Sola relinquimus teniplci. (Tert Apolog
Caracalla
emp.
ZirniRiN
pape.
An deJ.-C.
Sévère mort, Caracalla régna avec son frère Geta ; bientôt il le fit massacrer, dans les bas de sa mère. Un mot de Papinien est resté : invité par l’empereur à faire l’apologie du meurtre de Geta, le jurisconsulte, moins complaisant que le philosophe Sénèque, répondit : « Il est plus facile de commettre un parricide que de le justifier '. »
Avec Caracalla reparurent sur le trône la dépravation et la cruauté : des massacres eurent lieu à Rome, dans les Gaules, à Alexandrie. Get empereur s’appela d’abord Bassianus, du nom de son aïeul, prêtre du soleil en Phénicie. Il quitta ce nom, par ordre de Sévère, pour celui de Marc-Aurèle Antonin. Les vices de Caracalla, en contraste avec les vertus sous le patronage desquelles on le vouloit mettre, ne servirent qu’à le rendre plus odieux. Le mépris du peuple fit évanouir des surnoms glorieux dans ce nom de Caracalla, emprunté d’un vêtement gaulois que le fils de Sévère affectoit.
Sévère avoit ébranlé l’État par l’introduction des barbares dans les gardes prétoriennes ; Caralla acheva le mal en étendant le droit du citoyen à tous ses sujets : le sang romain fut dégradé de noblesse, et par une sorte d’égalité démocratique tout sujet, barbare ou romain, fut admis à concourir à la tyrannie. Peu à peu les distinctions de villes libres, de colonies, de droit latin ou droit italique, s’effacèrent. En théorie c’étoit un bien, en pratique un mal ; il n’étoit pas question de liberté, mais d’argent; il s’agissoit non d’affranchir les masses, mais de faire payer aux individus comme citoyens le vingtième sur les legs et héritages dont ils étoient exempts comme sujets. Les vieilles habitudes et l’homogénéité de la race se perdirent; on troqua la force des mœurs contre l’uniformité de l’administration 1 2.
Caracalla eut, comme tant d’autres, la passion d’imiter Alexandre: ces copistes d’un héros oublioient que la pique du Macédonien fit éclore plus de cités qu’elle n’en renversa. Sur les bords du Rhin et du Danube, Caracalla rencontra par hasard deux peuples nouveaux, les Goths et les Allamans. 11 aimoit les barbares; on prétend même que dans des conférences particulières il leur dévoiloit le secret de la foiblesse de l’empire, secret que leur épée leur avoit déjà révélé.
Passé en Asie, Caracalla visita les ruines de Troie. Pour honorer et rappeler la mémoire d’Achille, dont il se prétendoit la vraie ressemblance, il voulut pleurer la mort d’un ami ; en conséquence, un poison fut donné à Festus, affranchi qu’il aimoit tendrement ; après quoi
1. Non tam facile parricidium excusari quam posse lieri. ( Hist. Aug., p. 88.)
2. L’édit de Caracalla, ou un édit semblable, est attribué par cpielques glossateurs à Marc-Aurèle. J’ai suivi l’opinion pour laquelle il y a un plus grand nombre d’autorités.
il lui éleva un bûcher funèbre. Et comme Achille, le plus beau des Grecs, coupa sa chevelure blonde sur le bûcher de Patrocle, Caracalla, laid, petit et difforme, arracha deux ou trois cheveux que la débauche lui avoit laissés, excitant la risée des soldats qui le voyoient chercher et trouver à peine sur son front la matière du sacrifice à l’ami qu’il avoit fait empoisonner'.
Caracalla étoit malade de ses excès ; son âme souffroit autant que son corps : ses crimes lui apparoissoient ; il se croyoit poursuivi par les ombres de son père et de son frère 1 2. Il consulta Esculape, Apollon, Sérapis, Jupiter Olympien ; il ne fut point soulagé : on ne guérit point des remords.
Macrin, préfet du prétoire, menacé par Caracalla, le fit assassiner3. On croit que l’impératrice, accusée d’inceste avec Caracalla, son fils, mourut d’une mort douloureuse, volontaire ou involontaire4. Il ne resta rien de la famille de Sévère, dont les malheurs, malgré le dire des historiens, frappèrent peu les hommes. Dans les vieilles races, c’est la chute qui étonne ; dans les races nouvelles, c’est l’élévation : les premières en tombant sortent de leur position naturelle , les secondes y rentrent.
Caracalla eut des temples et des prêtres. Macrin demanda des autels pour son assassiné. Les Romains débarrassés de leurs tyrans, ils en faisoient des dieux. Ces tyrans jouissoient ainsi de deux immortalités : celle de la haine publique, et celle de la loi religieuse qui consacroit cette haine.
Macrin revêtoit d’un extérieur grave et d’une apparence de courage un caractère frivole et timide : il désira l’empire, l’obtint, et s’en trouva embarrassé. Il avoit l’instinct du mal, il n’en avoit pas le génie; impuissant à féconder ce mal, quand il avoit commis un crime il ne savoit plus qu’en faire: c’est ce qui arrive lorsque l’ambition dépasse
Macrin
emp.
ZÉPH1RIN
pape.
An de J. -G.
1. Quumque esset raro capillo, et crinem quæreret ut imponeret jgnibus, deridiculo erat omnibus ; cæterum quos habuit capillos tamen to tondit. (Herodian., lib. iv,
2. Fuit ægra corporis valetudine... Sed mente imprimis insana quibusdam visis sæpenumero agitari a pâtre fratreque gladios gestantibus, videbatur. (Dion., Hist. Rom.., lib. lxxii, p. 877.)
Pater ei cum gladio astitit in somnis, et : Ut tu, inquit, fratrem tuum interfecisti, ita ego te interficiam. (Ici., ibid ., lib. lxxviii, p. 883.)