OniG., Cunt. Cels
3. Uxorem jam pudicam maritus non jam zelotypus ejecit,. Filium subjectum pater rétro patiens abdicavit. (Tertull. Apoloc/et ., cap. iii, t. II, p. 16; Parisiis, 1648.)
y en a-t-il un seul qui soit chrétien? L’innocence est pour nous une nécessité, l’ayant apprise de Dieu, qui est un maître accompli. On nous reproche cTêtre inutiles à la vie, et pourtant nous allons à vos marchés, à vos foires, à vos bains, a vos boutiques, à vos hôtelleries. Nous faisons le commerce, nous portons les armes, nous labourons'. II est vrai que les trafiquants des femmes perdues, que les assassins, les empoisonneurs, les magiciens, les aruspices, les devins, les astrologues, n’ont rien à gagner avec nous1 2. »
On accusoit les chrétiens d’être une faction, et ils répondoient : a La faction des chrétiens est d’être réunis dans la même religion, dans la même morale, la même espérance. Nous formons une conjuration pour prier Dieu en commun et lire les divines Écritures. Si quelqu’un de nous a péché, il est privé de la communion, des prières et de nos assemblées jusqu’à ce qu’il ait fait pénitence. Ces assemblées sont présidées par des vieillards dont la sagesse a mérité cet honneur. Chacun apporte quelque argent tous les mois, s’il le veut ou le peut. Ce trésor sert à nourrir et à enterrer les pauvres, à soutenir les orphelins, les naufragés, les exilés, les condamnés aux mines ou à la prison pour la cause de Dieu. Nous nous donnons le nom de frères ; nous sommes prêts à mourir les uns pour les autres. Tout est en commun entre nous, hors les femmes. Notre souper commun s’explique par son nom d’Agape, qui signifie charité 3. »
La congrégation apostolique embrassoit alors le monde civilisé comme une immense société secrète qui s’avançoit vers son but, en dépit des proscriptions et de la folle inimitié de la terre. Dès l’âge héroïque du christianisme, on entrevoit les changements radicaux que cette religion alloit apporter dans les lois: c’étoit la philosophie mise en pratique. En attendant l’abolition de l’esclavage par des transformations graduelles, l’émancipation du sexe féminin commençoit.
Les femmes parurent seules au pied de la croix ; Jésus-Christ pendant sa vie pardonna à leur foiblesse, et ne dédaigna pas leur hommage: il les affranchit dans la personne de Marie, sa divine mère.
Des femmes suivoient les apôtres pour les servir, comme Madeleine
1. Itàque non sine foro,non sine macello, non sinebalneis, tabernis, officinis, stabulis, nundinis vestris, cæterisque commerciis cohabitamus hoc seculum. Navigamus et nos vobiscum, et rusticamur et mercamur. (Tertull., Apologetic., p. 343, cap. xlii, t. II.)
2. Plane confitebor, si forte vere de sterilitate christianorum conqueri possunt.
Primi erunt lenones, perductores, aquarioli. Tum sicarii, venenarii, magi. Item aruspices, arioli, mathematici. His infructuosos esse magnus fructus est. (Tertull., Apologetic., cap. xliii, p. 356.) 3. Tertull., Apologetic.
et les autres Marie avoient suivi le Christ'. Saint Paul salue à Rome les femmes de la maison de Narcisse.
Les femmes eurent une relation immédiate avec l’Eglise, en vertu de l’institution des diaconesses. La diaconesse devoitêtre chaste, sobre et fidèle. Les veuves choisies pour cette fonction ne pouvoient compter moins de soixante ans; elles dévoient avoir nourri leurs enfants, exercé l’hospitalité, lavé les pieds des voyageurs, consolé les affligés2.
Les instructions des apôtres et des premiers Pères montrent de quelle importance étoient les femmes à la naissance même de la société chrétienne. Tertullien écrivit deux livres sur leurs ornements et l’usage de leur beauté. « Rejetez le fard, les faux cheveux, les autres parures; vous n’allez point aux temples, aux spectacles, aux fêtes des gentils. Vos raisons pour sortir sont sérieuses : visiter les frères malades, assisterait saint sacrifice, écouter la parole de Dieu 3. Secouez les délices pour ne pas être accablées des persécutions. Des mains accoutumées aux bracelets supporteroient mal le poids des chaînes; des pieds ornés de bandelettes s’accommoderoient peu des entraves ; une tête chargée de perles et d’émeraudes ne laisserait pas de place à l’épée L »
Les vierges ne dévoient paraître à l’église que voilées jusqu’à la ceinture; une pension leur étoit accordée ainsi qu’aux veuves.
