‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 307 sur 358 · CÉLÉBRATION DU MARIAGE A PARIS · texte numérisé non relu

CÉLÉBRATION DU MARIAGE A PARIS

La princesse arriva le jour où M^r le duc de Berry l’attendoit, comme on le voit dans sa dernière lettre. Sa marche à travers la France avoit été une longue fête. Au terme de sa course elle trouva deux tentes dressées dans la forêt de Fontainebleau, à la croix de Saint-Hérem. Elle y fut reçue par le roi, Madame, Monsieur, M?r le duc d’Angoulême et M^r le duc de Berry. Tout s’y passa avec les mêmes cérémonies et les mêmes étiquettes qu’au mariage de Louis XV. Dans cette famille de France rien ne change, quand même le royaume est changé : c’est ainsi qu’elle ramène à la longue , par son immobilité, les institutions à un point fixe, et donne au gouvernement une forme impérissable.

Les premières pompes du mariage de M^r et de Mme la duchesse de Berry furent charmantes sous les arbres. On diroit que les descen-

MÉMOIRES

dants des rois chevelus ont conservé une prédilection secrète pour les forêts : ils ont aimé à placer leur palais dans la solitude, à promener les enchantements de leur cour sous de grands chênes. Que de souvenirs ce Fontainebleau, habité par vingt-neuf rois depuis Robert, n’offroit-il pas à la jeune princesse! Saint Louis, l’auguste chef de sa race, y avoit fait bâtir un hôpital pour les pauvres, parmi lesquels il cherchoit, comme il le disoit, Jésus -Christ. Aux travaux du saint d’autres siècles ajoutèrent les ouvrages de Charles le Victorieux et de François le restaurateur des lettres. Henri IV datoit ses lettres de ses délicieux déserts de Fontainebleau. Louis XIII les embellit encore. Vint l’infortuné Louis XVI, qui jeta des pins sur les rochers, comme un voile de deuil ; et trente ans après on vit un pape prisonnier dans les bosquets où Louis XIV avoit aimé La Vallière. Et toutes ces choses, qui sont de l’histoire pour le monde, ne sont pour cette Maison de France que des traditions de famille.

Le mariage fut enfin célébré à Notre-Dame. Chacun, en voyant cette cérémonie , se souvenoit d’une autre pompe ; chacun considéroit combien peu de temps il faut pour changer les ris en larmes , pour mettre le maître du monde à la place de l’exilé, et l’exilé sur le trône du maître du monde. Ce qui paroissoit devoir être plus durable que les empires, c’étoit la félicité de M^r le duc et de Mme la duchesse de Berry. Jamais il n’y eut mariage mieux assorti, mari plus affectueux, femme plus dévouée et plus tendre. La France étant en paix avec l’Europe, Msr le duc de Berry put jouir enfin d’un repos qu’il avoit bien acheté, et qui depuis longtemps étoit l’objet de ses vœux.

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