‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 218 sur 358 · Dion. Sic. 5. Plut., In Demetr · texte numérisé non relu

Dion. Sic. 5. Plut., In Demetr

Dans quelles langues tous ces poëmes étoient-ils écrits ou chantés? Les principales étoient la langue celtique, la langue slave, les langues teutonique et Scandinave ; il est difficile de savoir à quelle racine appartenoit l’idiome des Huns. L’oreille dédaigneuse des Grecs et des Romains n’entendoit dans les entretiens des Franks et des Tartares que des croassements de corbeaux1 ou des sons non articulés, sans aucun rapport avec la voix humaine2; mais quand les barbares triomphèrent, force fut de comprendre les ordres que le maître donnoit à l’esclave. Sidoine Apollinaire félicite Syagrius de s’exprimer avec pureté dans la langue des Germains : « Je ris, dit le littérateur puéril, en voyant un barbare craindre devant vous de faire un barbarisme dans sa langue 3. » Le quatrième canon du concile de Tours ordonne que chaque évêque traduira ses sermons latins en langue romane et tudesque 4. Louis le Débonnaire fit mettre la Bible en vers teutons. Nous savons par Loup de Ferrières que sous Charles le Chauve on envoyoit les moines de Ferrières à Pruym pour se familiariser avec la langue germanique5. On fit connoître à la même époque les caractères dont les Normands se servoient pour garder la mémoire de leurs chansons; ces caractères s’appeloient runstabath ; ce sont les lettres runiques : on y joignit celles qu’Ethicus avoit inventées auparavant, et dont saint Jérôme avoit donné les signes.

La parole usitée dans les forêts est dès sa naissance une parole complète pour la poésie : sous le rapport des passions et des images, elle dégénère en se perfectionnant. L’homme perd en imagination ce qu’il gagne en intelligence; enchaîné dans la sociabilité, l’esprit s’effraye d’une expression indépendante, et dépouille sa libre et hère allure. Il n’y a rien d’aussi vivant que le grec d’Homère, depuis longtemps passé avec Ulysse et Achille; ce ne sont pas les langues primitives qui sont mortes, c’est le génie qui n’est plus là pour les parler et les entendre.

Quelques monuments des langues de nos ancêtres nous restent; on est obligé d’avouer qu’elles étoient plus douces et plus harmonieuses dans leur âge héroïque qu’elles ne le sont aujourd’hui dans leur âge humain. L’évêque des Goths , Ulphilas, traduisit dans son idiome paternel, au ive siècle, les Évangiles : conservés jusqu’à nos jours, ils

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