Præscrip. cont. hœret. Fleury
2. Les Actes des Apôtres démontrent qu’il y avoit eu des persécutions particulières, même avant la persécution de Néron. S. Luc entait foi, et les Actes des Apôtres , quoi qu’on en ait dit, sont authentiques.
Au 11e siècle les hérésies devinrent grecques et orientales. Plusieurs philosophes de l’Asie avoient embrassé le christianisme; ils y apportèrent les idées spéculatives dont ils étoient nourris : la doctrine des deux principes, la croyance des génies, les émanations chaldéennes, en un mot tout l’abstrait de l’Orient modifié par la philosophie grecque, pétrie et repétrie dans l’école d’Aleaxndrie. Il y eut aussi des réformateurs du christianisme, qu’ils trouvoient déjà altéré : Montan, Praxéas, Marcion, Saturnin, Hermias, Artémon, Basilide, Hermogène, Apelle , Talien , Héracléon , Cerdon, Sévère, Bardesanes, Valentin, furent les plus célèbres hérétiques de cette époque.
Praxéas, de l’hérésie de Montan, soutenoit que Dieu le Père étoit le même que Jésus-Christ, et qu’en conséquence il avoit souffert. Les disciples de Praxéas furent appelés patropassiens, parce qu’ils attribuoient au Père comme au Fils la passion et la croix U
Valentin, suivant le génie grec, qui personnifioit tout, transformoit les noms en personnes : les siècles, qui dans l’Écriture portent le nom d’Éones ou d’Aiones, devenoient des êtres ayant chacun leur nom. Le premier Éone se nommoit Proon, préexistant, ou Biythos, profondeur : il avoit vécu longtemps inconnu avec Ennoia , la pensée, ou Charis , la grâce, ou Sigè, le silence. Bythos engendra avec Sigè Nous, ou l’intelligence, son fds unique. Nous devint le père de toutes choses. Nous enfanta deux autres Éones, Logos et Zoè, le verbe et la vie; de Logos et de Zoè naquirent Anthropos et Ecclesia, l’homme et l’Église. Enfin, après trente Éones, qui formoient le Pleroma, ou la plénitude, se trouvoit la vertu du Pleroma , Horos ou Stauros , le terme ou la croix3. Cette théologie s’étendoit beaucoup plus loin ; mais l’esprit humain a des folies trop nombreuses pour les suivre dans toutes leurs modifications.
Au me siècle la philosophie grecque continua ses ravages dans le christianisme : les hommes qui passoient incessamment des écoles d’Athènes et d’Alexandrie à la religion évangélique cherchoient à rendre celle-ci naturelle , c’est-à-dire qu’ils s’efforçoient d’expliquer les mystères, afin de répondre aux objections des païens. Cette fausse honte de l’esprit produisit les erreurs de Sabellins, de Noët, d’Hiérax, de Bérylle, de Paul de Samosate ; on compte aussi celles des ophites, des caïnites, des séthiens et des melchisédéciens.
Manès, dont l’hérésie éclata vers l’an 277, étoit un esclave appelé Coubric, surnommé Manès, ce qui signifioit en persan l’art de la parole ; Manès y prétendoit exceller. Il eut pour disciple Thomas, et
1 . Append. ad Tertul. Præscrip ., in fin. 2. Tertull., ado. Valent.
rapporta de la Perse l’ancienne doctrine des deux Principes : le bon Principe est la lumière; le mauvais Principe, les ténèbres. Le monde étoit l’invasion du mauvais Principe, ou du principe ténébreux, dans le bon Principe, ou le principe lumineux. Manès infiltroit sa doctrine dans le christianisme par l’histoire de la tentation de l’homme, produite de Satan, et par la mission de Jésus-Christ envoyé du bon Principe pour détruire l’action de Satan, ou du mauvais Principe 1 .
Les hérétiques cherchoient assez souvent à rentrer dans le sein de l’Église ; on ne s’y refusoit pas, mais on différoit sur les conditions de leur réintégration : autre source de schisme au me siècle ; celui des novatiens est un des plus connus.
Le ive siècle se distingue par la grande hérésie d’Arius. Le monde philosophique à cette époque étoit devenu néoplatonicien ; le néoplatonisme ne trouvoit plus de contradicteurs, et se rapprochoit de la théologie chrétienne, à laquelle il s’étoit assimilé. La puissance politique ayant passé du côté des chrétiens, les hérésies affectèrent le caractère de la domination et les mœurs du palais; elles voulurent régner, et montèrent en effet sur le trône avec Constance ; elles servirent de marchepied au paganisme pour reprendre un moment la pourpre avec Julien. Constance ayant divisé la doctrine orthodoxe par l’arianisme, il parut tout simple que la religion changeât dans Julien, comme elle avoit changé dans Constance, et que l’un forçat ses sujets d’adopter sa communion, ainsi que l’autre les y avoit obligés.
Sabellius avoit établi la distinction des personnes trinitaires ; Marcion et Cerdon reconnoissoient trois substances incréées; Arius voulut concilier ces opinions en faisant de la Trinité trois substances, mais posant en principe que le Père seul étant incréé, le Verbe devenoit une créature ; Macédonius nia depuis la divinité du Saint-Esprit. Le mot consubstantiel fut inventé pour écarter les subtilités des ariens ; mot latin qui ne traduisoit pas exactement le fameux mot grec homoousios employé par les Pères de Nicée. Eusèbe et Theognis usèrent de supercherie en souscrivant le symbole2; ils introduisirent un iota dans le mot homoousios et écrivirent homoiousios, semblable en substance au lieu de même substance. On chicana sur cet iota, qui causa bien des persécutions et lit couler beaucoup de sang. Saint Hilaire, avec la droiture et la raison des peuples occidentaux, admit les deux
1. Beausobre, Histoire de Manech.; Herbelot, Theodor. Hæret.: Acta disput. Arch.j Monum. eccl ., grec et lat.-, ap. Vales. et D. Cel.