Hier. Script
Maximin
emp.
Anthère, Fa rien papes.
An deJ.-C 235-238.
demi-siècle, jusqu’au règne de Dioclétien, où le monde se reposa dans d’autres malheurs. Un État qui renferme dans son sein le germe de sa destruction marche encore si personne n’y porte la main , mais au moindre choc il se brise : la science consiste à le laisser aller sans le toucher.
Maximin remplaça Alexandre.
Voici un premier barbare sur le trône, et de cette race même qui produisit le premier vainqueur de Rome. 11 étoit né en Thrace ; son père se nommoit Micca , et étoit Goth ; sa mère s’appeloit Ababa , et descendoit des Alains. Pâtre d’abord, il devint soldat sous Septime Sévère, centurion sous Caracalla, tribun sous Élagabale, qu’il fut au moment de quitter par pudeur', et enfin le commandant des nouvelles troupes levées par Alexandre : cet ambitieux barbare sacrifia son bienfaiteur.
U avoit huit pieds et demi de haut; il traînoit seul un chariot chargé, brisoit d’un coup de poing les dents ou la jambe d’un cheval, réduisoit des pierres en poudre entre ses doigts, fendoit des arbres, terrassoit seize, vingt et trente lutteurs sans prendre haleine, couroit de toute la vitesse d’un cheval au galop, remplissoit plusieurs coupes de ses sueurs, mangeoit quarante livres de viande et buvoit une amphore de vin dans un jour 1 2. Grossier et sans lettres, parlant à peine la langue latine, méprisant les hommes, il étoit dur, hautain, féroce, rusé, mais chaste et amateur de la justice; il étoit brave aussi, bien qu’il ne fût pas, comme Alaric, de ces soldats dont l’épée est assez
1. Tum ille, ubi vidit infamem principem sic exorsum, a militia discessit... Fuit igitur Maximinus sub domine impurissimo tantum honore tribunatus, sed nunquam ad manum ejus accessit; nunquam ilium salutavit... ut de eo in senatu verba faccret Severus Alexander talia : Maximinus , patres conscripti, tribunus , cui ego latum clavum addidi, ad me confugit qui sub impura ilia bellua militare non potuit. (Hist. Aug., p. 370. )
2. Erat præterea (ut refert Codrus ) magnitudine tanta, ut octo pedes digito videretur egressus : pollice ita vasto, ut uxoris dextrocherio uteretur pro annulo. Jam ilia propein auremihi sunt posita, quod liamaxas manibus attraheret, rhedam onustam solus moveret; equo si pugnum dedisset, dentes solveret, si calcem, crura frangeret; lapides tophicios friaret, arbores teneriores scinderet; alii denique eum Crotoniatem Milonem, alii Herculem, Antæum alii vocarunt... Gum militibus ipse luctam exercebat, quinos, senos, et septenos ad terrain prosternens... Sexdecim lixas uno sudore devicit... Volens Severus explorare quantus in currendo esset, equum admisit multis circuitionibus, et cum neque Maximinus, accurrendo permulta spatia desisset, ait ei... Bibisse ilium sæpe in die vini capitolinam amplioram constat : comedisse et quadraginta libras carnis;ut autem Codrus dicit, etiam sexaginta... Sudores sæpe suos excipiebat, et in calices vel in vasculum mittebat; ita ut duos vel très sextarios sui sudoris ostenderet. (Ibid., p. 3G8, 309, 372.)
large pour faire une plaie qui marque dans le genre humain. On sent ici une nouvelle race d’hommes, laquelle avoit trop de ce que l’ancienne n’avoit plus assez. Dieu prenoit par la main l’enrôlé dans ses milices, pour le montrer à la terre et annoncer la transmission des empires. Il n’y avoit. que treize années entre le règne d’Élagabale et celui de Maximin : l’un étoit la fin, l’autre le commencement d’un monde.
Ainsi une même génération de Romains eut pour maîtres en moins d’un quart de siècle un Africain, un Assyrien et un Goth ; vous allez bientôt voir passer un Arabe. De ces divers aventuriers candidats au despotisme qui afïïuoient à Rome, aucun ne vint de la Grèce; cette terre de l’indépendance se refusoit à produire des tyrans. En vain les Goths firent périr ses chefs-d’œuvre; la dévastation et l’esclavage ne lui purent ravir ni son génie ni son nom. On abattoit ses monuments, et leurs ruines n’en devenoient que plus sacrées ; on dispersoit ces ruines, et Ton trouvoit au-dessous les tombeaux des grands hommes; on brisoit ces tombeaux, et il en sortoit une mémoire immortelle : patrie commune de toutes les renommées, pays qui ne manqua plus d’habitants , car partout où naissoit un étranger illustre là naissoit un enfant adoptif de la Grèce, en attendant la résurrection de ces indigènes de la liberté et de la gloire qui dévoient un jour repeupler les champs de Platée et de Marathon !
Les Romains, revenus de leur surprise, se soulevèrent; ils ne supportèrent pas l’idée d’être gouvernés par un Goth devenu citoyen en vertu du décret général de Caracalla : comme s’il étoit séant à ces esclaves de montrer quelque fierté.
Des conspirations éclatèrent, et furent punies ; Maximin prétendoit réformer l’empire de la même façon qu’il avoit rétabli la discipline des légions, par des supplices. A la moindre faute, il faisoit jeter aux bêtes, attacher en croix, coudre dans des carcasses d’animaux nouvellement tués, les principaux citoyens. Il détestoit le sénat et ces patriciens, les plus vils et les plus insolents des hommes; il avoit la foiblesse de rougir de sa naissance devant ces nobles, qui oublioient trop lâchement leur origine pour avoir le droit de se remémorer la sienne. Des amis qui Tavoient secouru lorsqu’il étoit pauvre furent massacrés : il ne leur put pardonner leur souvenir L Ge n’étoient pas les témoins de sa misère qu’il devoit tuer, c’étoient ceux de sa fortune. Il inspira une telle frayeur aux sénateurs, qu’on fit des prières publiques afin qu’il plût aux dieux de l’empêcher d’entrer dans Rome.