MOEURS DES CHRÉTIENS. AGE HÉROÏQUE
Arrêtons-nous pour contempler les vastes ruines que nous venons de traverser. Ce n’est rien que de connoître les dates de leur éboulement, rien que d’avoir appris les noms des hommes employés à cette destruction : il faut entrer plus profondément, plus intimement dans les mœurs, dans la vie des trois peuples chrétien , païen et barbare , qui se confondirent pour donner naissance à la société moderne. Elle va paroître, cette société, puisque l’empire d’Occident est détruit ; voyons ce que fut le monde ancien dans les quatre siècles qui précédèrent sa mort, et ce qu’il étoit devenu lorsqu’il expira. Commençons par les chrétiens.
Le christianisme naquit à Jérusalem, dans une tombe que j’ai visitée au pied de la montagne de Sion : son histoire se lie à celle de la religion des Hébreux.
Pendant la durée du premier Temple, tout fut renfermé dans la lettre de la loi de Moïse -, quand le roi, le peuple, ou quelque partie du peuple, se livraient à l’idolâtrie, le glaive les châtioit.
Sous le second Temple, la pureté de la loi s’altéra par le mélange des dogmes exotiques : la synagogue se forma.
La conquête d’Alexandre introduisit à son tour la philosophie grecque dans le système hébraïque. Des écoles juives se constituèrent; ces
écoles, répandues dans la Médie, l’Élymaïde, l’Asie Mineure, l’Égypte, la Cyrénaïque, l’île de Crète, et jusque dans Rome, subirent l’influence des religions, des lois, des mœurs et de la langue même de ces divers pays. Les livres des Machabées se scandalisent de ces nouveautés.
« En ce temps-là il sortit d’Israël des enfants d’iniquité, qui donnèrent ce conseil à plusieurs : Allons, et faisons alliance avec les nations qui nous environnent...
« Et ils bâtirent à Jérusalem un collège à la manière des nations1.
a Les prêtres mêmes... ne faisoient aucun état de ce qui étoit en honneur dans leur pays, et ne croyoient rien de plus grand que d’exceller en tout ce qui étoit en estime parmi les Grecs2. »
Il se forma bientôt quatre sectes principales : celle des pharisiens , celle des sadducéens, celle des samaritains, celle des esséniens.
Les pharisiens altéroient le dogme et la loi en reconnoissant une sorte de destin impuissant, qui n’ôtoit point la liberté à l’homme ; ils se divisoient en sept ordres. Livrés à des imaginations bizarres, ils jeûnoient et se flagelloient ; ilsprenoient soin en marchant de ne pas toucher les pieds de Dieu, qui ne s’élèvent que de quarante-huit pouces au-dessus de terre. Us mettoient surtout un grand zèle à propager leur doctrine.
Ce qui distingue les sectes juives des sectes grecques, c’est précisément cet esprit de propagation. La sagesse hellénique se réduisoit en général à la théorie, la sagesse juive avoit pour fin la pratique; l’une formoit des écoles, l’autre des sociétés. Moïse avoit imprimé une vertu législative au génie des Hébreux, et le christianisme, juif d’origine, retint et posséda au plus haut degré cette vertu.
Les sadducéens s’attachoient à la lettre écrite; ils rejetoient la tradition et conséquemment la science cabalistique : ne trouvant rien sur l’âme dans les livres de Moïse, ils étoient matérialistes et préféroient Épicure àZénon.
Les samaritains n’adoptoient que le Pentateuque, et reinontoient à la religion patriarcale.
Les esséniens de la Judée (qui produisirent les thérapeutes de l’Égypte, secfe plus contemplative encore) repoussoient la tradition comme les sadducéens, et crovoient à l’immortalité de l’âme comme les pharisiens. Ils fuyoient les villes, vivoient dans les campagnes, renonçoient au commerce et s’occupoient du labourage. Ils n’avoient point d’esclaves et n’amassoient point de richesses : ils mangeoient ensemble, portoient des habits blancs, qui n’appartenoient en propre à