‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 166 sur 358 · Malciino., Excerpt. de Leg., p · texte numérisé non relu

Malciino., Excerpt. de Leg., p

Augustule, trouvé à Ravenne par Odoacre, fut dégradé de la pourpre 1 . L’histoire ne dit rien de lui, sinon qu’il étoit beau 2. Le premier roi d’Italie accorda au dernier empereur de Rome une pension de 6,000 pièces d’or ; il le fit conduire à l’ancienne villa de Lucullus3, située sur le promontoire de Mycènes, et convertie en forteresse depuis les guerres des Vandales ; elle avoit d’abord appartenu à Marins ; Lucullus Tacheta 4.

Ainsi la Providence assignoit pour prison au fils du secrétaire d’Attila, à un prince de race gothique, revêtu de la pourpre romaine par les derniers barbares qui renversoient l’empire d’Occident, la Providence assignoit, dis-je, pour prison à ce prince une maison où fut portée la dépouille des Cimbres, premiers barbares du Septentrion qui menacèrent le Capitole. C’est là qu’Augustule passa sa jeunesse et sa vie inconnues, sans se douter de tout ce qui s’attacboit à son nom, indifférent aux leçons que donnoit sa présence, étranger aux souvenirs que rappeloient les lieux de son exil.

Ajoutons ceci, attentif que nous sommes à l’immutabilité des conseils éternels et à la vicissitude des choses humaines: les reliques de saint Séverin succédèrent à la personne d’Augustule dans la demeure que Marins décora de ses proscriptions et de ses trophées, Lucullus de ses fêtes et de ses banquets : elle se changea en une église5. Odoacre, n’étant encore qu’un obscur soldat, avoit visité saint Séverin dans la Norique. Le solitaire à l’aspect de ce barbare d’une haute taille, qui se courboit pour passer sous la porte de la cellule, lui dit : « Va en Italie; tu es maintenant couvert de viles peaux de bêtes; un temps viendra que tu distribueras des largesses 6, »

Enfin, le Dieu qui d’une main abaissoit l’empire romain élevoit de l’autre l’empire françois. Augustule déposoit le diadème Tan 476 de Jésus-Christ, et Tan à81 Clovis, couronné de sa longue chevelure, régnoit sur ses compagnons.

1. Non multiim post, Odovacer, Turcilingorum rex, liabens secum Scyros, Herulos, diversarumque gentium auxiliarios, Italiam occupavit, et Oreste interfecto, Augustulum, filium ejns, de regno pulsum. (Jornanh., cap. xlvi.)

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