‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 126 sur 358 · Tom. IV, liv. xix, p · texte numérisé non relu

Tom. IV, liv. xix, p

4. Sacerdos erat apud eos Saturai, Tyrannus nomine. Hic, quasi ex responso numinis, adorantibus in temple nobilibus quibusque et primariis viris, quorum sibi matronæ ad libidinem placuissent, dicebat Saturnum præcepisse ut uxor sua pernoctaret in ternplo. Tum is qui audierat, gaudens quod uxor sua dignatione numinis vocaretur, exornatam comptius insuper et donariis onustam , ne vacua scilicet repudiaretur, conjugem mittebat ad templum. In conspectu omnium conclusa intrinsecus matrona, Tyrannus, clausis jaunis et traditis clavibus, discedebat. Deinde, facto silentio, per occultos et subterraneos aditus, intra ipsum Saturai simulacrum patulis erepebat cavernis. Erat autein simulacrum illud a tergo excisum, et parieti diligenter annexum. Ardcntibusque intra æclem luminibus intenta?, supplicantique mulieri vocem subito per simulacrum oris concavi proferebat, ita ut pavore et gaudio infelix mulier trepidaret, quod dignam se tanti numinis putaret alloquio. Posteaquam vero quæ libitum fuerat vel ad consternationem majorem, vel ad libidinis incitamentum, deseruisset numen impurum, arte quadam linteolis obductis, repente lumina exstinguebantur universa. Tum descendens obstupefactæ et consternatæ mulierculæ adulterii fucum profanis commentationibus inferebat. Hoc cum per omnes miserorum matronas multo jam tempore gereretur, accidit quamdam pudicæ mentis feminam liorruisse facinus, et attentius designantem cognovisse vocem Tyranni, ac domum regressam viro de fraude sceleris indicasse. (Ruf., Hist. eccl. , lib. ii, p. 245.)

éclairé, et la femme, attentive à sa prière, ne voyant personne et entendant tout d’un coup une voix sortir de l’idole, étoit remplie d’une crainte mêlée de joie. Après que Tyran, sous le nom de Saturne, lui a voit dit ce qu’il jugeoit à propos pour l’étonner davantage ou la disposer à le satisfaire, il éteignoit subitement toutes les lumières, en tirant des linges disposés pour cet effet. Il descendoit alors, et faisoit ce qui lui plaisoit à la faveur des ténèbres. Après qu’il eut ainsi trompé des femmes pendant longtemps, une, plus sage que les autres, eut horreur de cette action ; écoutant plus attentivement, elle reconnut la voix de Tyran, retourna chez elle, et découvrit la fraude à son mari. Celui-ci se rendit accusateur. Tyran fut mis à la question, et convaincu par sa propre confession, qui couvrit d’infamie plusieurs familles d’Alexandrie en découvrant tant d’adultères et rendant incertaine la naissance de tant d’enfants. Ces crimes publiés contribuèrent beaucoup au renversement des idoles et des temples. »

Une aventure à peu près pareille avoit eu lieu à Rome sous le règne de Tibère 1 ; elle rappeloit encore celle de ce jeune homme qui, jouant le rôle du fleuve Scamandre, abusa de la simplicité d’une jeune fille2. On étaloit, à la honte de l’idolâtrie, les poupées empaillées, les simulacres ridicules, obscènes ou monstrueux, les instruments de magie, et jusqu’aux têtes coupées de quelques enfants dont on avoit doré les lèvres3; toutes divinités trouvées dans les sanctuaires les plus secrets des temples abattus.

Les païens tenoient ferme, et rendoient mépris pour mépris ; ils insultoient le culte des martyrs : « Au lieu des dieux de la pensée, les moines obligent les hommes à adorer les esclaves de la pire espèce ; ils ramassent et salent les os et les têtes des malfaiteurs condamnés à mort pour leurs crimes ; ils les translatent çà et là , les montrent comme des divinités, s’agenouillent devant ces reliques, se prosternent à , des tombeaux couverts d’ordure et de poussière. Sont appelés martyrs, ministres, intercesseurs auprès du ciel, ceux-là qui, jadis esclaves infidèles, ont été battus de verges et portent sur leur corps la juste marque de leur infamie ; voilà les nouveaux dieux de la terre 4.

Au milieu de ces combattants animés, des hommes plus justes et plus modérés, dans l’un et l’autre parti, reconnoissoient ce qu’il pouvoit y avoir à louer ou à blâmer parmi les disciples des deux religions. Ammien Marcellin, parlant du pape Damase, remarque que les chrétiens avoint de bonnes raisons pour se disputer, même à main armée,

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