Dion., lib. lxxx; Herodian., lib. vu
2. Hist. Aug ., p. 133; Herodian., lib. vi. M. de Saint-Martin, dans ses notes sur Y Histoire du Bas-Empire, de Le Beau, a jeté un nouveau jour sur l’histoire confuse des rois de Perse et d’Arménie.
Alex.
Sévère
emp.
Urbain Dr, Pontien papes.
An de J. -G.
L’invasion des chrétiens suivoit parallèlement celle des barbares. Maniée, mère d’Alexandre, professoit peut-être la religion nouvelle : du moins inspira-t-elle à son fds un grand respect pour cette religion. Il adoroit, dans une chapelle domestique, l’image de Jésus-Christ entre celle d’Apollonius de Thyane, d’Abraham et d’Orphée1. A l’exemple de la communauté chrétienne, qui publioit les noms des prêtres et des évêques avant leur ordination , il promulguoit les noms des gouverneurs de province 2, afin que le peuple pût blâmer ou approuver le choix impérial. Il prenoit pour règle de conduite la maxime : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse. » Il avoit ordonné qu’elle fût gravée dans son palais et sur les murs des édifices publics. Quand le crieur châtioit un coupable, il lui répétoit la sentence favorite d’Alexandre3 : une seule parole de l’Évangile créoit un prince juste au milieu de tant de princes iniques.
Mais les jurisconsultes placés dans les conseils et dans les charges de l’État, Sabin, Ulpien, Paul, Modestin , étoient ennemis des disciples de la croix ; leur culte paroissoit à ces magistrats , amateurs et gardiens du passé , une nouveauté destructive des anciennes lois 4 et des vieux autels. Ulpien avoit formé le septième livre d’un traité sur le devoir d’un consul, des édits statuant les délits à punir et les peines à infliger aux chrétiens.
Ulpien, préfet du prétoire, égorgé de la main de ses soldats, avoit été disciple de Papinien. On compte ensuite Paul et Modestin : à ce
1. Primum ut si facultas esset, id est si non cum uxore cubuisset, matutinis horis in larario suo, in quo et divos principes, sed optimos, electos, et animos sanctiores, in queis Apollonium et, quantum scriptor suorum temporum dicit, Christum, Abraliamum et Orpheum, et hujusmodi cæteros habebat. (Lamprid., in Vit. Alex. Severi, p. 328. )
2. Denique cum inter militares aliquid ageretur, multorum dicebat et nomina. — De promovendis etiam sibi annotabat, et perlegebat cuncta pittacia, et sic faciebat, diebus etiam paritcr annotatis , et quis et qualis esset, et quo insinuante promotus. (Id., Hist. Aug., p. 320.)
Ubi aliquos voluisset rectores provinciis dare, vel propositos facere, vel procuratores, id est rationales ordinare, nomina eorum proponebat, hortans populum ut si quis quid baberet criminis, probaret manifestis rebus : si non probasset, subiret pœnam capitis : dicebatque grave esse, cum id christiani et judœi facerent in prœdicandis sacerdotibus qui ordinandi sunt, non fieri in provinciarum rectoribus, guibus et fortunœ hominum committerentur et capita. (Id., ibid., p. 345.)
3. Clamabatque sæpius quod a quibusdam sive judæis, sive cliristianis, audierat et tenebat; idque per præconem, cum aliquem emendaret, dici jubebat : Quod tibi fieri non vis , alteri ne feceris : quam sententiam usque adeo dilexit, ut et in palatio et in publicis operibus præscribi juberet. (Id., ibid., p. 350. )
