‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 13 sur 358 · Pone Tigellinum, tæda lucebis in ilia · texte numérisé non relu

Pone Tigellinum, tæda lucebis in ilia

Qua stantes ardent : qui fixo gutture fumant Et latum media sulcum deducit arena.

(Juv., Sat. i, vers. 139.)

Afflicti periculis christiani. (Suet., in Vit. Neronis, p. 251, cap. xvi.)

Nero , quæsitissimis poenis adfecit, quos per flagitia invisos, vulgus christianos appel labat.

Et pereuntibus addita ludibria, ut ferarum tergis contecti, laniatu cahum interirent, aut crucibus affixi, aut flammandi, atque ubi defecisset dies, in usum nocturni luminis uterentur. (Tacit., Annal., lib. xv, édit, de Barbou.)

3. Cum autem venissemus Bomam, permissum est Paulo manere sibimet cum custodiente se milite. {Ad. Apost., cap. xxvm, vers. 16.)

Mansit autem biennio in suo conducto; et susc.ipiebat omnes qui ingrediebantur ad eum.

Prædicans regnum Dei , et docens quæ sunt de Domino Jesu-Christo, cum omni fiducia, sine probibitione.

4. Præterea tantum qui peragraverim tcrrarum, quantum antea: mortalium nemo, belluasque viderim Arabicas, Indicasque varii generis; hæc tamen bellua quam

An de J.-C.

29 juin.

ÎNéron

Lin pape.

An de J.-C.

Clet

ou Anaclet, Clément papes.

An de J.-C.

autres philosophes. Pierre et Paul, enfermés dans la prison Mamertine au pied du Capitole, sont rnis à mort : Paul a la tête tranchée, comme citoyen romain, auprès des eaux Salviennes, dans un lieu aujourd’hui désert, où l’on voit trois fontaines, à quelque distance de la basilique appelée Saint-Paul-hors-des-Murs , qu’un incendie a détruite au moment même de la mort de Pie VIE Pierre, réputé Juif et de condition vile, fut crucifié la tête en bas sur le mont Janicule, et enterré le long; de la voie Aurélia, près du temple d’Apollon1 : là s’élèvent aujourd’hui le palais du Vatican et cette église de Saint-Pierre qui lutte de grandeur avec les plus imposantes ruines de Rome. Néron ne savoit pas sans doute le nom des deux malfaiteurs de bas lieu, condamnés par les magistrats : et c’étoient après Jésus-Christ les fondateurs d’une religion nouvelle, d’une société nouvelle, d’une puissance qui devoir continuer l’éternité de la ville de Romulus.

Lin, dont il est question dans les épîtres de saint Paul, succéda à saint Pierre; saint Clément ou saint Clé, à saint Lin.

Le peuple romain aima Néron, il espéra le retrouver après sa mort dans des imposteurs ; quelques chrétiens pensèrent que Néron étoit

tyrannum vulgo vocant, neque quot capita babeat novi, neque utrum curvis unguibus serratisque sût dentibus.

Kat aXXwç sttcXôwv -piv, ogyiv guttm ti; àvôpœirwv , ôr,pta u.sv Apâêtâ ts /.al E^i/.à Tïâp. TTcXXa su't&v, t b Sk Or, plcv tcùtg o JcaXoüatv ol -jtgXXgI rupavvov , g’jô’ cTTGaai xscoaXal aÙTw ùSa , cut’ si 'yau.^tovuyo'v tb x.a.1 xapyapoV^cuv ean. (Philost., in Vit. Ap. Tyan .)

L Paulum proinde Romæ, eo régnante, securi percussum, et Petrum etiam suffixum crnci, historiarum monumentis proditum est : quinetiam insignis ac testata Pétri ac Pauli inscriptio, quæin cœmeteriis Romæ ad boc uscpie tempus manet, bu jus rei gestæ fidem facit, ; atque bæc ita se babere confirmât itidem vir ecclesiasticus, Caius nomine, qui Zephyrini pontificis Romani temporibus vixit, inque disputatione scriptis prodita!...

Ego, inquit, apostolorum tropæa perspicue possum ostendere; nam, si lubet in Vaticanum proficisci, aut in viam quæ Ostiensis dicitur, te conferre, tropæa eorum qui istam Ecclesiam suo sermone et virtute stabiliverunt, invenies Porro Dionysius, Corinthiorum episcopus, illos ambos martyrium eodem tempore pertulisse, sic ad Romanos scribens commémorât : Petrum et Paulum, qui Romanos et Corintbios primum in Ecclesiam Cbristi inseruerunt, prudenti quadam admonitione impulsi , in unum locum conclusistis...Nam ambo... eodem tempore pariter martyrium subierunt. (Eusebii Hist. Ecoles., lib. n, p. 49.)