Dans le traité Ad Uxorem, on voit paraître la femme toute différente de la femme de l’antiquité, et telle qu’elle est aujourd’hui. C’est en même temps un lableau véritable de ce qui se passoit alors dans la communauté générale et dans la famille privée des chrétiens.
Tertullien invite sa femme à ne pas se remarier s’il venoit à mourir, surtout à ne pas épouser un infidèle. Le christianisme, conforme à la
1. 55. Erant autem ibi mulïeres multæ a longe, quæ secutæ erant Jesum aGalilæa, ministrantes ei.
56. Inter quas erat Maria Magdalena, et Maria Jacobi et Josephi mater... ( Evang . ecundum Matthœum, cap. xxvii, v. 55-56 )
2. 9. Vidua eligatur non minus sexaginta annorum , quæ fuerit uxor unius viri.
10. In operibus bonis testimonium liabens si filios educavit, si hospitio recepit, si
sanctorum pedes lavit, si tribulationem patientibus subministravit. ( Epist . B Pauli ad Thimoth , cap. v, v. 9-10.)
3. Nam nec templa circuitis, nec spectacula postulatis, nec festos dies gentilium nostis. Nulla est strictius prodeundi causa, nisi imbecilis aliquis ex fratribus visitandus, aut sacrificium affertur, aut Dei verbum administratur. (Tertull., De Cultu feminar., lib. ii, p. 315; Parisiis, 1568.)
4. Discutiendæ enim sunt deliciæ quarum mollitia et fluxu fidei virtus efleminari potest. Cæterum nescio an manus spathalio circumdari solita in duritia catenæ stupescere sustineat. Nescio an crus de periscelio in nervum se patiatur arctari. Timeo cervicem , ne margaritarum et smaragdorum laqueis occupata locum spatbæ non det. ( Id., ibid.)
nature et à Tordre, condamnoit la polygamie des nations orientales et le divorce admis par les Grecs et les Romains.
« La femme chrétienne, dit Tertullien, rendra à son mari païen les devoirs de païenne : elle aura pour lui beauté, parure, propreté mondaine, caresses honteuses. Il n’en est pas ainsi chez les saints : tout s’y passe avec retenue sous les yeux de Dieu *.
« Comment pourra-t-elle (l’épouse chrétienne) servir le ciel ayant à ses côtés un esclave du démon chargé de la retenir? S’il faut aller à l’église, il lui donnera rendez-vous aux bains plus tôt qu’à l’ordinaire ; s’il faut jeûner, il commandera un festin pour le même jour; s’il faut sortir, jamais les serviteurs n’auront été plus occupés2. Ce mari souffrira-t-il que sa femme visite de rue en rue les frères dans les réduits les plus pauvres ? souffrira-t-il qu’elle se lève d’auprès de lui, afin d’assister aux assemblées de nuit? souffrira-t-il qu’elle découche à la solennité de Pâques? La laissera-t-il se rendre à la table du Seigneur, si décriée parmi les païens? Trouvera-t-il bon qu’elle se glisse dans les prisons, pour baiser la chaîne des martyrs, pour laver les pieds des saints , pour offrir avec empressement aux confesseurs la nourriture3? S’il vient un frère étranger, comment sera-t-il logé? dans une maison étrangère ? S’il faut donner quelque chose, le grenier, la cave, tout sera fermé.
« Quand le mari païen consentiroit atout, c’est un mal d’être obligé de lui faire confidence des pratiques de la vie chrétienne. Vous cacherez-vous de lui en faisant le signe de la croix sur votre lit, sur votre corps , en soufflant pour chasser quelque chose d’immonde ? Ne croira-t-il pas que c’est une opération magique? Ne saura-t-il point ce que vous prenez en secret, avant toute nourriture? Et s’il sait que c’est du pain, ne supposera-t-il pas qu’il est tel qu’on le dit 4 ?
« Que chantera dans un festin la femme chrétienne avec son mari
1. Tanquam sub oculis Dei modeste et moderate transiguntur. (Tertull., Ad Uxor., lib. n, cap. iv, p. 332. )
2. Utstatio facienda est, maritus de die condicat ad balneas. Si jejunia observanda sunt, maritus eadem die convivium exerceat. Si procedendum erit, nunquam magis familiæ occupatio adveniat. ( Id., ibid.)
