‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 136 sur 358 · Marin., in Vit. Procli } cap. xxxvi, p · texte numérisé non relu

Marin., in Vit. Procli } cap. xxxvi, p

3. Agathias, lib. n, p. 69 et seq. ; Suidas, voce Ilpsaêsiç; Brucker, Hist. crit. de la Philosoph.j t. II, p. 451.

gage, d’idées et de mœurs étoit presque complète entre les hommes supérieurs des deux religions ; mêmes principes de morale, mêmes expressions de salut, de grâce divine, mêmes invocations au Dieu unique, éternel, au Dieu Sauveur. Quand on lit Synesius et Marinus, Fulgence et Damascius, et les autres écrivains religieux et moraux de cette époque, on auroit peine à déterminer la croyance à laquelle ils appartiennent, si les uns ne s’appuyoient de l’autorité homérique, les autres de l’autorité biblique.

Boëce dans l’Occident, Simplicius dans l’Orient, terminèrent cette série des beaux génies qui s’étoient placés entre le ciel et la terre : ils virent entrer la solitude dans les écoles où le christianisme avoit été nourri, et dont il chassa l’auditoire : ils fermèrent avec honneur les portes du Lycée et de l’Académie des sages. Justinien supprima les écoles d’Athènes quarante-quatre ans après la mort de ProclusL Boëce, chrétien et persécuté, étoit un philosophe; Simplicius, philosophe et heureux, avoit le caractère d’un chrétien, a O Seigneur, » dit-il (dans la prière qui termine son commentaire de YEnchiridion d’Épictète) : « O Seigneur, père, auteur et guide de notre raison, permets que nous n’oubliions jamais la dignité dont tu décoras notre nature! Fais que nous agissions comme des êtres libres; que purifiés de toutes passions déréglées nous sachions, si elles s’élèvent, les combattre et les gouverner! Guidé par la lumière de la vérité, que notre jugement nous attache aux choses véritablement bonnes! Je te supplie, ô mon Sauveur ! de dissiper les ténèbres qui couvrent les yeux de nos âmes, afin que nous puissions, comme le dit Homère, distinguer et l’homme et Dieu. »

Boëce enfermé dans un cachot à Ticinum (Pavie) se plaint du changement de sa fortune et des malheurs de sa vieillesse : les Muses l’environnent dans des vêtements de deuil. Tout à coup une femme majestueuse se montre à lui; ses regards sont perçants, ses couleurs brillantes. Elle est jeune, et pourtant on voit que sa naissance a précédé celle des hommes du siècle : tantôt elle ne paroît pas s’élever au-dessus de la taille commune; tantôt son front touche aux nues et se cache aux regards des mortels. Un tissu d’une matière incorruptible forme sa robe; l’éilat de cette robe est légèrement adouci par une espèce de teinte semblable à celle que le temps répand sur les vieux tableaux. Cette femme tient un livre dans sa main droite, un sceptre dans sa main gauche. Dès qu’elle aperçoit les Muses dictant des vers à la douleur de Boëce, elle chasse ces courtisanes, qui, loin de fermer

Page 1