Petrus ad extremum cum Romæ versaretur, capite deorsum statuto, sic enim perpeti cupiebat, cruci suffixus est... Quid attinet de Paulo dicere... Nerone summam rerum administrante , martyrio occubuit. Ista ab Origene ad verbum tertio tomo Commentariorum quos scripsit in Genesim révéra commcmorata sunt. ( Ibicl ., lib. ni, cap. i, p. 51. )

Petrus ad terram capite verso cruci affixus est in Vatic.ano juxta viam Triumphalem sepultus... Paulus vcro gladio ^animadversus et via Ostiensi sepultus. (Baron., Mcirtyr., p. 289.)

l’Antéchrist, et qu’il reparoîtroit à la fin des temps1 ; le monde païen l’attendoit pour ses délices, le monde chrétien pour ses épreuves.

Ce fut encore sous le règne de Néron que saint Marc fonda l’Église d’Alexandrie qui commença surtout parmi les thérapeutes, secte juive, livrée à la vie contemplative2, et qui servit de premier modèle aux ordres monastiques chrétiens. Les thérapeutes différaient des esséniens, qui ne se voyoient qu’en Palestine, et qui vivoient en commun du travail de leurs mains. L’école philosophique d’Alexandrie mêla aussi ses doctrines à celles du christianisme, subtilisa la simplicité évangélique, et produisit des hérésies fameuses.

La mort de Néron causa une révolution dans l’État. L’élection passa aux légions, et la constitution devint militaire. Jusque là la dignité impériale s’étoit maintenue dans la famille d’Auguste par une espèce de droit de succession ; le sénat, il est vrai, et les prétoriens avoient plus ou moins ajouté de la force à ce droit, mais enfin l’élection étoit restée attachée à la ville éternelle et au sang du premier des césars. Usurpée par les régions, elle amena des choses considérables; elle multiplia les guerres civiles, et partant les causes de destruction; l’armée nommant son maître, et ne le recevant plus de la volonté des sénateurs et des dieux, méprisa bientôt son ouvrage. Les barbares introduits dans l’armée s’accoutumèrent à faire des empereurs : quand ils furent las de donner le monde, ils le gardèrent.

Dans le despotisme héréditaire il y a des chances de repos pour les hommes; il perd de son âpreté en vieillissant. Dans le despotisme électif, chaque chef surgit à la souveraineté avec la force du premier né de sa race, et se porte à l’oppression de toute l’ardeur d’un parvenu à la puissance : on a toujours le tyran dans sa vigueur élective,

1. Nero... Dignus exstitit qui persecutionem in christianos primus inciperet, nescio an postremus explerit : si quidem opinione multorum receptum sit, ipsum Ante- Christum venturum. (Sulpitii Severi Sacrœ Hist ., lib. n, p. 95, edit. Elzeveriana ; Lugduni Batavorum, anno 1643. )

Cæterum cum ab eo de fine seculi quæreremus , ait nobis (S. Martinus) Neronem et Ante-Christum prius esse venturos : Neronem in occidentali plaga regibus subactis decem imperaturum, persecutionem autem ab eo hactenus exercendam, ut idola gentium coli cogat. (Sulpitii Severi Dialog. ii, p. 306, edit. ead.)

2. Aiunt Marcum primum in Ægyptum trajec.isse... Atque tanta hominum et mulierum fidem christianam amplexantium ex prima aggressione et conatu, pergrave in primis, sanctum et severum ejus vivendi exemplum ibi cogebatur multitudo, ut Philo ipse eorum studia, exercitationes, mores, frequentes congressus, communem inter ipsos victus rationem, suisscriptis persequi, operæ pretium existimaret... Apud nos àffxyjTat, id est monaclii... appellati sunt... Ab Ilebræis, ut videtur, ducebant originem. Propterea permulta vetera instituta, propius ad Judæorum consuetudinem accedentia, observabant. (Euseb. Hist. eccles., lib. ii, p. 29.)

tandis que la nation, qui ne se renouvelle pas, reste dans sa servitude héréditaire. Et comme l’Empire Romain occupoit le monde connu, comme l’empereur pouvoit être choisi partout, de là cette diversité de tyrannies selon que le maître venoit de l’Afrique, de l’Europe ou de l’Asie. Toutes les variétés d’oppression répandues aujourd’hui dans les divers climats s’asseyoient par l’élection sur la pourpre, où chaque candidat arrivoit avec son caractère propre et les mœurs de son pays.

