‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 206 sur 358 · Calcis enim lixivia fréquenter capillos lavant · texte numérisé non relu

Calcis enim lixivia fréquenter capillos lavant

(Diod., lib. v.)

Infundens acido comam butyro...

(Apollin., Carm. xn.)

3. Strictius assuetæ vestes procera coercent. ( Franci. ) Membra virum, patet liis altato tegmine poples. (Ibid.)

Goloratis sagulis pube tenus amictu.

(Amm., lib. xiv, cap. iv.)

tête chargée de casques faits en guise de mufles de bêtes féroces 1 ; d’autres encore le menton et l’occiput rasés2, ou portant longues barbes et moustaches. Ceux-ci s’escrimoient à pied avec des massues, des maillets, des marteaux, des framées, des angons à deux crochets, des haches à deux tranchants3, des frondes, des flèches armées d’os pointus4, des fdets et des lanières de cuir5, de courtes et de longues épées ; ceux-là enfourchoient de hauts destriers bardés de fer 6, ou de laides et chétives cavales, mais rapides comme des aigles 7. En plaine, ces hommes bostoyoient éparpillés 8, ou formés en coin 9, ou roulés en masse ; parmi les bois , ils montoient sur les arbres, objets de leur culte, et combattoient 10 portés sur les épaules et dans les bras de leurs dieux.

Des volumes suffiraient à peine au tableau des mœurs et des usages de tant de peuples.

1 . Tous les cavaliers cimbres avoient des casques en forme de gueules ouvertes et de mufles de toutes sortes de bêtes étranges et épouvantables, et, les rehaussant par des panaches faits comme des ailes, et d’une hauteur prodigieuse, ils paroissoient encore plus grands. Ils étoient armés de cuirasses de fer très-brillantes, et couverts de 'boucliers tout blancs. (Plut., in Mar.)

2. Ad frontem coma tracta jacet, nudata cervix Setarum per summa nitet.

(Apollin., in Pane y. Major.)

3. Ancipitibus securibus et angonibus præcipue rem gérant (Franci); sunt vero angones liastæ quædam neque admodum parvæ, neque admodum magnæ, ad jactu feriendum, sic ubi opus fuerit, et ubi cominus collato pede confligendum est impetusque faciendus accommodatæ. Hæ pleraque sui parte ferro sunt obductæ, ita ut perparum ligni a laminis ferreis nudum conspiciatur, atque adeo vix totæ imæ liastæ cuspis. (Agath., Hist., lib. n.)

4. Sola in sagittis spes, quas inopia ferri ossibus asperant. (Tac., De Mor. Germ.) Missilibus telis acutis ossibus arte mira coagmentatis. (Amm., lib. xxxi, cap. il)

5. Contortis laciniis illigant, ut laqueatis resistentium membris equitandi vel gravandi adimant facultatem.. (Amm. , lib. xxxi, cap. ii.) Laqueis interceperunt hostes, trahendo conficere. (Pomp. Mel , lib. i, cap. ult.)

6. Ceux-là enfourchoient de hauts destriers bardés de fer. ( Panegyr . veter ., vi-vii, p. 138, 166, 167.) On voit ici que l’armure complète de fer, empruntée des Perses par les Romains, étoit connue bien avant la chevalerie. Il en est ainsi d’une foule d’autres usages, qu’on a placés trop bas dans les siècles.

7. Equis . duris . sed deformibus. (Amm., lib. xxxi, cap. n.)

8. Et bis artibus Hunni Gothis superiores evasere, partim enim circumequitando, partim excurrendo et opportune retrocedendo, jaculantes ex equis maximam Gothorum cædem fecere. [Teste Zosimo, p. 747; Vales. Ann. in Amm., lib. xxxi, cap. n, p. 475.)

9. Acies per cuneos componitur. (Tac., De Mor. Germ., cap. vi.)

10. Molientibus hostium rari apparuere, qui conjunctis arborum truncis . velute

fastigiis turrium, sagittas tormentorum ritu effudere... (Greg. Tur., lib. n, cap. ix; Herodian. , lib. vu, cap. v.)

Les Agatbyrses , comme les Pietés , se tachetôient le corps et les cheveux d’une couleur bleue; les gens d’une moindre espèce portoient leurs mouchetures rares et petites, les nobles les avoient larges et , rapprochées 1 .

