‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 131 sur 358 · Id., Epist. ccxxxi, num vi · texte numérisé non relu

Id., Epist. ccxxxi, num vi

calamités publiques contribuent sans doute à attrister le génie d’Augustin : quel temps pour écrire que les années qui séparent Alaric de Genseric, second destructeur de Rome et de Carthage ; que les années qui s’écoulèrent entre le sac de la ville éternelle par les Goths et le sac d’Hippone par les Vandales!

Volusien, homme d’une famille puissante à Carthage, avoit mandé à saint Augustin qu’un de ses amis manifestoit le désir de trouver un chrétien capable de résoudre certaines difficultés relatives au nouveau culte. Saint Augustin, dans une réponse affable et polie, lui envoie une sorte d’abrégé De la Cité de Dieu.

Le même Père entretient une correspondance avec la population païenne de Madaure : « Réveillez-vous, peuples de Madaure, mes parents! mes frères* !... Puisse le vrai Dieu vous convertir à la foi, vous délivrer des vanités de ce monde! » Un évêque, un controversiste ardent, saint Augustin, appelle des idolâtres ses parents, ses frères.

Quelques années auparavant il avoit eu un commerce de lettres avec Maxime, grammairien dans cette même ville de Madaure : Maxime l’avoit prié de laisser de côté son éloquence et les subtiles arguments de Chrysippe, pour lui dire quel étoit le Dieu des chrétiens. « Et à présent, homme excellent1 2 qui as abandonné ma communion, cette lettre sera jetée au feu ou détruite d’une autre manière. S’il en est ainsi, un peu de papier périra, mais non ma doctrine... Puissent les dieux te conserver! les dieux par qui les peuples de la terre adorent en mille manières différentes, dans un harmonieux discord, le père commun de ces dieux et des hommes3. » Voici le païen qui appelle à son tour les bénédictions du ciel sur la tête d’un chrétien.

Longinien écrit ces mots à saint Augustin : '« Seigneur et honoré Père, quant au Christ, en qui tu crois, et l’Esprit de Dieu par qui tu espères aller dans le sein du vrai, du souverain, du bienheureux auteur de toutes choses, je n’ose ni ne puis exprimer ce que je pense; il est difficile à un homme de définir ce qu’il ne comprend pas; mais tu es digne du respect que je porte à tes vertus4. »

Saint Augustin répond : « J’aime ta circonspection à ne rien nier,

1. Expergiscimini aliquando, fratres moi et parentes mei Madaurenses. (Epist. ccxxxii. )

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