‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 135 sur 358 · Phot., cod. ccxlii, p. 1054 ; Damasc., in Vit. Isidor · texte numérisé non relu

Phot., cod. ccxlii, p. 1054 ; Damasc., in Vit. Isidor

fameuse statue de Phidias, la Minerve du Parthénon : échappée aux ravages des Goths, elle n’échappa point à ceux des chrétiens. « Minerve, dit-il, manifesta le grand attachement qu’elle avoit. pour Proclus, quand la statue de cette déesse, qui jusque alors étoit restée au Parthénon, fut enlevée par ceux qui touchent aux choses qui ne devroient pas être touchées. Quand donc Minerve eut été chassée de son temple, une femme d’une beauté exquise apparut en songe à Proclus; elle lui commanda de parer ses foyers, en lui disant : « Minerve veut habiter et dormir avec toi U »

Marinus date la mort de Proclus de l’an 12 h h partir de celle de Julien 1 2 : c’étoit une ère à l’usage des regrets et de la reconnoissance philosophiques. Les chrétiens comptoient ainsi de l’époque des martyrs.

Plus tard encore, vers l’an 550, nous trouvons Damascius le stoïcien lié d’amitié avec Simplicius et Eulanius. L’aventure de ces derniers philosophes du monde romain mérite d’être racontée.

Damascius de Syrie, Simplicius de Cilicie, Eulianus de Phrygie, Ermias et Diogène de Phœnicie, Isidore de Gaza, accablés du triomphe de la croix, résolurent de s’expatrier et d’aller vivre chez les Perses. Arrivés dans la contrée des mages, ils trouvèrent que le roi n’étoit pas un philosophe, que les nobles étoient pleins d’orgueil, que le peuple, rusé et voleur, ne valoit pas mieux que le peuple romain. Ils furent surtout révoltés du spectacle de la polygamie, impuissante même à prévenir l’adultère : ils se repentirent et désirèrent rentrer dans leur pays. Chosroès, qui négocioit alors un traité avec la cour de Constantinople, y fit généreusement insérer une clause en faveur de ses hôtes : on ne les inquiéta point à leur retour, et ils jouirent en paix à leurs foyers de la liberté de conscience 3.

Dans cette agonie d’une société prête à passer, l’assimilation de lan-

1. Marin., in Vit. Procli, cap. xxx, p. 02. Nous devons àM. Boissonade une excellente édition de la Vie de Proclus par Marinus, et du commentaire inédit de Proclus sur le Cratyle.

Je ne sais si, par rapport à l’histoire de l’art, ce passage a jamais été remarqué. Il m’avoit échappé dans mon mémoire sur l’histoire de Sparte et d’Athènes, dans l’introduction à Y Itinéraire de Paris à Jérusalem. M. Quatremère de’ Quincy ne le cite point dans son Jupiter Olympien. Il y avoit deux statues de Minerve à Athènes de la main de Phidias : celle de la citadelle : elle étoit de bronze, et l’on apercevoit l’aigrette de son casque du cap Sunium ; celle du Parthénon : elle étoit d’or et d’ivoire. Marinus parle évidemment de la dernière.

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