Cod. Theod., t. III, p
résultat ne pou voit avoir pour eux la force d’une vertu publique : aussi combattoient-ils avec des talents personnels pour des intérêts privés nés d’un autre ordre de choses. Il se mêloit à leurs actions un sentiment d’honneur militaire; mais l’indépendance de leur pays, s’ils l’avoient conquise, n’eût été qu’un accident de leur gloire.
La défaite d’Attila a immortalisé Aetius ; la défense de Marseille contre Ataulphe et la reprise de l’Afrique sur les partisans de l’usurpateur Jean ont fait la renommée de Boniface : il est devenu plus célèbre pour avoir livré l’Afrique aux barbares que pour l’avoir délivrée des Romains. Dans les titres d’illustration de Boniface, on trouve l’amitié de saint Augustin. Placidie devoit tout à ce grand capitaine : il lui avoit été fidèle au temps de ses malheurs; Aetius, au contraire, avoit favorisé la révolte de Jean et négocié le traité qui faisoit passer soixante mille Huns des bords du Danube aux frontières de l’Italie.
Aetius étoit fils de Gaudence , maître de la cavalerie romaine et comte d’Afrique : élevé dans la garde de l’empereur , on le donna en otage à Alaric vers l’an 403, et ensuite aux Huns, dont il acquit l’amitié. Aetius avoit les qualités d’un homme de tête et de cœur; un trait particulier le distinguoit des gens de sa sorte : l’ambition lui manquoit, et pourtant il ne pouvoit souffrir de rival d’influence et de gloire. Cette jalouse foiblesse le rendit faux envers Boniface, quoiqu’il eût de la droiture : il invita Placidie à retirer à Boniface son gouvernement d’Afrique, et il mandoit à Boniface que Placidie le rappeloit dans le dessein de le faire mourir1. Boniface s’arme pour défendre sa vie, qu’il croit injustement menacée ; Aetius représente cet armement comme une révolte qu’il avoit prévue. Poussé à bout, Boniface a recours aux Vandales répandus dans les provinces méridionales de l’Espagne.
Gonderic , roi de ces barbares , venoit de mourir ; son frère bâtard Genseric, ou plus correctement Gizerich , avoit pris sa place. Sollicité par Boniface, il fait voile avec son armée et aborde en Afrique, au mois de mai 429 : trois siècles après, le ressentiment et la trahison d’un autre capitaine dévoient appeler d’Afrique en Espagne- des vengeurs d’une autre querelle domestique : les Maures s’embarquèrent où les Vandales avoient débarqué; ils traversèrent en sens contraire ce détroit, dont les tempêtes ne purent défendre le double rivage contre les passions des hommes.
Les troubles que produisoit en Afrique le schisme des donatistes facilitèrent la conquête de Genseric; ce prince étoit arien : tous ceux qu’opprimoit l’Église orthodoxe regardèrent l’étranger comme un libé-