4. At enim puniendi sunt qui destruunt religiones... (Lact., Div. Inst., lib. v, p. 417.)
dernier s’éteint le flambeau de cette jurisprudence dont les oracles furent recueillis par Théodose le jeune et par Justinien. Au surplus si les belles lois attestent le génie d’un peuple, elles accusent aussi ses mœurs, comme le remède dénonce le mal. Au commencement les Romains n’eurent point de lois écrites : sous leurs trois derniers rois , une quarantaine de décisions furent recueillies sous le nom de code Papirien 1 . Les douze Tables composant en tout cent cinquante textes (soit qu’elles aient été ou non empruntées à la Grèce et expliquées par l’exilé Hermodore2) suffirent à la république tant qu’elle conserva la
1. C’est le plus ancien monument de la jurisprudence romaine. Sous Tarquin le Superbe, Sextus Papirius rassembla dans un seul volume les lois des rois, qui leges regias in unum contulit , ditPomponius au sujet de la seconde loi du Digeste. Ces lois royales étoient écrites dans la vieille langue latine ou la langue osque, conservée dans l’inscription de la colonne de Duilius, sur la table de Scipion, fils de Barbatus, et dans le sénatus-consulte pour l’abolition des Bacchanales. Les voyelles a, e , i, o, u , prenoient un d à la fin d’un mot, quand ce mot surtout étoit à l’ablatif. L’e et 17 se mettoient souvent ensemble, ou l’un pour l’autre. L’o remplaçoit Ve, Vu s’écrivoit ou, ou simplement o, ou encore uo , ou enfin oi. Le d se prononçoit du et s’écrivoit du. La consonne g n’existoit pas, et étoit remplacée par le c; fociunt ou fouciont, ou foicioint , pour fugiunt, montre ces transformations. La consonne m se retranchoit souvent quand elle se trouvoit à la fin d’un mot, ou prenoit une voyelle : urbe pour urbem, tama pour tam. L V se changeoit souvent en s , ou plutôt elle ne s’employoit qu’à la fin ou ali commencement des mots. On a toujours dit Rorna et non pas Sonia ; mais au milieu des mots IV, que l’on surnommoit canina, pour exprimer sa rudesse, se prononçoit et s’écrivoit s : asa pour ara; x, y, z étoient des consonnes inconnues dans la langue osque. Les consonnes ne se redoubloient point. A l’exemple de Joseph Scaliger, Antoine Terrasson, dans son Histoire delà Jurisprudence romaine, a restitué quinze textes du droit papirien. Voici l’exemple du premier :
Jou’ papeisianom.
Mensa. Deïcatam. Asai. veice. peasestase. jous. estod. utei. endo Templod. Jounonei’. Poploniai. Aucousta. mensa. est.
Lisez :
Jus Papirianum.
Mensam dedicatam aræ vicem præstare jus este, ut in ternplo Junonis Populoniæ augusta mensa est.
2. Les anciens glossateurs du droit romain racontent sérieusement que les Grecs, avant de faire part de leurs lois aux députés romains, envoyèrent à Borne un philosophe pour savoir ce que c’étoit que Borne. Ce philosophe, arrivé dans cette ville inconnue, fut mis en rapport avec un fou qui, par de certains signes des doigts, lui indiqua la Trinité. Le philosophe rendit compte de sa mission aux Grecs, et les Grecs trouvèrent que les Romains étoient dignes d’obtenir les lois qui ont fait le fond des douze Tables. Quemdam stultum ad disputandum cum Grœco posuerunt , ut si perderet, tantum derisio esset. Græcus sapiens nutu disputare cœpit, et elevavit unum digi-
vertu. Vinrent ensuite, toujours sous la république, le droit flavien et le droit ælien. Avec Auguste commença sous l’empire la loi Régla qu’on a niée, et successivement s’entassèrent les diverses constitutions des empereurs jusqu’aux codes grégorien et hermogénien. Alors les Romains corrompus n’eurent plus assez des sènatus-consultes , des plébiscites, des èclits des princes, des édits des préteurs, des décisions des jurisconsultes et du droit coutumier. La famille en vieillissant multiplioit les cas de jurisprudence : l’esprit des tribunaux se subtilisoit à mesure que s’enchevêtroient les rapports des choses et des individus. Deux mille volumes, compilés par Tribonien, forment le corps du droit romain sous le nom de Code, de Digeste ou Pandectes , d 'Institutes et de Novelles, sans parler du droit grec-romain, ou de la paraphrase de Théophile, et des sept volumes in-folio des Basiliques, ouvrage des empereurs Basile , Léon le Philosophe et Constantin Porphyrogénète: solide masse qui a survécu à Rome, mais qui n’a pu l’arc-bouter assez pour l’empêcher de crouler. La société vit plus par les mœurs que par les lois , et les nations qui ne sauvent pas leur innocence périssent souvent avec leur sagesse.
