Sulp. Sev., lib. m; Aug.. Hœres ., lxx
lement retranchées du sein de l’Église par des canons, dénoncées et stigmatisées dans les écrits, les peuples n’auroient plus su de quelle religion ils étoient. Au milieu des sectes se propageant sans obstacles, se ramifiant à l’infini, le principe chrétien se fût épuisé dans ses dérivations nombreuses, comme un fleuve se perd dans la multitude de ses canaux.
Il résulte de cet aperçu que les hérésies s’imprégnèrent de l’esprit des siècles où elles se succédèrent. Leurs conséquences politiques furent énormes ; elles affoiblirent et divisèrent le monde romain : les moines ariens ouvrirent la Grèce aux Goths, les donatistes l’Afrique aux Vandales ; et pour se dérober à l’oppression des ariens, les évêques catholiques livrèrent la Gaule aux Franks. Dans l’Orient, le nestorianisme, refoulé sur la Perse, gagna les Indes, alla s’unir au culte du lama et constituer sous un dieu étranger la hiérarchie et les ordres monastiques de l’Église chrétienne : il fit naître aussi l’espèce de puissance problématique et fantastique du prêtre Jean. D’un autre côté, une foule de sectes variées, que proscrivoit le fanastisme grec, se réfugièrent pêle-même en Arabie : de la confusion de leurs doctrines, professées ensemble dans l’exil et travaillées par la verve orientale , sortit le mahométanisme , hérésie judaïque -chrétienne, de qui la haine aveugle contre les adorateurs de la croix se compose des haines diverses de toutes les infidélités dont la religion du Coran s’est formée.
A voir les choses de plus haut dans les rapports avec la* grande famille des nations, les hérésies ne furent que la vérité philosophique, ou l’indépendance de l’esprit de l’homme, refusant son adhésion à la chose adoptée. Prises dans ce sens, les hérésies produisirent des effets salutaires : elles exercèrent la pensée, elles prévinrent la complète barbarie, en tenant l’intelligence éveillée dans les siècles les plus rudes et les plus ignorants; elles conservèrent un droit naturel et sacré, le droit de choisir. Toujours if y aura des hérésies, parce que l’homme né libre fera toujours des choix. Alors même que l’hérésie choque la raison, elle constate une de nos plus nobles facultés, celle de nous enquérir sans contrôle et d’agir sans entraves.
CINQUIÈME DISCOURS