‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 156 sur 358 · C. Nicephor., lib. xiv, cap. ii, p. 44, b, c · texte numérisé non relu

C. Nicephor., lib. xiv, cap. ii, p. 44, b, c

envoyée à Eudocie, et qu’Eudocie donna à Paulin , découvrit un mystère dont l’ambition de Pulchérie profita1.

Maintenant que je vous ai retracé l’invasion des Goths et des divers peuples du Nord, il me reste à vous parler de celle des Huns, qui engloutit un moment toutes les autres.

Lorsque les Huns passèrent les Palus-Méotides , ils avoient pour chef Balamir ou Balamber; on trouve ensuite Uldin et Caraton2. Les ancêtres d’Attila avoient régné sur les Huns, ou, si l’on veut, ils les avoient commandés. Munduique ou Mundzucque, son père, avoit pour frères Octar et Rouas, ou Roas, ou Rugula, ou Rugilas, et il étoit puissant. Les Huns multiplièrent leurs camps entre leTanaïs et le Danube 3 : ils possédoient la Pannonie et une partie de la Dacie lorsque Rouas mourut4; il eut pour successeurs ses deux neveux, Attila et Bléda, qui pénétrèrent dans l’Illyrie. Attila tua Bléda , et resta maître de la monarchie des Huns5. Il attaqua les Perses en Asie, et rendit tributaire le nord de l’Europe ; la Scythie et la Germanie reconnoissoient son autorité; son empire touchoit au territoire des Franks et s’approchoit de celui des Scandinaves; les Ostrogoths et les Gépides étoient ses sujets; une foule de rois et sept cent mille guerriers marchoient sous ses ordres6.

On veut aujourd’hui, sur l’autorité des Nibelungen , poème allemand de la fin du xne siècle ou du commencement du xme, que le nom original d’Attila ait été Etzel : je n’en crois rien du tout. Dans tous les cas il n’est guère probable que le nom d’Etzel fasse oublier celui d’Attila7.

Vainqueur du monde barbare, Attila tourna ses regards vers le monde civilisé. Genseric, craignant que Théodose II n’aidàt Valentinien III à recouvrer l’Afrique, excita les Huns à envahir de préférence l’empire d’Orient8. Vous remarquerez combien les barbares étoient rusés, astucieux, amateurs des traités, combien les intérêts des'diverses cours leur étoient connus, avec quel art ils négocioient en Europe, en Afrique, en Asie, au milieu des événements les plus divers et les plus compliqués. Une querelle pour une foire au bord du Danube fut le prétexte de la guerre entre Attila9 et Théodose (407 ou 408).

Le débordement des Huns couvrit l’Europe dans toute sa largeur,

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