Pendant les règnes de Sévère , de Caracalla , de Macrin, d’Élagabale et d’Alexandre , le pape Zéphirin succéda à Victor martyr, Calixte à Zéphirin, Urbain à Calixte, et Pontien à Urbain. Minutius Félix écrivit son dialogue pour la défense du christianisme. Minutius se promène un matin au bord de la mer à Ostie avec Octavius, chrétien, et Cecilius, attaché au paganisme : les trois interlocuteurs regardent d’abord des enfants qui s’amusoient à faire glisser des cailloux aplatis sur la surface de l’eau; ensuite Minutius s’assied entre ses deux amis. Cecilius, qui avoit salué une idole de Sérapis, demande pourquoi les chrétiens se cachent, pourquoi ils n’ont ni temples, ni autels, ni images? Quel est leur Dieu? d’où vient-il? où est-il, ce Dieu unique, solitaire, abandonné, qu’aucune nation libre ne connoît, Dieu de si peu de puissance qu’il est captif des Romains avec ses adorateurs? Les Romains sans ce Dieu régnent et jouissent de l’empire du monde. Vous, chrétiens, vous n’usez d’aucuns parfums ,|vous ne vous couronnez point de fleurs , vous êtes pâles et tremblants; vous ne ressusciterez point comme vous le croyez, et vous ne vivez pas en attendant cette résurrection vaine.
Octavius répond que le monde est le temple de Dieu , qu’une vie
tum, unum Deum significans. Stultus, credens quod vellet eum uno oculo excœcare , elevavit duos , et eum eis elevavit etiam pollicem , si eut naturaliter evenit, quasi cœeare eum vellet utroque. Grœcus autem credidit quod Trinitatem ostenderet.
pure et les bonnes œuvres sont le véritable sacrifice. Il réfute l’objection tirée de la grandeur romaine , et tourne à leur avantage le reproche de pauvreté adressé aux disciples de l’Évangile : Cecilius se convertit. Peu de dialogues de Platon offrent une plus belle scène et de plus nobles discours U
Origène, fils d’un père martyr, ouvrit à Alexandrie son école chrétienne ; il y enseignoit toutes sortes de sciences. Marnée , mère de l’empereur, le voulut voir; les païens et les philosophes assistaient. à ses cours, lui dédioient des ouvrages et le vantoient dans leurs écrits. Il avoit appris l’hébreu ; il étudioit encore l’Écriture dans la version des Septante et dans les trois versions grecques d’Aquila, de Théodotion et de Symmaque. Il composa un si grand nombre d’ouvrages, que sept sténographes étoient occupés à écrire chaque jour sous sa dictée2 : on connoît sa faute et sa condamnation. Il eut le génie, l’éloquence et le malheur d’Abailard , sans le devoir à une passion humaine; il n’eut de foiblesse que pour la science et la vertu. C’est, dans Origène que s’opéra la transformation du philosophe païen dans le philosophe chrétien : sa méthode étoit d’une clarté infinie, sa parole d’un grand charme. D’autres écrivains ecclésiastiques se firent aussi remarquer alors, en particulier Hippolyte, martyr, et peut-être évêque d’Ostie : il inventa à l’effet de trouver le jour de Pâques un cycle de seize ans, qui nous est parvenu 3.
Vous avez vu Alexandre partir pour les Gaules, où trois légions seulement étoient restées. Le désordre s’étoit mis dans ces légions ; l’empereur s’efforça d’y établir la discipline; elles se soulevèrent à l’instigation de Maximin. Le fils de Marnée avoit déjà régné treize ans, et promettoit de vivre ; c’étoit trop : les largesses que les gens de la pourpre faisoient au soldat à leur élection devinrent pour eux une nouvelle cause de ruine. L’empire étoit une ferme que Je prince prenoit à bail, moyennant une somme convenue, mais avec une clause tacite, en vertu de laquelle il s’engageoit à mourir promptement.
Des assassins, suscités par Maximin, tuèrent Alexandre avec sa mère dans le bourg de Sécila, près de Mayence.
L’empire perdit le reste d’ordre dans lequel nous l’avons vu se survivre jusque ici : guerres civiles, invasion générale des barbares, territoire démembré, provinces saccagées, plus de cinquante princes élevés et précipités, tel est le spectacle qu’on a sous les yeux pendant un