‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 94 sur 276 · Toulon. . 2. Une lettre. 3. Louis XIV · texte numérisé non relu

Toulon. . 2. Une lettre. 3. Louis XIV

« Je fis à haute voix l'explication du collier aux chefs sauvages; à linstant même un guerrier détacha nos fers. Aussitôt que nous sentimes nos pieds dégagés des entraves, nous présentâmes en sacrifice du Grand-Esprit un pain de tabac, que nous jetâmes dans la mer, après avoir coupé l’offrande en douze parties.

« Le chef de la prière nous donna l’hospitalité, et nous recûmes, avec de l’or, des vêtements nouveaux faits à la façon de notre pays.

« Dès que l'esprit du jour eut attelé le soleil à son traîneau de flamme, on nous conduisit à la hutte roulante ! qui nous devoit emporter : Lopez et le chef de la prière nous accompagnoient. Longtemps, à la porte de la cabane mobile, je tins serré contre mon cœur le père d’Atala; je lui disois :

« Lopez! faut-il que je vous quitte encore, que je vous quitte lors-

« que vou” $tes malheureux? Suivez votre fils : venez parmi vos Indiens « planter .otre bienfaisante vie, dans le sol de ma cabane. Là vous ne « serez point méprisé parce que vous êtes pauvre : je chasserai pour votre repas, vous serez honoré comme un génie. Si mes prières trouvent votre cœur fermé, si vous craignez de vous exposer aux fatigues d'un long voyage, je resterai avec vous : j’apprendrai les arts des blancs, je vous mettrai par mdn travail au-dessus de l’indigence. Qui vous fermera les yeux? qui cueillera le dernier jour de votre vieillesse? Souffrez que la main d’un fils vous présente au moins la coupe de la mort : d’autres l’agiteroient peut-être et vous la feroient boire troublée. ».

« Sage et indulgent Lopez, vous me répondiîtes : Vous n’avez jamais été ingrat envers moi; quand vous me quittâtes à Saint-Augustin, vous suiviez le penchant naturel à tous les hommes; loin de vous rien reprocher, je vous admirai. Dans ce moment vous seriez coupable en demeurant sur ces bords : Dieu a enrichi votre âme des plus beaux dons de l’adversité; vous devez ces richesses à votre patrie, Que si je refuse de vous suivre, ne croyez pas que ce soit faute de vous aimer, mais je serois un trop vieux voyageur. Il faut que chacun accomplisse les ordres de la Providence : vous dormirez auprès des os de vos pères; moi je dois mourir ici. La charité par- « tagera ma dépouille; les enfants de l'étranger viendront jouer autour « de ma tombe et l’effaceront sous leurs pas. Aucune épouse, aucun « fils, aucune sœur, aucune mère ne s'arrêtera à ma pierre funèbre, « visitée seulement du malheureux, et sur laquelle passera le sentier « du pèlerin, » {

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