Onos., lib. vn, cap. xix. 2. Tertll., De Cor
3. Euseb., lib. vi, Hist., cap. xxxii; Piiot., Bit ., cod. xxxiv.
Maxime et Balbin Fabien pape.
An de J.-C.
qu’alors inconnue; un chrétien obscur venoit dire à l'empire éclatant1 des césars qu’il étoit nouveau, que ses faits et ses fables n’avoient qu’un jour, comparés à Tantfifmté du peuple de Dieu et de la religion de Moïse. A cette échelle devoit se mesurer désormais la vie dés nations. La chronique d’Africain ne se retrouve plus que dans celle d’Eusèbe..
Origène publia l’ouvrage qui lui avoit coûté vingt-huit ans de recherches1 ; c’étoit une édition de l’Écriture à plusieurs colonnes, et qui prit le nom d 'Hexaple, d'Octaple et de Tetraple, selon le nombre des colonnes. Dans les Hexaples, la première colonne contenoit le texte hébreu en lettres hébraïques ; la seconde, le même texte en lettres greques ; la troisième, la version grecque d’Aquila ; la qua¬
trième, celle de Symmaque; la cinquième, celle des Septante; la sixième, le texte hébreu çle Théodotion.
Les Octaples a voient deux colonnes de plus, composées de deux versions grecques, l’une trouvée à Jéricho-, par Origène lui-même, l’autre à Nicopoli en Épire. L’idiome des maîtres du monde n’étoit pas employé dans cet immense travail. Quelques versions latines,., faites sur la version des Septante, suffisoient aux besoins de l’Église de Rome et des autres Églises d’Occfdent. Les Grecs s’obstrinoient à regarder la langue de Cicéron comme une langue barbare.
Les conciles se multiplioient, soit pour les besoins de la communauté chrétienne,, soit pour régler la discipline et les mœurs, soit pour combattre l’hérésie. Cyprien, jeune encore,, faisoit entendre sa voix à Carthage : homme dont l’éloquence fleurie devoit inspirer
l’éloquence de Fénelon , comme la parole de Tertullien animer laparole de Rossuet.
Tout s’agitoit parmi les barbares : les uns srassembloient sur les frontières, les autres s’introduisoient dans l’empire, ou comme vainqueurs, ou comme prisonniers, ou comme auxiliaires. Les chrétiens augmentoient également en nombre, et étendoïent leurs conquêtes parmi les conquérants.
Maxime et Balbin se trouvèrent empereurs après la mort de Maximin ; le premier étoit environné d’un corps de Germains qui lui étoient attachés comme les Suisses et les gardes écossoises à nos rois. Les prétoriens en prirent ombrage ; ils n’approuvoient point une élection uniquement due au sénat. Ils coururent aux armes dans le temps que' la ville étoit occupée des jeux capitolins : les empereurs, arrachés de leurs palais, furent égorgés avec les outrages jadis prodigués a-Vitel- 1 i us. 11 y avoit dans les archives de l’État des précédents pour toutes
L Euseb., lit), vi, Hist., cap. xvi ; Epipii., De Mens., n. 18,. 19.
les espèces de meurtres et de vices. Maxime, fils d’un serrurier ou d’un charron, étoit un homme brave, habile dans la guerre, modéré, et si sérieux qu’on l’avoit surnommé le Triste. Balbin, d’une famille qui passoit pour noble, sans être ancienne , étoit doux et affable : on disoit du premier qu’il faisoit accorder ce qui étoit dû ; et du second, qu’il donnoit au delà. Le troisième Gordien, petit-fils de Gordien le vieux, avoit déjà été nommé césar : les prétoriens le saluèrent auguste ; le sénat et le peuple le reconnurent.
Ce prince régna trop peu : il eut pour beau-père son maître de rhétorique, Mysithée, qui l’arracha aux mains des eunuques1. Gordien fit de Mysithée son préfet du prétoire et son ministre. Mysithée avoit été un homme obscur avant de prendre les rênes de l’État ; condition nécessaire pour parvenir lorsqu’on est né avec des talents : dans la carrière politique on ne monte point au pouvoir avec une réputation faite.
La guerre sous Gordien III ne fut pas considérable, mais elle offrit de grands noms. Sapor, fils d’Artaxerxès, attaqua l’empire en Orient, et les Franks se montrèrent dans les Gaules. Aurélien, depuis empereur, commandoit alors une légion; il battit les Franks près de Mayence, en tua sept cents et en fit trois cents prisonniers. Gela passa pour une victoire si importante, que les soldats improvisèrent deux méchants vers, qui sont restés :
Mille Francos, mille Sarmatas semel occidimus ;
Mille, mille, mille Persas quærimus 2.
Ainsi le nom de nos pères se trouve pour la première fois dans une chanson de soldats, qui exprime à la fois leur valeur et la frayeur des
Romains.
Gordien III se prépare à repousser Sapor ; avant de sortir de Rome il ouvre le temple de Janus; c’est la dernière fois qu’il est question de cette cérémonie dans l’histoire. On présume que le temple ne se ferma plus : ce fut comme un présage des destinées de l’empire. Gordien, passant par la Mésie et par la Thrace, défit les Goths, et fut moins heureux contre les Alains. Il remporta quelques avantages sur Sapor. Il dut son succès à Mysithée, que le sénat honora du nom de tuteur de la république. Gordien eut la candeur d’en convenir en rendant compte de ses victoires au sénat3 : c’est être digne de la gloire que de la rendre à celui qui nous la donne.