O diem asperum
assistoient, obtinrent, pour de l’argent, que nous pussions sortir et passer quelques heures en un lieu plus commode dans la prison. Nous sortîmes; chacun pensoit à soi : je donnois à téter à mon enfant1, je le recommandois à ma mère; je fortifiois mon frère; je séchois de douleur de voir celle que je leur causois : je passai plusieurs jours dans ces angoisses . • .
(( Le bruit se répandit que nous devions être interrogés. Mon père vint de la ville à la prison, accablé de tristesse; il me disoit : Ma fdle, prends pitié de mes cheveux blancs! aie pitié de moi2! Si je suis digne que tu m’appelles ton père, si je t’ai moi-même élevée jusqu’à cet âge, si je t’ai préférée à tes frères, ne me rends pas l’opprobre des hommes! Regarde ta mère, regarde ton fds, qui ne pourra vivre après toi : quitte cette fierté, de peur de nous perdre tous, car aucun de nous n’osera plus parler s’il t’arrive quelque malheur.
a Mon père s’exprimoit ainsi par tendresse, me baisant les mains, se jetant à mes pieds, pleurant, ne me nommant plus sa fille, mais sa dame 3. Je le plaignois, voyant que de toute ma famille il seroit le seul à ne se pas réjouir de notre martyre. Je lui dis pour le consoler : Sur l’échafaud, il arrivera ce qu’il plaira à Dieu : car sachez que nous ne sommes point en notre puissance , mais en la sienne 4. Il se retira contristé.
« Le lendemain , comme nous dînions, on vint nous chercher pour être interrogés. Le bruit s’en répandit aussitôt dans les quartiers voisins; il s’amassa un peuple infini. Nous montâmes au tribunal. .
. Le procureur Hilarien me dit : Épargne la
vieillesse de ton père, épargne l’enfance de ton fils; sacrifie pour la prospérité des empereurs. — Je n’en ferai rien, répondis-je. — Es -tu chrétienne? me dit-il. Et je répliquai : Je suis chrétienne5. Comme mon père s’efforçoit de me tirer du tribunal, Hilarien commanda qu’on l’en chassât, et il reçut un coup de baguette; je le sentis comme si j’eusse été frappée moi-même, tant je souffris de voir mon père maltraité dans sa vieillesse6 ! Alors Hilarien prononça notre sentence, et nous condamna tous à être exposés aux bêtes. Nous retournâmes joyeux à la prison. Comme mon enfant avoit été accoutumé de me téter et de demeurer avec moi, j’envoyai aussitôt le diacre Pompone pour le