‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 153 sur 358 · ZÉNON ET AUGUSTULE · texte numérisé non relu

ZÉNON ET AUGUSTULE

L’empereur d’Occident, Valentinien III, étoit à Constantinople avec sa mère Placidie lorsque Honorius décéda. Jean , premier secrétaire, profita de la vacance du trône, et- se fit déclarer auguste à Rome. Pour soutenir son usurpation il sollicita l’alliance des Huns. Théodose défendit les droits de son cousin. Ardaburius passa en Italie avec une armée. Jean, abandonné des siens, fut pris : on le promena sur un âne au milieu de la populace d’Aquilée ; on lui avait déjà coupé une main ' ; on lui trancha bientôt la tête. Ce prince d’un moment décréta la liberté perpétuelle des esclaves1 2 : les grandes idées sociales traversent rapidement la tête de quelques hommes, longtemps avant quelles puissent devenir des faits : c’est le soleil qui essaye de se lever dans la nuit.

Valentinien avoit six ans lorsqu’on le proclama auguste sous la tutelle de sa mère. L’Ulyrie occidentale fut abandonnée à l’empire d’Orient. Un édit déclara qu’à l’avenir les lois des deux empires cesseraient d’être communes.

Deux hommes jouissoient à cette époque d’une réputation méritée : Aetius et Boniface ont été surnommés les derniers Romains de l’empire, comme Brutus est appelé le dernier Romain de la république : malheureusement ils n’étoient point, ainsi que Brutus, enflammés de l’amour de la liberté et de la patrie; cette noble passion n’existoit plus. Brutus aspirait au rétablissement de l’ancienne liberté affranchie . de la tyrannie domestique: qu’auraient pu rêver Aetius et Boniface? Le rétablissement du vieux despotisme délivré du joug étranger. Ce

1. Piiilost., c. 538; Procop., De Bell. Vand., lib. i, cap. ni.

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