3. Quis denique in solemnibus Paschæ abnoctantem securus sustinebit? Quis ad convivium dominicum illud quod infamat sine sua suspicione dimittet? Quis in carcerem ad osculanda vincula martyris reptare patietur? aquam sanctorum pedibus offerre? (Tertull., Ad Uxor., lib. ii.)
4. Il s’agit de l’Eucharistie, et toujours de l’histoire de l’enfant que dévoient manger les chrétiens.
Cum aliquid immundum flatu exspuis, non magiæ aliquid videberis operari ? Non sciet maritus quid secreto ante omnem cibum gustes? Et si sciverit panem, non ilium credet esse qui dicitur ? ( Id., ibid., p. 333. )
païen? Elle entendra des hymnes de théâtre : il n’y aura ni mention de Dieu1, ni invocation de Jésus-Christ, ni lecture des Écritures, ni salutation divine.
« L’Église dresse le contrat du mariage chrétien, l’oblation le confirme, la bénédiction en devient le sceau, les anges le rapportent au Père céleste, qui le ratifie. Deux fidèles portent le même joug: ils ne sont qu’une chair, qu’un esprit; ils prient ensemble; ils jeûnent ensemble; ils sont ensemble à l’église et à la table de Dieu, dans la persécution et dans la paix 2. »
Les femmes chrétiennes devinrent des missionnaires à leurs foyers, des intelligences du ciel au sein des familles païennes. Vous venez de voir qu’elles étoient chargées de soigner les malades et les pauvres: c’étoit surtout dans les temps de persécution qu’elles prodiguoient les trésors du zèle. Elles se glissoient dans les prisons, portoient les messages, distribuoient l’argent, pansoient les plaies des torturés, et mouraient elles-mêmes avec un héroïsme au-dessus de tout ce qu’on raconte des femmes de Sparte et de Rome. Dans leurs vertus, et jusque dans leurs foiblesses, étoit un charme pour adoucir les persécuteurs : la nourrice de Caracalla et la maîtresse de Commode étoient chrétiennes.
Plus tard, dans l’âge philosophique du christianisme, les femmes, mères, épouses et filles d’empereur, étendirent la puissance évangélique, tandis que d’autres femmes, emmenées en esclavage par les barbares, convertissoient des nations entières : ainsi vous l’ai-je dit à propos des Ibériens. Vous avez également appris comment les Hélène et les Eudoxie renversèrent des temples et élevèrent des églises.
Plus tard encore, les vierges unies à Dieu dans les monastères se signalèrent par tous les genres de sacrifices et de dévouement. Saint Jérôme nous a fait connoître Marcelle, Aselle sa sœur, et leur mère Albine ; Principia, fille de Marcelle; Paule, amie de Marcelle; Pauline, Eustochie, Léa, Fabiole, qui vendit son patrimoine pour fonder le premier hôpital que Rome ait opposé aux monuments de sang et de prostitution : dans cette maison de miséricorde les descendantes des consuls servoient les pauvres et les étrangers, avant de venir mourir pauvres et étrangères dans la grotte de Bethléem. Accomplissement
1. Quid maritus suus illi, vel marito quid ilia c.antabit? quæ Dei mentio? quæ Christ! invocatio? (Tertull., Ad Vxor., p. 333.)
2. Ecclesia conciliât, et confirmât oblatio. Obsignatum angeli renuntiant, pater
rato habet .
duo in carne una, ubi et una caro, unus et spiritus. Simnl orant, simul jejunia transigunt. In ecclesia Dei pariter, in connubio Dei pariter, in angustiis, in refrigersii. (Id., ibid .)
des choses! les femmes qui adorèrent les premières au fond des catacombes remplissent les dernières ces églises où elles amenèrent les pères, où elles ne peuvent retenir les fils. Elles pleurèrent au pied du Calvaire qui vit expirer la grande victime ; elles pleurent encore au pied de ce Calvaire, mais celui qu’elles mirent au tombeau est remonté au ciel : il n’y a plus rien sur la croix, rien au saint sépulcre.
L’émancipation de la femme n’est pas encore totalement achevée, surtout en ce qui regarde l 'oppression des lois: elle le sera dans la rénovation chrétienne qui commence.
