‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 175 sur 358 · Christiana sum. (Id., p. 82 et · texte numérisé non relu

Christiana sum. (Id., p. 82 et

ô. Sic dolui pro senecta ejus misera!

demander à mon père: mais il ne le voulut pas donner1, et Dieu permit que l’enfant ne demandât plus la mamelle et que mon lait ne m’incommodât plus. »

La relation de Perpétue finit à la troisième des visions qu’elle eut dans son cachot.

« Félicité étoit grosse de huit mois, et voyant le jour du spectacle si proche, elle étoit fort affligée, craignant que son martyre ne fût différé, parce qu’il n’étoit pas permis d’exécuter les femmes grosses avant leur terme. Les compagnons de son sacrifice étoient sensiblement tristes de leur côté, de la laisser seule dans le chemin de leur commune espérance2. Ils se joignirent donc tous ensemble à prier et à gémir pour elle, trois jours avant le spectacle. Aussitôt après leur prière les douleurs la prirent : et comme l’accouchement est naturellement plus difficile dans le huitième mois, son travail fut rude, et elle se plaignoit. Un des guichetiers lui dit : Tu te plains, que feras- tu quand tu seras exposée aux bêtes 3? Elle accoucha d’une fille, qu’une

femme chrétienne éleva comme son enfant .

Les frères et les autres eurent la permission d’entrer dans la prison et de se rafraîchir avec eux. Le concierge de la prison étoit déjà converti. Le jour de devant le combat on leur donna, suivant la coutume, le dernier repas que l’on appeloit le souper libre 4, et qui se faisoit en public, mais les martyrs le convertirent en une agape. Ils parloient

au peuple avec leur fermeté ordinaire .

Remarquez bien nos visages, disoient-ils, afin de nous reconnoître au jour du jugement 5.

« Celui du combat étant venu, les martyrs sortirent de la prison pour l’amphithéâtre comme pour le ciel, gais, plutôt émus de joie que de crainte. Perpétue suivoit d’un visage serein et d’un pas tranquille, comme une personne chérie de Jésus-Christ, baissant les yeux pour en dérober aux spectateurs la vivacité6. Félicité étoit ravie de se bien porter de sa couche, pour combattre les bêtes. Étant arrivés à la porte, on les voulut obliger, suivant la coutume, à prendre les ornements de ceux qui paroissoient à ce spectacle. C’étoit pour les hommes un manteau rouge, habit des prêtres de Saturne 7 ; pour les femmes une ban-

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