Pollicem vertebant. (Jlvenal., Sat. iii, v
Quis nescit , vel quis non vidit vulnera pâli?
Quem cavat assiduis sudibus scutoque lacessit,
Atque omnes implet numéros, dignissima prorsus Florali matrona tuba ; nisi quid in illo Pectore plus agitat veræque paratur arenæ.
Quem præstare potest mulier galeata pudorem,
Quæ fugit a sexu ?
(Juv., Sat. vi, p. 151; Lugd. Batav., 1695. )
Les festins particuliers étoient rehaussés par ce plaisir du sang : quand on s’étoit bien repu et qu’on approchoit de l’ivresse, on appeloit des gladiateurs ; la salle retentissoit d’applaudissements, lorsqu’un des deux assaillants étoit tué. Un Romain avoit ordonné, par testament, de faire combattre ainsi de belles femmes qu’il avoit achetées ; et un autre, de jeunes esclaves qu’il avoit aimés L
Le luxe des édifices à Rome passe ce qu’on en sauroit dire : la maison d’un riche étoit une ville entière ; on y trouvoit des forum , des cirques, des portiques, des bains publics, des bibliothèques. Les maîtres y vivoient pendant le jour dans des salles ornées de peintures que la lumière du soleil n’éclairoit point : on ne les peut encore voir qu’à la luèur.des torches, aujourd’hui que la nuit des siècles et les ténèbres des ruines ont ajouté leur obscurité à celle de ces voûtes. Un ouvrage, faussement attribué à Lucien, fait l’éloge d’un appartement; cette demeure est représentée comme une femme modeste dont la parure est à ses charmes ce que la pourpre est à un vêtement. Et cependant l’habitation qui paroissoit si simple à l’auteur de cette pièce de rhétorique a des murs peints à fresque, des plafonds encadrés d’or, et tout ce qui en feroit pour nous un palais de la plus grande magnificence.
Descendant de la cruauté à la débauche, qui ne sait les spinthriæ de Tibère et les incestes de Galigula ? Qui n’a entendu parler de Messaline et du lit où elle rapportoit l’odeur de ses souillures? Néron se marioit publiquement à des hommes 1 2. Par la blessure qu’il fit à Sporus, il inventa une femme nouvelle. Je ne redirai plus rien des Vitellius et des Domitien.
Le luxe des repas et des fêtes épuisoit les trésors de l’État et la fortune des familles; il falloit aller chercher les oiseaux et les poissons les plus rares dans les pays et sur les côtes les plus éloignés. On engraissoit toutes sortes de bêtes pour la table, jusqu’à des rats. Des truies on ne mangeoit que les mamelles ; le reste étoit livré aux esclaves.
Athénée consacre onze livres de son Banquet à décrire tous les poissons, tous les coquillages, tous les quadrupèdes, tous les oiseaux, tous
1. Quidam testamento formosissimas mulieres, quas emerat, eo pugnæ genere confligere inter se; alius, impubères pueros quos vivus in deliciis habebat. (Atiien., lib. iv, p. 154, edit. 1598.)
2. Nero tanto Sabinæ desiderio teneri cœpit, ut puerum libertum ( Sporus nominabatur) exsecari jusserit quod Sabinæ simillimus erat, eoque in cæteris rebus pro uxore usus sit, quin etiam progrediente tempore eum in uxorem duxit, quanquam inse nuptus Pythagoræ liberto. (Dion., lib. lxii, p. 715.)
les insectes, tous les fruits, tous les végétaux, tous les vins dont les anciens usoient dans leurs repas. Il se donne la peine d’instruire la postérité que les cuisiniers étoient des personnages importants, familiarisés avec la langue d’Homère, et à qui Ton faisoit apprendre par cœur les dialogues de Platon. Ils mettoient les plats sur la table, comptant : un, deux, trois \ et répétant ainsi le commencement du Timèe. Us avoient trouvé le moyen de servir un cochon entier, rôti d’un côté et bouilli de l’autre1 2. Ils piloient ensemble des cervelles de volailles et de porcs, des jaunes d’œuf, des feuilles de rose, et formoient du tout une pâte odoriférante, cuite à un feu doux, avec de l’huile, du garum, du poivre et du vin 3. Avant le repas on mangeoit des cigales pour se donner de l’appétit4.
Je vous ai parlé de cet Élagabale à qui ses compagnons avoient donné le surnom de Varias, parce qu’ils le disoient fils d’une femme publique et de plusieurs pères. Il nourrissoit les officiers de son palais d’entrailles de barbot, de cervelles de faisan et de grives, d’œufs de perdrix et de têtes de perroquet5. Il donnoit à ses chiens des foies de canard, à ses chevaux des raisins d’Apamène, à ses lions des perroquets et des faisans6. Il avoit, lui, pour sa part des talons de chameau, des crêtes arrachées à des coqs vivants, des tétines et des vulves de laie, des langues de paon et de rossignol, des pois brouillés avec des grains d’or, des lentilles avec des pierres de foudre, des fèves fricassées avec des morceaux d’ambre et du riz mêlé avec des perles 7 : c’étoit encore avec des perles au lieu de poivre blanc qu’il saupoudroit les truffes et les poissons. Fabricateur de mets et de breuvages, il rnêloit le mastic au vin de rose. Un jour il avoit promis à ses parasites un phénix, ou, à son défaut, mille livres d’or 8.
1. Athen., lib. ix, cap. vu. 2. Id., lib. ix, cap. vi, ad fin.
3. Fragrantissimis rosis in mortario tritis, addo gallinarum et porcorum elixa cerebra, deinde oleum, garum, piper, vinum, omnia curiose trita in ollam novam effuii-
dens, subjecto igni blando etcontinuo. (Id., Deipnosoph lib. ix, p. 406.)