Suétone ajoute quelques circonstances à ce récit
Jugulatus est ad lacum Curtii, ac relictus ita uti erat, donec gregarius miles, a frumentatione rediens, abjecto onere, caput ei amputavit; et quoniam capillo præ calvitie arripere non poterat, in gremium abdidit : mox inserto per os pollicead Othoncm detulit. (Id. ; ibid., p. 298 et 299. )
5. Posthæc, sedata siti gelidæ aquæ potione, arripuit duos pugiones, et explorata utriusque acie, cum alterum pulvino subdidisset, foribus adopertis, arctissimo somno quievit : et circa lucem demum expergefactus, uno se trajicit ictu infra lævam papillam. (Id., in Vit. Othonis, p. 308.)
déchirer les entrailles. Mais Caton expira avec la liberté ; Othon ne quittoit que la puissance.
Vitellius, qui n’est guère connu que par ses excès de table, et dont le premier monument étoit un plat1, Vitellius, successeur d’Othon, cassa les prétoriens, qui s’étoient déclarés contre lui. Bientôt il est attaqué par Primus, vainqueur au nom de Vespasien : on se bat dans Rome; des Illy riens, des Gaulois, des Germains légionnaires, s’égorgent au milieu des festins, des danses et des prostitutions.
Vitellius fuit avec son cuisinier et son boulanger ; rentré dans son palais, il le trouve désert ; saisi de terreur, il court se cacher dans la loge d’un portier, près de laquelle étaient des chiens qui le mordirent 2. 11 bouche la porte de cette loge avec le lit et le matelas du portier ; les soldats arrivent, découvrent l’empereur, l’arrachent de son asile. Ues mains liées derrière le dos, la corde au cou, les vêtements déchirés, les cheveux rebroussés, Vitellius demi-nu est traîné le long de la voie Sacrée. Son visage rouge de vin, son gros ventre, sa démarche chancelante comme celle d’un Silène 3, sont des sujets d’insulte et de risées. On l’appelle incendiaire, gourmand, ivrogne; on lui jette des ordures ; on lui attache une épée sur la poitrine, la pointe sous le menton pour le contraindre à lever la tête, qu’il baissoit de honte ; on l’oblige de regarder ses statues renversées, et dont les inscriptions portoient qu’il étoit né pour le bonheur et la concorde des Romains4. Enfui, après l’avoir accablé d’outrages et de blessures, on l’achève;
1. liane (cœnam fratris) quoque superavit dedicatione patriæ, quam, ob immensam magnitudinem, Clypeurn Minervœ , aûyuS'a IToXicu^ou dictitabat. (Suet., in Vit. Aul. Vitell., p. 317.)
Hanc patinam, cum fictilis esse non posset propter magnitudinem, argenteam fecit : eaque diu permansit, veluti res Diis consecrata, q.uousque Adrianus eamdem conspicatus, conflari jussit. (Dion., Hist. Rom. de Vitell., lib. lxv, p. 735.)
2. Confugitque in cellulam janitoris, religato pro foribus cane. (Suet., in Vit. Aul. Vitell ., p. 321.)
Vitellius sordido attritoque sagulo amictus se abdit in obscurum locum ubi canes alebantur; sed investigatus inventusque, pannis obsitus et sanguine perfusus, quod eum canes læserant, deprehenditur. (Dion., Hist. Rom., lib. lxvi.)
3. Religatis post terga manibus, injecto cervicibus laqueo, veste discissa, seminudus, in Forum tractus est inter magna rerum verborumque ludibria, per totum viæ Sacræ spatium, reducto coma capite, ceu noxii soient, atque etiam mento mucrone gladii subjecto, ut visendam præberet faciem ncve submitteret; quibusdam stercore et cœno incessentibus, aliis incendiarium et patinarium vociferantibus, parte vulgi etiam corporis vitia exprobrante : erat enim in eo enormis proceritas, faciès rubida plcrumque ex vinolentia, venter obesus, alterum fémur subdebile. (Suet., in Vit. Aul. Vitell.y p. 322.)
4. Vitellium infestis mucronibus coactum, modo erigere os et offerre contumeliis,
son corps est jeté dans le Tibre, sa tête plantée an bout d’une pique. Vitellius s’assit à l’empire, qu’il avoit pris pour un banquet : ses convives le forcèrent d’achever le festin aux Gémonies.
Les Sannates Rhoxolans furent battus pendant le court règne d’Othon. Tandis que Vespasien attaquoit Vitellius, les Daces attaquoient la Mésie, et furent repoussés par Mucien. Civilis fit révolter les Bataves, et les Germains, alliés de Civilis, insultèrent les frontières romaines.
