Martyrs, lib. vi
Pugnavimus ensibus .
Vitæ elapsæ sunt horæ ;
Ridens moriar.
Le texte Scandinave de cette ode a été publié en lettres runiques par Wormius,
Litt. run., p. 197, et transporté dans le recueil de Biorner : elle a vingt-neuf
strophes.
2. Je dois ce chant, tiré de l’Edda, et le fragment du poëme épique du manuscrit de Fulde à M. Ampère, dont j’ai parlé dans la préface de ces Études. On sera bien aise d’entendre ce jeune littérateur, plein de savoir et de talent, sur un genre d’étude
Ce caractère de la poésie héroïque primitive est le même parmi tous les peuples barbares; il se retrouve chez Tlroquois, qui précéda la société dans les forêts du Canada, comme chez le Grec redevenu sauvage, qui survit à la société sur ces montagnes du Pinde où il n’est
qu’il a approfondi, et qui manquoit à la France. Mon travail auroit paru moins aride aux lecteurs si j’avois toujours pu l’enrichir de morceaux pareils à celui qui va terminer cette note.
« La grande famille des nations germaniques (c’est M. Ampère qui parle) peut se diviser en trois branches, la branche gothique, la branche teutonique , et la branche Scandinave.
« Il ne reste d’autre monument des langues gothiques que la traduction de la Bible par Ulphilas.
« Un plus ancien monument des langues teutoniques est un fragment épique conservé dans un manuscrit contenant le livre de la Sagesse et quelques autres traités religieux. Ce manuscrit, originaire de l’abbaye de Fulde, est maintenant à Cassel, où je l’ai vu. Dans l’intérieur de la couverture, une main inconnue avoit tracé le fragment dont je parle, le tout du vme siècle ou de la première moitié du ixe *. Les personnages qui paroissent dans ce court morceau, ceux dont on parle, leur situation respective et les événements auxquels il est fait allusion, tout cela appartient à ce grand cycle épique de l’ancienne poésie allemande, dont les Niebelungen et le Livre des Héros sont des refontes plus modernes. Cette page du manuscrit de Cassel est donc le plus ancien et le plus curieux débris de ce cycle. Il nous intéresse à double titre, car ce monument germanique est pour nous un monument national. Lalangue danslaquelle il est écrit est le haut allemand, dont l’idiome des Francs étoit un dialecte. Ce morceau faisoit probablement partie de ces poëmes barbares, et déjà très -anciens au commencement du ixe siècle, que Charlemagne avoit fait recueillir et transcrits de sa propre main **.
« Ce fragment contient le récit d’une rencontre entre deux guerriers du cycle dont j’ai parlé, le vieil Hildebrand et son fils Hadebrand. Hildcbrand est l’ami, le mentor du héros par excellence, de Théodoric. Selon la légende, et non pas selon l’histoire, Théodoric avoit été forcé de laisser son royaume aux mains d’Hermanric, qui à l’instigation d’Odacre s’en étoit emparé. Le héros fugitif avoit trouvé un asile chez le roi des Huns, Attila. Ainsi s’étoit groupé, d’une manière fabuleuse, le souvenir de ces quatre noms historiques restés confusément dans la mémoire des peuples. L’usurpateur étant mort, Théodoric revenoit dans ses Etats avec le vieil Hildebrand, quand celui-ci rencontre son fils Hadebrand, qui étoit resté à Bern (Vérone). Ils ne se connoissoienjt ni l’un ni l’autre. Ici commence le fragment, dont le grand style rappelle l’école homérique :
« J'ai oui dire que se provoquèrent dans une rencontre Hildebrand et Hadebrand, le père et le fils. Alors les héros arrangèrent leur sarrau *** de guerre, se couvrirent de leur vêtement de bataille , et par-dessus ceigniixnt leurs glaives. Comme ils lançaient les chevaux pour le combat , Hildebrand, fils d’Herebrand, parla : c’étoit un
* Grimm die Beyden alleslen deulschen gedichte ; Cassel, 1812, p. 35.
** L’opinion si souvent énoncée que Charlemagne ne savoit pas écrire pourvoit bien être une fable. Voici ce que dit de lui un contemporain : Item, barbara et antiquissima carmina quibus veterum aclus et bella cantabanlur scripsit memoriœque mandavil. (Eginh., Vita Car. Magni , cap. xxix.)
*** Ce mot est d'origine germanique: il est ici employé dans le texte ( saro ). Je l’ai conservé ne sachant comment le remplacer.
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resté que la muse armée. « Je ne crains pas la mort, disoit l’Iroquois; je me ris des tourments. Que ne puis- je dévorer le cœur de mes ennemis! »
« Mange, oiseau (c’est une tête qui parle à un aigle dans l’énergique
homme noble , d'un esprit prudent . Il demanda brièvement qui étoit son père parmi la race des hommes, ou : De quelle famille es-tu? Si tu me l'apprends, je te donnerai un vêtement de guerre à triple fil; car je connois , o guerrier ! toute la race des hommes.