Les Alains ne cultivoient point la terre ; ils se nourrissoient de lait et de la chair des troupeaux; ils erroient avec leurs chariots d’écorce de désert en désert. Quand leurs bêtes avoient consommé tous les herbages , ils remettoient leurs villes sur leurs chariots, et les aboient planter ailleurs 2. Le lieu où ils s’arrêtoient devenoit leur patrie 3. Les Alains étoient grands et beaux ; ils avoient la chevelure presque blonde , et quelque chose de terrible et de doux dans le regard 4. L’esclavage étoit inconnu chez eux ; ils sortaient tous d’une source libre 5.

Les Goths , comme les Alains , de race Scandinave , leur ressembloient ; mais ils avoient moins contracté les habitudes slaves , et ils inclinoient plus à la civilisation. Apollinaire a peint un conseil de vieillards goths. « Selon leur ancien usage , leurs vieillards se réunissent au lever du soleil; sous les glaces de l’âge, ils ont le feu de la jeunesse. On ne peut voir sans dégoût la toile qui couvre leur corps décharné ; les peaux dont ils sont vêtus leur descendent à peine au-dessous du genou. Ils portent des bottines de cuir de cheval, qu’ils attachent par un simple nœud au milieu de la jambe, dont la partie supérieure reste découverte6. » Et pourquoi ces Goths étoient-ils assemblés? Pour s’indigner de la prise de Rome par un Vandale et pour élire un empereur romain !

Le Sarrasin, ainsi que l’Alain, étoit nomade; monté sur son dromadaire, vaguant dans des solitudes sans bornes, changeant à chaque instant de terre et de ciel, sa vie n’étoit qu’une fuite 7.

Les Huns parurent effroyables aux barbares eux-mêmes; ils considéraient avec horreur ces cavaliers au cou épais , aux joues déchiquetées , au visage noir, aplati et sans barbe , à la tête en forme de

1. Agathyrsi interstincti colore cæruleo corpora simul et crines, ethumiles quidem minutis atque raris, nobiles vero latis, fucatis et densioribus notis. (Amm. Marc., lib. xxxi, cap. ii.)

2. Velut carpentis civitates impositas vehunt. ( Id ., lib. xm, cap. ii.)

3. Quoc.umque ierint illic genuinum existimant larem. (/o?., ibid.)

4. Crinibus mediocriter davis, oculorum temperata torvitate, terribiles. (M., ibid.)

5. Le latin dit plus: Omnes generoso semine procreati. {Id., ibid.)

G. Apocl., In Avit.

7. Errant semper per spatia longe lateque distenta... Nec idem perferunt diutius cœlum, aut tractusunius soli illis unquarn placet. Vita est illis semper in fuga. (Amm. Marc., lib. xiv, cap. v. )

boule d’os et de chair, ayant dans cette tête des trous plutôt que des yeux1, ces cavaliers dont la voix étoit grêle et le geste sauvage. La renommée les représentoit aux Romains comme des bêtes marchant sur deux pieds, ou comme ces effigies difformes que l’antiquité plaçoit sur les ponts2. On leur donnoit une origine digne de la terreur qu’ils inspiraient : on les faisoit descendre de certaines sorcières appelées aliorumna, qui, bannies de la société par le roi des Goths Félimer, s’étoient accouplées dans les déserts avec les démons 3.

Différents en tout des autres hommes, les Huns n’usoient ni de feu ni de mets apprêtés; ils se nourrissoient d’herbes sauvages et de viandes demi-crues , couvées un moment entre leurs cuisses ou échauffées entre leur siège et le dos de leurs chevaux4. Leurs tuniques, de toile colorée et de peaux de rat des champs, étoient nouées autour de leur cou ; ils ne les abandonnoient que lorsqu’elles tomboient. en lambeaux5. Ils enfonçoient leur tête dans des bonnets de peau arrondis, et leurs jambes velues dans des tuyaux de cuir de chèvre6. On eût dit qu’ils étoient cloués sur leurs chevaux, petits et mal formés, mais infatigables. Souvent ils s’y tenoient assis comme des femmes; ils y traitoient d’affaires, délibérant, vendant, achetant, buvant, mangeant, dormant sur le cou étroit de leur bête, s’y livrant dans un profond sommeil à toutes sortes de songes7.

