‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 157 sur 358 · Prisc., p. 40. 0. Id., p · texte numérisé non relu

Prisc., p. 40. 0. Id., p

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depuis le Pont-Euxin jusqu’au golfe Adriatique. Trois batailles perdues par les Romains amenèrent Attila aux portes de Constantinople. Une paix ignominieuse termina ces premiers ravages. Attila en se retirant emporta un lambeau de l’empire d’Orient : Théodose lui donna six mille livres d’or, et s’engagea à lui payer un tribut annuel du sixième ou des deux sixièmes de cette somme1.

A la suite de ces événements le roi des Huns avoit envoyé à Constantinople (449) une députation dont faisoit partie Oreste, son secrétaire, qui fut père d’Augustule, dernier empereur romain. Ces guerres prodigieuses, ces changements étranges de destinée, nous étonnoient plus il y a un demi-siècle qu’ils ne nous frappent aujourd’hui : accoutumés au spectacle de petits combats renfermés dans l’espace de quelques lieues et qui ne changeoient point les empires , nous étions encore habitués à la stabilité héréditaire des familles royales. Maintenant que nous avons vu de grandes et subites invasions; que le Tartare, voisin de la muraille de la Chine, a campé dans la cour du Louvre, et est retourné à sa muraille; que le soldat françois a bivouaqué sur les remparts du Kremlin ou à l’ombre des pyramides; maintenant que nous avons vu des rois de vieille ou de nouvelle race mettre le soir dans leurs porte-manteaux leurs sceptres vermoulus ou coupés le matin sur l’arbre, ces jeux de la fortune nous sont devenus familiers : il n’est ni monarque si bien apparenté qui ne puisse perdre dans quelques heures le bandeau royal du trésor de Saint- Denis; il n’est si mince clerc ou gardeur de cavales qui ne puisse trouver une couronne dans la poussière de son étude ou dans la paille de sa grange.

L’eunuque Chrysaphe, favori de Théodose, essaya de séduire Édécon , un des négociateurs d’Attila, et crut l’avoir engagé à poignarder son maître. Édécon de retour au camp des Huns révéla le complot. Attila renvoya Oreste à Constantinople avec des preuves et des reproches , demandant pour satisfaction la tête du coupable. Les patrices Anatole et Nomus furent chargés d’apaiser Attila avec des présents2; Priscus les accompagnoit ; il nous a laissé le récit de sa mission et de son voyage. Ce même Priscus avoit vu Mérovée , roi des Franks , à Rome3.

Sur ces entrefaites Théodose mourut à Constantinople, l’an 450, d’une chute de cheval4; il étoit âgé de cinquante ans. Le code qui porte son nom a fait la seule renommée de ce prince ; monument

1. Evag., De Hist. eccles., p. 62; Marcel., Chron.; Jorn., Rer. Goth. cap. xliv ; Prisc., p. 44; Théoph., Chron., p. 88.

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