.
Depuis le jour où le capitaine d’Artaguette avoit ramené aux Natchez les infortunés amis, il étoit allé à la Nouvelle-Orléans voir son frère, le général Diron d’Artaguette, et le jeune conseiller Harlay, qui devoit épouser Adélaïde, fille du gouverneur de la Louisiane. Il revint au . fort Rosalie la veille de la moisson annoncée par Mila. Il avoit appris le mariage du frère d'Amélie avec Céluta : la reconnoissance que le capitaine devoit à cette belle sauvage, le tendre penchant qui l'entrainoit vers elle, l'estime qu’il sentoit pour René, le conduisirent à la cabane des nouveaux époux. Il trouva la famille réunie prête à partir pour la moisson : Chactas, Adario, Céluta, René, Outougamiz, rétabli dans toute sa force, Outougamiz qui avoit oublié ce qu'il avoit fait