1. Eo quocl erat eis species pavenda nigredine, sed velut quædam (si dici fas est) deformis offa, non faciès, habensque magis puncta quam lumina... nam maribus ferro gênas sécant... bine imberbes senescunt. (Jornaxd., De Reb. Get ., cap. xxiv.) Ubi quoniam ab ipsis nascendi primitiis infantum ferro sulcantur altius genæ. (Amm. Marckll.)

2. Prodigiosæ formæ et pandi, ut bipedes existimes bestias, vel quales in commarginandis pontibus effigiati stipites dolantur incompte. (Ici., lib. xxxr, cap. il.)

3. Sicut a nobis dictum est, reperit in populo suo (Filimer, rex Gothorum) quasdam magas mulieres quas patrio sermone aliorumnas is ipse cognominat, casque habens suspectas de medio sui proturbat, longeque ab exercitu suo fugatas in solitudinem coegit terræ. Quas spiritus immundi per eremum vagantes dum vidissent, et earum se complexibus in coitu miscuissent, genus hoc ferocissimum edidere. ( Jorn., cap. xxiv. )

4. In hominum autem figura licet insuavi ita viri sont asperi, ut neque igni neque saporatis indigeant cibis, sed radicibus berbarum agrestium et semicruda cujusvis pecoris carne vescantur, quam inter femora sua et equorum terga subsertam fotu calefaciunt brevi. (Amm., lib. xxxi, cap. ii.)

5. Indumentis operiuntur linteis, vel ex pellibus silvestrium murium consarcinatis... Sed semel obsoleti coloris tunica collo inserta non ante deponitur aut mutatur quam diuturna carie in pannulos defluxerit defrustata. ( Id., lib. xxxi, cap. ii.)

G. Galeris incurvis capita tegunt, birsuta cruracoriis munientes hædinis. ( Id., ibicl.) S. Jérôme appelle ces bonnets des tiares, tiaras galeis. ( In epitapli. Nepot.)

7. Verum equis prope affixi, duris quidem sed deformibus, et muliebriter iisdem nonnunquam insidentes fungunturmuneribusconsuetis. Ex ipsis quivis in bac natione

Sans demeure fixe, sans foyer, sans lois, sans habitudes domestiques, les Huns erroient avec les chariots qu’ils habitoient. Dans ces huttes mobiles, les femmes façonnoient leurs vêtements, s’abandonnoient à leurs maris, accouchoient , allaitoient leurs nourrissons jusqu’à l’âge de puberté. Nul chez ces générations ne pouvoit dire d’où il venoit, car il avoit été conçu loin du lieu où il étoit né, et élevé plus loin encore U Cette manière de vivre dans des voitures roulantes étoit en usage chez beaucoup de peuples, et notamment parmi les Franks. Majorien surprit un parti de cette nation : « Le coteau voisin retentissoit du bruit d’une noce ; les ennemis célébraient en dansant, à la manière des Scythes, l’hymen d’un époux à la blonde chevelure. Après la défaite on trouva les préparatifs de la fête errante, les marmites, les mets des convives, tout le régal prisonnier et les odorantes

couronnes de fleurs . Le vainqueur enleva le chariot

de la mariée2. »

Sidoine est un témoin considérable des mœurs des barbares, dont il voyoit l’invasion. «Je suis, dit-il, au milieu des peuples chevelus, obligé d’entendre le langage du Germain, d’applaudir, avec un visage contraint, au chant du Bourguignon ivre, les cheveux graissés avec du beurre acide... Heureux vos yeux, heureuses vos oreilles, qui ne les voient et ne les entendent point! heureux votre

pernox, et per dies émit et vendit, cibumque sumit et potum, et inclinatus cervici angustæ jumenti, in altum soporem adusque varietatem effunditur somniorum. (Amm., lib. xxxi, cap. n.)

Nec plus nubigenas duplex natura Informes

Cognatis aptavit equis .

(Claudia»., in Ruf., de Hunn lib.i.)

1. Omnes enim sine sedibus fixis, absque lare vel lege aut ri tu stabili dispalantur, semper fugientium similes, cum carpentis in quibus habitant : ubi conjuges tetra illis vestimenta contexunt, et coeunt cum maritis, et pariunt et adusque pubertatem nutriunt pueros. Nullusque apud eos interrogatus respondere unde oritur potest, alibi conceptus, natusque procul, et longius educatus. (Amm., lib. xxxi, cap. n.)

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