« Hadebrand , fils d’ Hildebrand, , répondit : Des hommes vieux et sages dans mon pays, qui maintenant so?it morts, m'ont dit que mon père s’appeloit Hildebrand : je m’appelle Hadebrand. Un jour il s’en alla vers l’est ; il fuyoit la haine d’ 0 do acre ( Othachr) ; il étoit avec Théodoric ( Theothrich ) et un grand nombre de ses héros. Il laissa seuls dans son pays sa jeune épouse, son fils , encore petit, ses armes, qui n’ 'avaient plus de maître ; il s’en alla du côté de l'est. Depuis , quand commencèrent les malheurs de mon cousin Théodoric , quand il fut un homme sans amis , mon père ne voulut plus rester avec Odoacre. Mon père étoit connu des guerriers vaillants ; ce héros intrépide combattoit toujours à la tête de l’armée; il aimoit trop à combattre , je ne pense pas qu’il soit encore en vie. — Seigneur des hommes, dit Hildebrand, jamais du haut du ciel tu ne permettras un combat semblable entre hommes du même sang. Alors il ôta un précieux bracelet d'or, qui entourait son bras, et que le roi des Huns lui avoit donné. — Prends-le, dit-il à son fils, je te le donne en' présent . Hadebrand, fils d’ Hildebrand, répondit : C’est la lance à la main, pointe contre pointe, qu’on doit recevoir de semblables présents. Vieux Hun! tu es un mauvais compagnon; espion rusé, tu veux me tromper par tes paroles, et moi je veux te jeter bas avec ma lance. Si vieux , peux-tu forger de tels mensonges? Des hommes de mer, qui avoient navigué sur la mer des Vendes, m’ont parlé cl’un combat dans lequel a été tué Hildebrand, fils d’Herebrand. Hildebrand, fils d’Herebrand, dit : Je vois bien à ton armure que tu ne sers aucun chef illustre , et que dans ce royaume tu n’as rien fait cle vaillant. Hélas! hélas ! Dieu puissant ! quelle destinée est la mienne! J’ai erré hors de mon pays soixante hivers et soixante étés. On me plaçoit toujours à la tête des combattants ; dans aucun fort on ne m’a mis les chaînes aux pieds , et maintenant il faut que mon propre enfant me pourfende avec son glaive, m’étende mort avec sa hache, ou que je sois son meurtrier. Il peut t’arriver facilement , si ton bras te sert bien, que tu ravisses à un homme de cœur son armure, que tu pilles son cadavre : fais-le, si tu crois en avoir le droit , et que celui-là soit le plus infâme des hommes de l’est qui te détournerait de ce combat, dont tu as un si grand désir. Bons compagnons qui nous regardez, jugez dans votre courage qui de nous deux aujourd’hui peut se vanter de mieux lancer un irait , qui saura se rendre maître de deux armures. Alors ils firent voler leurs javelots à pointes tranchantes, qui s’ arrêtèrent dans leurs boucliers; puis ils s’élancèrent l’un sur l’autre. Les haches de pierre résonnoient... Ils frappoient pesamment sur leurs blancs boucliers; leurs armures étoient ébranlées, mais leurs corps demeur oient immobiles...
« Ici s’arrête le fragment. Je cite les premiers vers du texte pour donner idée de l’allemand d’alors ; on verra qu’il étoit beaucoup plus sonore que l’allemand d’aujourd’hui :
Ik gihorta that seggen, that sih urhettun anon muotin
Hildibrant enti Hathubrant untar heriuntuem.
Sunu fatar ungo. Iro saro rithun,
traduction de M. Fauriel ) ; mange, oiseau, mange ma jeunesse; repaistoi de ma bravoure, ton aile en deviendra grande d’une aune, et ta serre d’un empan1. »
Les lois mêmes étoient du domaine de la poésie. Un homme d’un rare talent dans l’histoire, M. Thierry, a fort ingénieusement remarqué que les premières lignes du prologue de la loi salique semblent être le texte littéral d’une chanson ; il les rend ainsi d’un style ferme et noble :
« La nation des Franks, illustre, ayant Dieu pour fondateur, forte sous les armes, ferme dans les traités de paix, profonde en conseil, noble et saine de corps, d’une blancheur et d’une beauté singulières, hardie, agile et rude au combat, depuis peu convertie à la foi catholique, libre d’hérésie ; lorsqu’elle étoit encore sous une croyance barbare, avec l’inspiration de Dieu, recherchant la clef de la science, selon la nature de ses qualités, désirant la justice, gardant sa pitié; la loi salique fut dictée par les chefs de cette nation, qui en ce temps
commandoient chez elle .
a Vive le Christ, qui aime les Franks ! Qu’il regarde leur royaume... Cette nation est celle qui, petite en nombre, mais brave et forte, secoua de sa tête le dur joug des Romains. »
La métaphore abondoit dans les chants des scaldes : les fleuves sont la sueur de la terre et le sang des vallées , les flèches sont les fdles de
Garutun se iro guthamun, gurtur sili ira suert ana,
Helidos, uber ringa do si to dero hiltu ritun.
« Comme exemple de l’ancienne poésie Scandinave, je citerai le trait suivant, tiré de l’Edda. Ici nous trouverons autant de gandeur, mais moins de calme; plus de violence et de férocité, mais une férocité sublime. »
(Ici M. Ampère donne léchant de Gunar tel que je l’ai transporté dans mon récit, p. 434.)
« Voici, continue le savant traducteur, un échantillon de la langue Scandinave ancienne, dans laquelle existe ce morceau remarquable, comme en général tous ceux de l’Edda, par un caractère sombre et grand :
Hiarta skal mer Havgna T hendi liggja Blbthugt ôr briosti Scorit bald-ritha Saxi slithr-beito Syni tliio thaus.
Skaro their hiarta Hjalla ôr briosti Blothugt that a bjoth langtho Ok baro for Gunar.