‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 183 sur 358 · Sclp. Sev., lib. xiii · texte numérisé non relu

Sclp. Sev., lib. xiii

l’abattre. Entraîné de conséquence en conséquence, tout en ayant l’air d’admettre l’efficacité de la grâce, Pélage se voyoit obligé de nier cette nécessité , de rejeter la contrainte du péché originel , laquelle auroit détruit la possibilité de la perfection sans la grâce. Julien , évêque d’Éclane, succéda à Pélage. Des semi-pélagiens engendrèrent la prédestination : ils soutenoient que la chute d’Adam a suspendu le libre arbitre, et que Jésus-Christ n’est pas mort pour tous : le résultat étoit la damnation éternelle et la salvation éternelle forcées par la prescience de Dieu. Cette hérésie dura ' ; elle parvint jusqu’à Gohescale, et même jusqu’à Jean Scot Érigène.

Dans les vie, vue, vme et ixe siècles, l’unité croissante de l’Église catholique et l’autorité de Charlemagne diminuèrent les hérésies dogmatiques ; mais il se forma des hérésies d’imagination : elles eurent leur source dans une nouvelle espèce de merveilleux né des faux miracles, des vies des saints, de la puissance des reliques et du caractère crédule et guerrier prêt à procréer le moyen âge. La lumière classique jeta un rayon perdu à travers les ténèbres du ixe siècle, et fit éclore une superstition du moins excusable : un prêtre de Mayence prouva que Cicéron et Virgile étoient sauvés. L’étude de l’Écriture amena des discussions subtiles sur le nom de Jésus, sur le mot Chérubin, sur l’Apocalypse, sur les nombres arithmétiques, sur les couches de la Vierge. Tel fut ce long enchaînement de mensonges , de folies ou de puérilités.

Des doctrines passons aux hommes , du tableau des croyances à la peinture des mœurs, de l’hérésie à l’hérésiarque : il est rare que la fausseté de l’esprit ne fasse pas gauchir la droiture du cœur, et qu’une erreur n’engendre pas un vice.

Marc, disciple de Valentin, séduisoit les femmes en prétendant leur donner le don de prophétie : il s’en faisoit aimer passionnément; elles le suivoient partout. Ses disciples 1 2 possédoient le même talisman , et des troupes de femmes s’attachoient à leurs pas dans les Gaules. Ils se nommoient parfaits; ils se prétendoient arrivés à la vertu inénarrable. Selon eux le dieu Sabaoth avoitpour fils un diable, lequel avoit eu d’Ève Caïn et Abel.

Les docites maudissoient l’union des sexes, disant que le fruit défendu étoit le mariage, et les habits de peau la chair dont l’homme est vêtu 3.

1. Noms., Hist. Pelag., lib. n ; Dvciiesw, P rœdest.; Annal. Benedict ., t. II, an. 829.

2. Iren., lib., i. cap. vm et ix; Theodor., Hœr., lib. i, cap. x etxi.

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