Séjan, qui , profitant de la jalouse vieillesse de Tibère, avoit empoisonné Drusus, amené la disgrâce et par suite la mort d’Agrippine et de ses deux fds aînés, n’atteignit point le troisième fils de Germanicus. Celui-ci fut Caius Caligula : Claude , son oncle , frère de Germanicus, proclamé empereur par les prétoriens, et surtout par les Germains de la garde, eut de Messaline l’infortuné Britannicus. Agrippine , sœur de Caligula et fille de la première Agrippine, femme de Germanicus, épousa en secondes noces son oncle Claude, et lui fit adopter Néron, qu’elle avoit eu de son premier mariage avec Domitius Ahenobarbus. Néron, par- venu à l’empire après s’être défait de Britannicus, fut contraint de se tuer. En lui s’éteignit la famille d’Auguste. Malgré les vices et les crimes qui l’ont rendue exécrable , cette famille eut dans ses manières quelque chose d’élevé et de délicat que donnent l’exercice du pouvoir, l’habitude des richesses , les souvenirs d’une lignée historique. La maison de Jules prétendoit remonter d’un côté à Énée, par les rois d’Albe, de l’autre à Clausus le Sabin, et à tous les Claudius, ses fiers descendants.

Galba, qui prit un moment la place de Néron, étoit encore de race aristocratique ; mais après lui commence une nouvelle sorte de princes. Toutes les fois qu’un grand changement dans la constitution d’un État s’opère, les anciennes familles disparoissent; soit qu’elles s’épuisent et s’éteignent réellement , soit qu’obéissant ou résistant au nouveau pouvoir elles disparoissent dans le mépris qui s’attache à leur soumission, ou dans l’oubli qui suit leur fierté. Le despotisme étoit aristocratique par l’élection du sénat, il devint démocratique par l’élection de l’armée.

Remarquons sous la première année du règne de Néron la naissance de Tacite : il parut derrière les tyrans pour les punir, comme le remords à la suite du crime. Tite-Live étoit mort sous Tibère. Tite- Live et Tacite se partagèrent le tableau des vertus et des vices de Romains ; les exemples rappelés par le premier furent aussi inutiles que les leçons données par le second.

Pendant le règne de Néron la Grande-Bretagne se souleva, et fut écrasée ; les Parthes remuèrent, et furent contenus par Corbulon, les

Germains restèrent tranquilles, hors les Frisons et les Ansibares, qui voulurent occuper le long du Rhin le pays que les Romains laissoient inculte. Le vieux chef des Ansibares, repoussé par le général romain, s’écria : « Terre ne peut nous manquer pour y vivre ou pour y mourir '. » Nous devons compter les Ansibares au nombre de nos ancêtres ; ils firent dans la suite partie de la ligue des Franks. Galba, Othon et Vitellius passèrent vite ; ils eurent à peine le temps de se cacher sous le manteau impérial. Galba avoit dit à Pison, dans le beau discours que lui prête Tacite, que l’élection remplaceroit pour le peuple romain la liberté : cette liberté ne fut que la décision de la force.

Quelques mots de Galba sont dignes de l’ancienne Rome dont il conservoit le sang. Des légionnaires sollicitoient une gratification nouvelle: « Je choisis des soldats, répondit-il, et ne les achète pas1 2. »

Othon venoit de soulever les prétoriens ; un soldat se présente à Galba l’épée nue, affirmant avoir tué Othon : « Qui te l’a ordonné? » dit le vieil empereur3 4.

Galba fut massacré sur la place publique. Entouré par les séditieux qu’avoit soulevés Othon, il tendit la gorge aux meurtriers en leur disant : « Frappez si cela est utile au peuple romain. » Sa tête tomba ; elle étoit chauve : un soldat pour la porter fut obligé de l’envelopper dans une étoffe U Cette tête auroit du mieux conseiller un vieillard de soixante-treize ans : étoit-ce la peine de mettre une couronne sur un front dépouillé ?

Othon avoit voulu l’empire ; il l’avoit voulu tout de suite, non comme un pouvoir, mais comme un plaisir. Trop voluptueux pour régner, trop foible pour vivre, il se trouva assez fort pour mourir. Ses soldats ayant été battus par les légions de Vitellius, il se couche, dort bien, se perce à son réveil de son poignard5, et s’en va à petit bruit, sans avoir lu le dialogue de Platon sur l’immortalité de l’âme, sans se

Galba,

Othon,

VlTELLIU

emp.

Clet, Clément papes.

An de J.-C.

1. Deesse nobis terra in qua vivamus, in qua moriamur, non potest. (Tacit., Annal., lib. xiii, p. 230; apud Barbon, Parisiis 1779.)

2. Legere se militem, non emere consuesse. (Sueton., in Vit. GalbV)

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