‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 133 sur 358 · Ep. cccxxxviii. , 6. Ep. cccliii · texte numérisé non relu

Ep. cccxxxviii. , 6. Ep. cccliii

avoir un grand nombre d’enfants, beaux et vertueux. Il ajoutoit : « Je ne dirai jamais que l’âme soit créée après le corps ; je ne croirai jamais que le monde doit périr en tout ou en partie : la résurrection me paroît une chose fort mystérieuse, et je ne me rends point aux opinions du vulgaire1. » On lui laissa sa femme et ses opinions, et on le fit évêque. Quand il fut ordonné, il ne put pendant sept mois se résoudre à vivre au milieu de son troupeau ; il pensoit que sa charge étoit incompatible avec sa philosophie; il vouloit s’expatrier et passer en Grèce 2. On lui laissa sa philosophie, et il resta à Ptolémaïde.

Synesius avoit été disciple d’Hypathia, à Alexandrie. Les lettres qu’il lui écrit sont ainsi suscrites : Au philosophe. Au philosophe Hypathia3. Dans une de ces lettres (et il étoit alors évêque), il l’appelle sa mère, sa sœur, sa maîtresse4. Il lui trouve une âme très-divine5. Il félicite Herculien de lui avoir fait connoître cette femme extraordinaire, qui révèle les mystères delà vraie philosophie6. Ces relations paisibles s’entretenaient dans un coin du monde, l’an âlO de J.-C., l’année même qui vit entrer Alaric dans la ville éternelle. Cinq ans auparavant, les Macètes et d’autres peuples barbares avoient assiégé CyrèneL La main de Dieu se montrait dans la nue ; sous cette main, les siècles, les empires, les monuments s’abîmoient, et les hommes poursuivoient le cours ordinaire de leur destinée : en ce temps-là il y avoit beaucoup de vie, parce qu’il y avoit beaucoup de mort.

11 n’est pas jusqu’aux poètes des deux cultes qui ne gémissent de ne pouvoir chanter aux mêmes fontaines et sur la même montagne. Ausone, de la religion d’Homère, écrit à Paulin, de la religion du Christ : « Muses, divinités de la Grèce, entendez cette prière, rendez un poète aux Muses du Latium ! » Le poète de la croix répond : a Pourquoi rappelles-tu en ma faveur les Muses que j’ai répudiées? Un plus grand Dieu subjugue mon âme... Rien ne t’arrachera de ma mémoire... Cette âme ne peut t’oublier, puisqu’elle ne peut mourir8. »

Le temps, comme vous le voyez, avoit usé la violence des partis : les hommes supérieurs, le moment de l’action passé, ne tardent pas à s’entendre; il est entre ces hommes une paix naturelle qu’on pourrait appeler la paix des talents, semblable à cette paix de Dieu qu’une religion commune établissoit entre les vaillants et les forts. Aussi vers

i. Syn , Ep. lvii. — cv. 2. Ep. xcv. — Ad O/ymp.

3. Tri c&tXoadcpcû. Tri cpi Xoao'îpw Yiraôta. Ep. xv, p. 172 ; ep. x, p. 170.

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