‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 187 sur 358 · Athen., lib. xiii · texte numérisé non relu

Athen., lib. xiii

de la mythologie. Junon se plaint à Jupiter qu’il ne la caresse plus depuis qu’il a enlevé Ganimède ; Mercure se moque avec Apollon de l’aventure de Mars enchaîné par Vulcain dans les bras de Vénus ; Vénus invite Paris à l’adultère : « Hélène n’est pas noire, puisqu’elle est née d’un cygne; elle n’est pas grossière, puisqu’elle est éclose dans la coquille d’un œuf. J’ai deux fils : l’un rend aimable, l’autre amoureux; je mettrai le premier dans tes yeux, le second dans le cœur d’Hélène, et je t’amènerai les Grâces pour compagnes, avec le Désir. » Mercure dit à Pan : « Tu caresses donc les chèvres? »

Les voleurs, les homicides, et le reste, avoient leurs protecteurs dans le ciel : « Belle Laverne, donne -moi l’art de tromper, et qu’on me croie juste et saint1. »

Les mystères d’Adonis, de Cybèle, de Priape, de Flore, étoient représentés dans les temples et dans les jeux consacrés à ces divinités. On voyoità la lumière du soleil ce que l’on cache dans les ténèbres, et la sueur de la honte glaçoit quelquefois l’infâme courage des acteurs2. »

L’ordre légal, conforme à l’ordre religieux, faisoit de ces dérèglements des mœurs approuvées. La loi Scantinie pensoitsans doute être rigoureuse, en n’exceptant de la prostitution publique que les garçons cle condition. On versoit au trésor le tribut que payoient les prostituées. Alexandre Sévère appliqua cet argent à la réparation du cirque et des théâtres3.

Dans une société où moins de dix millions d’hommes disposoient de la liberté déplus de cent vingt millions de leurs semblables, on conçoit la facilité que les diverses cupidités avoient à se satisfaire. L’esclavage étoit une source inépuisable de corruption ; la seule définition légale de l’esclave disoit tout : Non tara vilis quam nullus ; moins vil que nul. Le maître avoit le droit de vie et de mort sur l’esclave, et l’esclave ne pouvoit acquérir qu’au profit du maître. Vous lisez au livre vingt-unième du titre premier de l’édit Édiles, au sujet de la vente des esclaves : « Ceux qui vendent des esclaves doivent déclarer aux

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