La mort de Vitellius suspendit le cours de ces ignominieuses adversités. Quatre-vingts années de bonheur, interrompues seulement par le règne de Domitien, commencèrent à l’élévation de Vespasien. On a regardé cette période comme celle où le genre humain a été le plus heureux; vrai est -il si la dignité et l’indépendance des nations n’entrent pour rien dans leurs félicités.
Les premiers tyrans de Rome se distinguèrent chacun par un vice particulier, afin qu’on jugeât ce que la société peut supporter sans se dissoudre; les bons princes qui succédèrent à ces tyrans brillèrent chacun par une vertu différente, afin qu’on sentît l’insuffisance des qualités personnelles pour l’existence des peuples, quand ces qualités sont séparées des institutions.
Tout ce qu’on peut imaginer de mérites divers parut à la tête de l’empire : ceux qui possédèrent ces mérites pouvoient tout entreprendre : ils n’étoient gênés par aucune entrave : héritiers de la puissance absolue, ils étoient maîtres d’employer pour le bien l’arbitraire dont on avoit usé pour le mal. Que produisit ce despotisme de la vertu ? rétablit-il la liberté? préserva-t-il l’empire de sa chute? Non. Le genre humain ne fut ni amélioré ni changé. La fermeté régna avec Vespasien, la douceur avec Titus, la générosité avec Nerva, la grandeur avec Trajan, les arts avec Adrien, la piété avec Antonin, enfin la philosophie monta sur le trône avec Marc-Aurèle, et l’accomplissement de ce rêve des sages n’amena aucun bien solide. C’est qu’il n’y a rien de durable ni même de possible quand tout vient des volontés, et non des lois ; c’est
nunc cadentes statuas suas, plerumque rostra, aut Galbæ occisi locum contueri. (Tacit., Histor., lib. iv, p. 476, édit, de Barbou.)
Statuæ equestres cum plurifariam ei ponerentur... laurea religiosissime circumdederat. (Suet., in Vit. Vitell.)
Solutum a latere pugionem, consuli primum, deinde, illo'recusante, magistratibus ac mox singulis senatoribus porrigens, nullo recipiente quasi in æde Concordiæ positurus abscessit : sed quibusdam acclamantibus ipsum esse concordiam, rediit : nec solum se retinere ferrum affirmavit, verum etiam Concordiæ recipere cognomen. [Id. : ibid.)
Vespasien , Titus emp.
Clément pape.
An de J.-C.
que le paganisme survivant à l’âge poétique, n’ayant plus pour lui la jeunesse et l’austérité républicaines, transformoit les hommes en un troupeau de vieux enfants, sans raison et sans innocence.
Il y avoit dans l’empire des chrétiens obscurs, persécutés même par Marc-Aurèle, et ils faisoient avec une religion méprisée ce que ne pouvoit accomplir la philosophie ornée du sceptre : ils corrigeoient les mœurs et fondoient une société qui dure encore.
Vespasien mit fin à la guerre de Civilis et à la révolte d’où sortit la touchante aventure d’Éponine. Cette Gauloise doit être nommée dans une histoire des François.
Du petit nombre de ces hommes que la prospérité rend meilleurs, Titus ne fut point obligé de soutenir au dehors l’honneur de l’empire; il n’eut à combattre que ses passions : il les vainquit pour devenir les délices du genre humain. On a voulu douter de sa constance pour la vertu, au cas que sa vie se fût prolongée 1 : pourquoi calomnier le néant d’un avenir si vain qu’il n’a pas même été ?
On appliqua à Titus et à Vespasien les prophéties qui annonçoient des conquérants venus de la Judée2. Le Messie devoit être un prince de paix : en conséquence Vespasien fit bâtir à Rome et consacrer à la Paix éternelle un temple qui vit toujours la guerre, et dont les fondements mis à nu aujourd’hui ont à peine résisté aux assauts du temps. Le véritable prince de paix étoit le roi de ce nouveau peuple qui croissoit et multiplioit dans les catacombes, sous les pieds du vieux monde passant au-dessus de lui.
Saint Clément écrivit aux Corinthiens pour les inviter à la concorde. Il raconte que saint Pierre avoit souffert plusieurs fois, que saint Paul, battu de verges et lapidé, avoit été jeté dans les fers3 à sept reprises différentes. Il indique l’ordre dans le ministère ecclésiastique, les oblations, les offices, les solennités : Dieu a envoyé Jésus-Christ, Jésus-Christ les apôtres ; les apôtres ont établi les évêques et les diacres.
La religion accrut sa force sous les règnes de Vespasien et de Titus, par la consommation d’un des oracles écrits aux livres saints : Jérusalem périt.
La guerre de Judée avoit commencé sous Néron. La multitude des