S. Polyc., Epist
eu qu’une femme; iis dévoient être en réputation de bonnes mœurs, de pères de famille exemplaires, et jouir d’une renommée sans tache, même parmi les païens. « Sous les épreuves, disoit saint Ignace, qu’ils demeurent fermes comme l’enclume frappée1. » Ce même saint dans les fers écrivoit à l’Église de Rome : a Je ne serai vrai disciple de Jésus-Christ que quand le monde ne verra plus mon corps. Priez, afin que je me change en victime. Je ne vous donne pas des ordres comme Pierre et Paul ; c’étoient des apôtres, je ne suis rien ; ils étoient. libres, je suis esclave 2. »
Les évêques étoient choisis dans toutes les conditions de la vie : on voit des évêques laboureurs, bergers, charbonniers. Les diocèses, sorte de républiques fédératives , élisoient leurs présidents selon leurs besoins ; éloquents et instruits pour les grandes cités, simples et rustiques pour les campagnes, guerriers même, quand il le falloit, pour défendre la communauté. Aussi fuyoit-on ces honneurs à grandes charges ; c’étoit dans les cavernes, au fond des bois, sur les montagnes, que le peuple chrétien alloit chercher et enlever ces princes de la foi. Ils se cachoient, ils se déclaroient indignes, ils répandoient des larmes; quelques-uns même mouroient de frayeur.
Gérés, petite ville d’Égypte, à cinquante stades de Péluse, avoit élu pour évêque un solitaire nommé Nilammon : il demeuroit dans une cellule dont il avoit muré la porte, et s’obstinoit à refuser l’épiscopat. Théophile, évêque d’Alexandrie, s’efforça de le persuader : « Demain, mon père, dit l’ermite, vous ferez ce qu’il vous plaira. » Théophile revint le lendemain, et dit à Nilammon d’ouvrir. « Prions auparavant, » répondit le solitaire du fond de son rocher. La journée se passe en oraison. Le soir on appelle Nilammon à haute voix : il garde le silence ; on enlève les pierres qui bouchoient l’entrée de l’ermitage : le solitaire gisoit mort aux pieds d’un crucifix3.
Les premières églises étoient des lieux cachés, des forêts, des catacombes, des cimetières, et les autels une pierre ou le tombeau d’un martyr; pour ornements on avoit des fleurs, des vases de bois, quelques cierges, quelques lampes, à l’aide desquels le prêtre lisoit l’Évangile dans l’obscurité des souterrains ; on avoit encore des boîtes à
1. Sta firmus velut incus quæ verberatur. (Ignat. ad Polyc ., 206; Genevæ, 1623.)
2. Tune ero verus Jesu Christi discipulus cum mundus nec corpus meum viderit. Deprecemini Dominum pro me, ut per hæc instrumenta Deo efficiar hostia. Non ut Petrus et Paulus hæc præcipio vobis : illi apostoli Jesu Christi, ego vero minimus; illi liberi utpote servi Dei, ego vero etiamnum servus. (Ignatii Epistola ad Romanos , p. 247; Genevæ, 1623.)