‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 208 sur 276 · TROUVÉS SUR LE PONT DU RHONE · texte numérisé non relu

TROUVÉS SUR LE PONT DU RHONE

ILest minuit, et tu sommeilles ;

Tu dors, et moi je vais mourir.

Que dis-je, hélas ! peut-être que tu veilles! Pour qui? l'enfer me fera moins souffrir.

Demain quand, appuyée au bras de ta conquête, Lasse de trop d'amour et cherchant le repos, Tu passeras ce fleuve, avance un peu la tête

Et regarde couler ces flots.

LES MALHEURS DE LA RÉVOLUTION, Paris, 1813,

Sors des demeures souterraines, Néron, des humains le fléau !

Que le triste bruit de nos chaînes

Te réveille au fond du tombeau.

Tout est plein de trouble et d’alarmes:

Notre sang coule avec nos larmes ; Ramper est la première loi :

Nous traînons d’'ignobles entraves :

On ne voit plus que des esclaves :

Viens : le monde est digne de toi.

Is sont dévastés dans nos temples Les monuments sacrés des rois :

Mon œil effrayé les coutemple ;

Je tremble et je pleure à la fois.

Tandis qu'une fosse commune

Des grandeurs et de la fortune Reçoit les funèbres lambeaux,

Un spectre, à la voix menaçante, A percé la tombe récente

Qui dévora les vieux tombeaux,

Sa main d’une pique est armée :

Un bonnet cache son orgueil ;

Par la mort sa vue est charmée :

Il cherche un tyran! au cercueil.

Courbé sur la poudre insensible,

Il saisit un sceptre terrible

Qui du lis a flétri la fleur,

Et d’une couronne gothique

Chargeant son bonnet anarchique,

I se fait roi de la douleur. |

4, Louis XI. Ce roi ne fut point enterré à Saint-Denis : peu importe au poëte,

Voilà le fantôme suprême,

François, qui va régner sur vous

Du républicain diadème

Portez le poids léger et doux.

L'anarchie et le despotisme,

Au vil autel de l’athéisme,

Serrent un nœud ensanglanté,

Et s’'embrassant dans l'ombre impure, Ils jouissent de la torture

De leur double stérilité.

L'échafaud, la torche fumante, Couvrent nos campagnes de deuil.

La Révolution béante

Engloutit le fils et l’aïeul.

L'adolescent qu’atteint sa rage

Va mourir au champ du carnage Ou dans un hospice exilé ;

Avant qu’en la tombe il s’endorme, Sur un appui de chêne ou d’orme, Il traîne un buste mutilé.

Ainsi quand l’affreuse Chimère' Apparut non loin d’Ascalon,

En vain la tendre et foible mère Cacha ses enfants au vallon.

Du Jourdain les roseaux frémirent ; Au Liban les cèdres gémirent,

Les palmiers à Jézerael,

Et le chameau, laissé sans guides, Pleura dans les sables arides

Avec les femmes d’Ismael.

Napoléon de son génie

Enfin écrase les pervers ;

L'ordre renaît : la France unie Reprend son rang dans l’univers.

Mais, géant, fils aîné de l’homme, Faut-il d’un trône qu’on te nomme

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