Louvel l’a bien prouvé
MÉMOIRES
« Vous êtes content de moi, dites-vous, monseigneur. C’est sans doute pour me rassurer; car je sens qu’il me manque beaucoup, mais beaucoup pour être ce que je voudrois pour vous plaire, et pour répondre à l’idée trop llatteuse qu’on vous a donnée de Caroline. Croyez à son bon cœur, à son désir de répondre à votre confiance, en vous accordant la sienne tout entière. Voilà tout ce dont je puis vous répondre : vos soins, vos bontés feront le reste.
« Je suis bien sensible à tout ce qu’on fait pour embellir mon habitation et parer ma personne. Comment témoigner à tous ma reconnoissance ? Vous m’aiderez, monseigneur; ce n’est que vis-à-vis de vous que j’essaye déjà de n’avoir plus besoin d’interprète; car je vous dis bien franchement que vous êtes cher à votre
« Caroline. »
Paris, 9 juin 1816.
(( C’est, madame et chère amie, par un des plus dévoués serviteurs de notre maison que je vous écris, par un homme bien heureux de notre union, le bon prince de Castelcicala. Je n’ai pas besoin de vous le recommander, il me connolt bien, m’ayant vu si longtemps en Angleterre. Avec quel plaisir je prendrois sa place! C’est donc dans six jours que je vous verrai ! J’ai toujours peur que vous ne me trouviez pas beau, car les peintres de Paris ne sont pas comme ceux de Palerme : ils flattent. Avec quel plaisir je presserai votre main ! Prenez aussi la mienne, si je ne vous déplais pas trop. La contrainte où nous serons pendant deux jours me gênera bien. Ma Caroline, je vais m’occuper de votre bonheur, de vos plaisirs. Je sais que vous aimez le spectacle, j’ai des loges à tous les théâtres. J’ai une jolie campagne dont on vous aura parlé, nous irons bien souvent ensemble. Je chasse souvent, vous y viendrez en calèche; vous aimez la musique, je l’aime aussi beaucoup. Enfin, madame, je chercherai à vous rendre heureuse, et j’espère y parvenir. Vous avez, si je dois croire tout ce qui vous a vue, bonté, douceur, esprit et gaieté : que peut-on de mieux? Cependant nous nous trouverons des défauts: tendre indulgence sera notre devise.
« Charles-Ferdinand. »
Fontainebleau, 12 juin 1816.
« Votre lettre de Lyon, que je reçois de la main du roi, me fait un plaisir que je ne puis vous exprimer. Je suis charmé que vous me grondiez sur mon écriture : vous avez bien raison; mais, en vous écrivant, mon cœur m’emporte; et vous n’avez pas d’idée de l’effort que je suis obligé de faire pour être lisible. Encore trois jours! je brûle de vous voir. J’éprouve aussi aujourd’hui un grand bonheur ; je possède votre portrait. Au moins celui-là ne vous défigure pas du tout; et fût-il un peu flatté, l’on peut être encore fort agréable, sans être aussi jolie que ce portrait. »
SUR LE DUC DE BERRY
Ce 13.
« Le prince de Castelcicala me remet votre lettre de Moulins, qui est plus aimable encore que les autres. Enfin, c’est demain que je verrai ma femme, celle dont le bonheur doit être mon ouvrage. »
Hélas ! le prince a fait le malheur de celle dont il comptoit faire la félicité : mais qui faut-il accuser? Comme ces deux jeunes époux aimoient la France ! quelle reconnoissance bien sincère (car elle étoit bien cachée dans ces lettres) des hommages qu’on leur rend! Ces lettres renferment-elles un seul mot que l’âme la plus naïve, la plus noble et la plus tendre pût désavouer? Qui ne voudroit, en les lisant, avoir pour frère et pour sœur, pour fils et hile, celui et celle qui les ont écrites ?
M&r le duc de Berry et Mme la duchesse de Berry offroient un touchant rapport de destinées : sortis de la même race, tous deux Bourbons, tous deux ayant vu la chute du trône de leur famille, tous deux remontés à leur rang, ils n’avoient guère connu avant leur mariage que l’exil et l’infortune. Battus de la même tempête, ils s’étoient unis pour s’appuyer. Après tant de calamités, ils cherchoient quelques moments de bonheur : leurs lettres prouvent combien il a été cruel de les leur ravir.