Les [roquois. 2. L'art d'écrire, de lire, etc
«Je vis pourtant avec horreur les supplices réservés aux victimes du sort des combats. En mémoire d’Atala, je donnai la vie et la liberté à des guerriers arrêtés de ma propre main. Et moi aussi j’avois été prisonnier, loin de la douce lumière de ma patrie!
« J’eus le bonheur d’arracher ainsi à la mort quelques François. Ononthio' me fit offrir en échange les dons de l’amitié; il me proposoit même une hache de capitaine parmi ses soldats. Mais comme ses paroles étoient celles du secret, et qu’il y joignoit des sollicitations peu justes, je priai les présents de retourner vers les richesses d’Ononthio.
« Le printemps s’étoit renouvelé autant de fois qu’il y a d'œufs dans le nid de la fauvette ou d'étoiles à la constellation des chasseurs, depuis que j’habitois chez les nations iroquoises. Elles avoient fumé le calumet de paix avec les François. Cette paix fut bientôt rompue : Athaensic? balaya les feuilles qui commençoient à couvrir les chemins de la guerre, et fit croître l’herbe dans les sentiers du commerce.
« Après divers succès on proposa une suspension d'armes; des députés furent envoyés par les Iroquois au fort Catarakoui. J’étois du nombre de ces guerriers, et je leur servois d’interprète. À peine entrés dans le fort, nous fûmes enveloppés par des soldats. Nous réclamâmes Ja protection du calumet de paix : le chef qui nous arrêta nous répondit que nous étions des traîtres, qu'il avoit ordre d'Ononthio de nous embarquer pour Kanata*, d’où nous serions menés en esclavage au pays des François. On nous enleva nos haches et nos flèches ; on nous serra les bras et les pieds avec des chaînes; nous fûmes jetés dans des pirogues, qui nous conduisirent au port de Québec par le fleuve Hochelaga*. De Kanata un large canot nous porta au delà des grandes eaux, à la contrée des mille villages, dans la terre où tu es né.
Les cabanes* où nous abordâmes sont bâties sous un ciel délicieux, au fond d’un lac intérieur f, où Michabou, dieu des eaux, ne lève point deux fois le jour son front vert couronné de cheveux blancs, comme sur les rives canadiennes.
« Nous fûmes reçus aux acclamations de la foule. L’amas des cabanes, des grands canots et des hommes, tout ce spectacle, si différent de celui de nos solitudes, confondit d’abord nos idées. Je ne com-
1. Nom que les sauvages donnoient à tous les gouverneurs du Canada. Il signifie la grande montagne. Ainsi Ononthio-Denonville, Ononthio-Frontenac, etc.
2. Génie de la vengeance. 3. Québec. 4. Le fleuve Saint-Laurent,
d. Marseille. 6. Méditerranée.