L’ère des martyrs offre un spectacle extraordinaire : chez un même peuple des hommes et des femmes couroient aux jeux publics dans l’éclat du luxe et de l’enivrement des plaisirs; et d’autres hommes et d’autres femmes , consacrés à tous les devoirs , faisoient en répandant * leur sang partie essentielle de ces jeux. L’âge héroïque du paganisme eut ses hercules guerriers ; l’âge héroïque du christianisme enfanta ses hercules pacifiques, qui domptèrent une autre espèce de monstres, les vices, les passions, les erreurs : héros dont la victoire étoit non de tuer, mais de mourir.
De tous les grands’fondateurs de religion, Jésus est le seul qui n’ait point été puissant par la naissance, les armes, la politique, la poésie ou la philosophie ; il n’avoit ni sceptre, ni épée, ni plume, ni lyre ; il fut pauvre, ignoré, calomnié et le premier martyr de son culte. Ses apôtres souffrirent après lui ; leur supplice forma la chaîne qui unit la passion aux passions particulières renouvelées pendant quatre siècles. L’hostie spirituelle étoit venue remplacer l’hostie matérielle ; mais l’effusion du sang chrétien (qui étoit le sang même du Christ) ne se dut arrêter que quand l’holocauste païen disparut. Cela explique, d’après les fondements de la foi, la longueur des persécutions : il y eut des victimes chrétiennes à l’amphithéâtre tant qu’il y eut des victimes païennes dans les temples ; l’immolation des premières continua en proportion de celle des secondes : Constantin et ses fds abolirent le sacrifice, et le martyre cessa ; Julien rétablit le sacrifice, et le martyre recommença.
Rendus habiles par le malheur, les chrétiens avoient perfectionné l’art de secourir : point de ruses que la charité n’inventât pour pénétrer dans les cachots, pour corrompre les geôliers, c’est-à-dire pour les faire chrétiens et les conduire avec leurs prisonniers à la mort. L’histoire du philosophe Pérégrin, qui se brûla à son de trompe et à jour marqué, nous a transmis une preuve inattendue de l’activité évangélique.
Pérégrin , en voyageant , s’étoit donné comme néophyte ; arrêté en
Palestine, les chrétiens se hâtèrent de l’environner. Dès le matin des femmes, des veuves, des enfants, assiégeoient la prison; la nuit, quelque prêtre s’introduisoit à prix d’argent auprès du philosophe. De toutes les cités de l’Asie afiluoient des frères qui, par ordre de la communauté, venoient encourager le prisonnier. « C’est une chose inouïe, dit Lucien, que l’empressement de ces hommes : quand quelques-uns d’entre eux sont tombés dans le malheur, ils n’épargnent rien. Ces misérables se figurent qu’ils vivront après leur vie. Ils méprisent la mort, et plusieurs s’abandonnent volontairement aux supplices L »
Dix batailles générales, les dix grandes persécutions, furent livrées, sans compter une multitude d’actions particulières : les femmes brillèrent dans ces combats. Symphorien étoit conduit au martyre à Autun, dans les Gaules; sa mère lui crioit du haut des murailles de la ville : « Mon fils, mon fils, Symphorien, élève ton cœur en haut; on ne te ravit pas la vie , on te la change pour une vie meilleure 1 2. »
Blandine, esclave, fut la dernière couronnée parmi les confesseurs de Lyon : elle subit les fouets, les bêtes, la chaise de fer embrasée : elle alloit à la mort comme au lit nuptial , comme au festin des noces 3.
Il y avoit en Égypte une autre esclave d’une rare beauté, nommée Potamienne; son maître, devenu amoureux d’elle, voulut d’abord la séduire, et ensuite la ravir de force : repoussé par la vertueuse fille, il la livra au préfet Aquila, comme chrétienne. Le préfet invita Potamienne à céder aux désirs de son maître ; sur son refus, il la condamna à être plongée dans une chaudière de poix bouillante, et la menaça de la faire violer par les gladiateurs. Potamienne dit : « Par la vie de l’empereur, je vous supplie de ne pas me dépouiller et de ne pas m’exposer nue. Que l’on me descende peu à peu dans la chaudière avec mes habits. » Cette grâce lui fut accordée , et Marcelle , sa mère , subit le supplice du feu 4.
La dérision qui se mêloit à la cruauté débauchée n’ôtoit rien à la gravité du malheur. Les sept vierges d’Ancyre, abandonnées à l’insolence de quelques jeunes hommes avant d’être noyées, ont effacé par