Villimain, Mél. hist. et litt., p
la fin du ive siècle et dans les deux siècles suivants la tendance que les philosophes des deux religions ont à se rapprocher est visible : la haine a disparu ; il ne reste que les regrets. Les contentions n’existent plus que parmi les chrétiens des différentes sectes.
Néanmoins quelques caractères rigides, instruits aux rudes enseignements apostoliques, désapprouvoient ces ménagements : ils condamnoient orateurs et poètes, et méprisoient la délicatesse du langage. Saint Jérôme confesse avec larmes son penchant pour les auteurs profanes; il expie d’avance par le jeûne, les veilles et les prières, la lecture qu’il se prépare à faire de Cicéron et de Platon. Rufin accuse Jérôme d’un crime énorme : d’avoir occupé certains religieux du mont des Olives à copier les dialogues de Cicéron et d’avoir, dans sa grotte de Bethléem, expliqué Virgile à des enfants chrétiens.
Les philosophes, après le règne de Julien, avoient cessé de se distinguer de la foule par les habits et les mœurs ; mais la suite des doctrines et la succession des maîtres se prolongèrent bien au delà du règne de l’Apostat. Dans le ve et dans le vie siècle les chaires publiques à Athènes étoient encore occupées par des païens 1 : Syrannius fut le prédécesseur de Proclus, qui transmit le doctorat à Marin us, converti du judaïsme samaritain à l’hellénisme. Proclus étoit auteur d’un double commentaire sur Homère et sur Hésiode, de deux livres de théurgie, de quatre livres sur la République de Platon , de dix livres sur les Oracles, de plusieurs autres traités, et de dix-huit arguments contre les chrétiens, réfutés par Philoponus2. Marinus nous a laissé la biographie de son maître : alors un saint écrivoit la vie d’un saint, un philosophe la vie d’un philosophe; ils se partageoient la gloire du ciel et de la terre.
Marinus attribue à Proclus une vertu surnaturelle de bienfaisance : il en apporte en preuve la guérison miraculeuse de la jeune Asclépigénie, fille d'Archiades et de Plutarcha. 11 remarque que la maison de Proclus touchoit au temple d’Esculape; car, dit-il, Athènes étoit encore assez heureuse pour conserver dans son entier le temple du Sauveur. Platon étoit pauvre (c’est toujours Marinus qui parle); il n’avoit qu’un jardin dans l’enceinte de l’Académie et un revenu de la valeur de trois pièces d’or; mais du temps de Proclus le revenu de l’Académie s’élevoit à plus de mille 3.
Marinus nous donne encore l’époque certaine de la perte de la
1. Iontius donne le catalogue de la succession des philos plies athéniens. P. 301 et 302 : De Scriptoribus hist. philosophicœ.
2. Suidas. Lex., vcce Procl. ; Fabric., De Procli script, edit., p. 80.