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Théodose ne survécut que trois mois à sa victoire sur Eugène : il mourut à Milan ; son corps fut transporté à Constantinople. 11 laissa deux fils, Arcade et Honorius. Arcade avoit été déclaré auguste par son père , la cinquième année du règne de ce dernier ; Honorius fut revêtu de la même dignité après la mort de Valentinien II et lorsque Théodose se préparait à marcher contre Eugène. Arcade hérita de l’empire d’Orient, Honorius de celui d’Occident; Arcade s’ensevelit dans le palais de Constantinople, Honorius dans les murs de Ravenne. Arcade étoit petit, mal fait, laid, noir et bête ; il avoit lès yeux à demi endormis , comme un serpent 1 ; Honorius étoit fainéant et léger 2. Rufin se chargea de tromper et d’avilir les deux empereurs , Stilicon de les trahir et de les défendre. Arcade subissoit le joug des eunuques et de sa femme ; Honorius élevoit une poule appelée Rome, et Alaric pvenoit la cité de Romulus.
Rufin fut le ministre' d’Arcade, comme Stilicon le ministre d’Honorius. Originaire d’Éause, dans les Gaules, Rufin avoit obtenu sous Théodose, qui le favorisa trop, les charges de grand-maître du palais, de consul et de préfet du prétoire. 11 est accusé d’ambition , de per-
1. Piiilost. , Hist. ecclcs , lib. xi, cap. ni; Procop., De Bell. Persic., lib. i, cap. n.
2. Procop., De Bell. Vandal., lib. i, cap. n ; Phot., cap. lxxx.
fidie, de cruauté et surtout d’avarice, par Claudien , Suidas, Zosime, Orose , saint Jérôme et Symmaque1, lequel louant tout le monde ne louoit personne, ainsi qu’on Ta remarqué.
Déclaré préfet d’Orient, aspirant secrètement à l’empire, Rufin avoit une fille qu’il prétendoit donner en mariage à Arcade. Eutrope l’eunuque déjoua ce projet, et Arcade mit dans le lit impérial Eudoxie, fameuse par ses démêlés avec saint Jean Chrysostome; elle étoit fille de Bauton, vaillant chef frank, devenu comte et général romain.
Stilicon gouvernoit l’Occident sous Honorius ; c’étoit un grand capitaine, de race vandale 2. Il avoit épousé Serène, nièce de Théodose. Cette alliance enfloit le cœur du demi-barbare3; il prétendoit que son oncle Théodose lui avoit laissé la tutelle de ses deux fils, et ne supportoit qu’avec impatience l’autorité dont Rufin jouissoit en Orient.
Celui-ci, trompé dans ses projets par le mariage d’Eudoxie, craignant les entreprises de Stilicon, qui levoit des soldats, déchaîna les barbares sur l’empire ; il invita les Huns à se précipiter sur l’Asie, et il livra l’Europe aux Goths4. Ces derniers étoient commandés par Alaric.
Alaric étoit né dans l’île de Peucé, à l’embouchure du Danube , au sein même de la barbarie. Claudien appelle poétiquement le Danube le dieu paternel d’Alaric. Cet homme, un des cinq ou six hommes millénaires ou fastiques, n’étoit pas de la famille des Am aies , la première de la nation des Goths, mais de la seconde, la famille des Balthes. Son courage lui avoit fait donner parmi ses compatriotes le surnom de Balt, qui signifie le hardi ou le vaillant.
Tout jeune encore, Alaric avoit passé le Danube en 376, avec les Visigoths, lorsqu’ils fuyoient devant les Huns. 11 s’étoit trouvé aux combats qui précédèrent et amenèrent la défaite et la mort de Valens5. Il fit la paix avec Théodose, et le suivit en qualité d’allié dans l’expédition contre Eugène.
Rufin alla déterrer, pour venger sa querelle domestique, l’homme que Dieu avoit destiné pour venger la querelle du monde. Afin que le Goth ne rencontrât aucun obstacle, le favori d'Arcade plaça deux traîtres, Antioque et Géronce, l’un à la garde des Thermopyles, l’autre à celle de l’isthme de Corinthe 6 : ces deux portiers de la Grèce la dévoient ouvrir aux barbares.
1. In Ruf.; Suid., p. 690; Zosim., lib. v; Oros., p. 221; Hier., epist. m; Symm., lib. vi, epist. xv.
2. Oros., lib. vii, cap. xxxviii. 3. Hier., ep. xxi. 4. Hier., ep. m, xxx,xx, p. 783.
5. Claud., DeSext. Hon. consul ., p. 117 ; id., De Bell. Get ., p. 170 ; Symm., lib. ii ;
JORNAXD. , Cap. XIV, XXIX.