Le fils de cette femme héritoit de la royauté
fois qu’il arrive parmi vous un étranger, vous devez, un pied nu dans le fleuve et une main étendue sur les eaux, faire un sacrifice au Meschacebé, car l'étranger est aimé du Grand-Esprit. »
Près du lieu où parloit ainsi le vieillard se voyoit un catalpa au tronc noueux, aux rameaux étendus et chargés de fleurs : le vieillard ordonne à sa fille de l’y conduire. Il s’assied au pied de l'arbre avec René et les guides. Des enfants montés sur les branches du catalpa éclairoient avec des flambeaux la scène au-dessous d'eux. Frappés de la lueur rougeâtre des torches, le vieil arbre et le vieil homme se prétoient mutuellement une beauté religieuse ; l’un et l’autre portoient les marques des rigueurs du ciel, et pourtant ils fleurissoient encore après avoir été frappés de la foudre.
Le frère d'Amélie ne se lassoit point d'admirer le sachem. Chactas (c’étoit son nom) ressembloit aux héros représentés par ces bustes antiques qui expriment le repos dans le génie et qui semblent naturellement aveugles. La paix des passions éteintes se méloit sur le front de Chactas à cette sérénité remarquable chez les hommes qui ont perdu la vue, soit qu’en étant privés de la lumière terrestre nous commercions plus intimement avec celle des cieux, soit que l’ombre où vivent les aveugles ait un calme qui s’étende sur l'âme, de même que la nuit est plus silencieuse que le jour.
Le sachem, prenant le calumet de paix chargé de feuilles odorantes du laurier de montagne, poussa Ja première vapeur vers le ciel, la seconde vers la terre et la troisième autour de l'horizon. Ensuite il le présente aux étrangers. Alors le frère d'Amélie dit : « Vieillard! puisse le ciel te bénir dans tes enfants ! Es-tu le pasteur de ce Pere qui t’environne? Permets-moi de me ranger parmi ton tr te
« Étranger, repartit le sage des bois, je ne suis ie un Sn
sachem, fils d'Outalissi. On me nomme Chactas, parce qu’on prétend que ma voix à quelque douceur; ce qui peut provenir de la crainte que j'ai du Grand-Esprit. Si nous te recevons comme un fils, nous ne devons point en retirer de louanges. Depuis longtemps nous sommes amis d’Ononthio ‘ dont le soleil ?, habite de l’autre côté du lac sans rivage*. Les vieillards de ton pays ont discouru avec les vieillards du mien et mené dans leur temps la danse des for ts, car nos aïeux étoient une race péÉsans: Que sommes-nous auprès de nos aïeux? Moi-même qui te parle, j'ai habité jadis parmi tes pères :
je n’étois pas courbé vers la terre comme aujourd’hui, et mon nom rctentissoit dans les forêts. J'ai contracté une grande dette envers la