‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 202 sur 358 · Suid.; Athen., lib. iv, p · texte numérisé non relu

Suid.; Athen., lib. iv, p

3. Laert., lib. in Pyrrhon. 4. /t/., lib. vu. 5. Id., lib. ix, in Dem.

6. Id., in Heracl. 7. Id., lib. vm; Lucian., Strab., lib. vi.

.peau de lion, et s’écriant : « Je te salue, portique superbe, entrée de mon palais! » Ensuite Ménippe raconte à Philonide que, fatigué de l’incertitude des doctrines, il s’adressa à un disciple de Zoroastre. Ce magicien par excellence, appelé Mithrobarzanes , avoit de longs che-

veux et une longue barbe. Il prit Ménippe, le lava trois mois entiers dans l’Euphrate, en suivant le cours de la lune et marmottant une longue prière ; il lui cracha trois fois au nez, le plongea de l’Euphrate, dans le Tigre, le purifia avec de Rognon marin, le ramena chez lui à reculons, l’arma de la massue, de la lyre, de la peau du lion, et lui recommanda de se nommer à tout venant Ulysse, Hercule ou Orphée. L’initiation achevée, Ménippe descendit aux enfers conduit par Mithrobarzanes. Là, Tirésias lui conseilla de quitter les chimères philosophiques, en lui disant : « La meilleure vie est la plus commune. »

Les Sectes à l'Encan offrent le tableau complet des diverses sectes. Jupiter fait préparer des sièges; Mercure, investi de la charge d’huissier, appelle les marchands pour acheter toutes sortes de vies philosophiques; on fera crédit pendant une année, moyennant caution. Jupiter ordonne de commencer par la secte italique.

MERCURE

Holà, Pythagore! descends, et fais le tour de la place. Voici une vie céleste : qui l’achètera? Qui veut être plus grand que l’homme? qui veut connoître l’harmonie des sphères et revivre après sa mort?

D’où es-tu?

De Samos.

UN MARCHAND

PYTHAGORE

LE MARCHAND

Où as-tu étudié?

PYTHAGORE

En Égypte , chez les sages.

LE MARCHAND

Si je t’achète, que m’apprendras-tu?

PYTHAGORE

Je te ferai souvenir de ce que tu sus autrefois.

Comment cela?

LE MARCHAND

En purifiant ton âme.

PYTHAGORE

LE MARCHAND

Comment l’instruiras -tu?

P YTHAGORE.

Par le silence. Tu seras cinq ans sans parler.

LE MARCHAND

Après?

P YTHAGORE.

Je t’enseignerai la géométrie, la musique et l’arithmétique.

LE MARCHAND

Je sais celle-ci.

PYTHAGORE

Comment comptes-tu ?

LE MARCHAND

Un, deux, trois, quatre.

PYTHAGORE

Tu te trompes : quatre est dix, le triangle parfait et le serment, etc.

(On déshabille Pythagore, et l’on découvre qu’il a une cuisse d’or. Trois cents marchands l’achètent dix mines.)

(On appelle Diogène.)

UN MARCHAND

Que pourrai-je faire de cet animal, sinon un fossoyeur ou un porteur d’eau?

MERCURE

Non pas, mais un portier : il aboie, et il se nomme lui-même un chien.

LE MARCHAND

Je crains qu’il ne me morde ; il grince des dents et me regarde de travers.

MERCURE

Ne crains rien , il est apprivoisé.

LE MARCHAND

Ami, de quel pays es-tu? De tous pays.

DIOGÈNE

LE MARCHAND

Quelle est ta profession?

DIOGÈNE

Médecin de l’âme , héraut de la liberté et de la vérité.

LE MARCHAND

Maître, si je t’achète, que m’apprendras-tu?

DIOGÈNE

Je t’enfermerai avec la misère , tu ne te soucieras ni de parents ni de patrie ; tu quitteras la maison de ton père ; tu habiteras quelque masure, quelque sépulcre, ou, comme moi, un tonneau. Ton revenu sera dans ta besace pleine de rogatons et de vieux bouquins; tu disputeras de félicité avec Jupiter ; si l’on te fouette, tu n’en feras que rire.

LE MARCHAND

Il faudroit que ma peau fût une écaille d’huître ou de tortue.

DIOGÈNE

Voici ma doctrine : trouver à redire à tout, avoir la voix rude comme un chien, la mine barbare, l’allure farouche et sauvage, vivre au milieu de la foule comme s’il n’y avoit personne, être seul au milieu de tous, préférer la Vénus ridicule et se livrer en public à ce que les autres rougissent de faire en secret. Si tu t’ennuies, tu prendras un peu de ciguë; et tu t’en iras de ce monde : voilà le bonheur ; en veux-tu ?

Après Diogène, pour lequel on donne deux oboles, Mercure fait venir Aristippe; il est ivre, et ne peut répondre. Mercure explique sa doctrine : ne se soucier de rien , se servir de tout, chercher la volupté nhmporte où.

Héraclite et Démocrite, abrégé de la sagesse et de la folie, succèdent à Aristippe : l’un rit, l’autre pleure. Démocrite rit parce que tout est vanité et que l’homme n’est qu’un concours d’atomes produit du hasard. Héraclite pleure parce que le plaisir est douleur, le savoir ignorance, la grandeur bassesse, la santé infirmité, le monde un enfant qui joue aux osselets et se tourmente pour un songe. Héraclite regrette le passé, s’ennuie du présent et s’épouvante de l’avenir.

Jupiter fait semondre Socrate.

UN MARCHAND

Qu’es-tu ?

SOCRATE

Amateur de petits garçons et maître ès arts d’aimer 1 .

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