‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 26 sur 358 · Hist.Aug., p. 141 ; Hep.odian., lib. vir, p · texte numérisé non relu

Hist.Aug., p. 141 ; Hep.odian., lib. vir, p

On l’avoit appelé Hercule, Achille, Ajax, Milon le Crotoniate; on le nomma Cyclope, Phalaris, Busiris, Sciron, Typhon et Gygès: peuple retombé par la corruption dans les fables, comme on retourne à l’enfance par la vieillesse.

Maximin battit les Sarmates et les Germains. Il mandoit au sénat : « Nous ne saurions vous dire ce que nous avons fait, pères conscrits ; mais bous avons brûlé les bourgs des Germains, enlevé leurs troupeaux, amassé des prisonniers et exterminé ceux qui nous résistoient.» Une autre fois : « J’ai terminé plus de guerres qu’aucun capitaine de l’antiquité, transporté dans l’empire romain d’immenses dépouilles et fait tant de captifs, qu’à peine les terres de la république pourroient les contenir 1 . »

Mais l’Afrique se soulevoit et proclamoit augustes les deux Gordien, le père et le fils.

Gordien le vieux, proconsul d’Afrique, descendoit des Gracques par sa mère, de Trajan par son père, de ce que Rome libre et esclave eut de plus illustre. Son père, son aïeul, son bisaïeul et lui-même avoient été consuls ; ses richesses ne se pouvoient compter : on citoit ses jeux, ses palais, ses bains, ses portiques ; c’étoient bien des prospérités pour mourir : il est vrai que l’empire l’atteignit malgré lui.

Un receveur du fisc ayant été massacré à Thysdrus en Afrique, les auteurs du meurtre, pour échapper à la vengeance de Maximin, revêtirent Gordien le vieux des insignes de la puissance. Il les repoussa, se roula par terre en pleurant: résistance inutile, on le condamna à la pourpre. Gordien le jeune fut salué auguste : ami des lettres, il déploroit les malheurs de sa patrie entre les femmes et les Muses.

Le sénat confirma l’élection des deux Gordien, et déclara Maximin ennemi de la république. L’empereur à cette nouvelle se heurta la tête contre les murs, déchira ses habits, saisit son épée, voulut arracher les yeux à son fils, but, et oublia tout. Le lendemain, il assemble ses troupes : « Camarades, les Africains ont trahi leurs serments ; c’est leur coutume. Ils ont élu pour maître un vieillard à qui le tombeau conviendroit mieux que l’empire. Le très-vertueux sénat, qui jadis assassina Romulus et César, m’a déclaré ennemi de la patrie tandis que je combattois et triomphois pour lui. Marchons contre le sénat et les Africains; tous leurs biens sont à vous2. »

Lorsque Maximin tenoit ce discours, il n’avoit déjà plus rien à craindre des Gordien 3 : Capellien, gouverneur de la Numidie, fidèle

L Herodian., lib. vil, Hist. Aug. 2. Id., ibid.,

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